Published on July 16 2014

Jet d'encre

Le 7 avril, le premier "journal antimoustique de l'histoire de la presse" sortait des rotatives (Le Monde daté 17 juillet). A Grasse ? Dans les DOM-TOM ? à New York ? Non, au Sri Lanka ! Ce jour-là, les éditions de deux quotidiens, Mawbima et Ceylan Today, fleuraient bon la citronnelle, un insecticide naturel mais de moins en moins utilisé alors que la dengue se propage sur l'île. Mélangée à l'encre pour être plus tenace, l'essence de citronnelle avait été dosée par un chimiste et les mécaniciens avaient bien pris soin de vérifier que leurs machines ne pâtiraient pas du coup de pub !

Un journal parfumé se vend-il mieux ? Sans aucun doute. Les kiosques étaient en rupture de stock dès 10 heures du matin, malgré un tirage exceptionnel. Sur les réseaux sociaux, on s'enthousiasme: via Twitter, Bill Gates vante l'initiative pour son ingéniosité. Certes, ce projet s'inscrit dans une campagne plus large de sensibilisation à la dengue (orchestrée par l'agence de pub Leo Burnett) ; mais il prouve, une nouvelle fois, que le marketing olfactif, quelle que soit la cause qu'il sert, a de beaux jours devant lui…

Published on July 12 2014

© Futura Sciences

© Futura Sciences

Une nuit magnétique ne caresse pas le nez dans le sens du poil. La parfumeuse Christine Nagel, partie depuis s'installer chez Hermès, a imaginé la nouvelle fragrance de The Different Company comme un aimant, avec ses pôles, ses attractions, ses résistances. Officiellement mixte, le parfum distille toutefois un sillage foncièrement masculin, et même du genre viril-velu ;) Autour du bois ambré, sa formule liquoreuse apportera donc un supplément bestial à toute peau mâle cet été, nuits de la pleine lune ou pas.

Une nuit magnétique, de The Different Company, 90 ml, 153€.

Published on July 6 2014

Tristes tropiques

Pour entrer dans l'été, Nathalie, 48 ans, qui aime les parfums de fleurs et de figue, a testé l'Eau tropicale, de Sisley. Une composition estivale qui manque, hélas, un peu de tenue à son goût…

Durant les cinq premières minutes, j'ai le sentiment de plonger dans un bouquet venu d'ailleurs, de très loin. Un pshitt frais, fleuri, légèrement sucré, qui me remplit bien les narines et me donne un coup de fouet. Si ça restait comme ça... Mais non, il ne tient pas ! Ah oui, ça, c'est un vrai voyage : tu décolles très haut, très vite, et tu redescends tout aussi vite. Ce parfum s'échappe, et il m'échappe. Comme quand tu enfiles une petite laine et un manteau, bientôt tu ne sens plus la petite laine et tu te refroidis... Ou comme un amoureux qui t'envoûte et te délaisse presque aussitôt alors qu'il te promettait tellement… Pas question qu'il te colle à la peau, non, il s'approche, te séduit, te prend dans les bras puis s'enfuit. Il n'est plus qu'un souvenir avant même d'avoir fait un bout de chemin.

Published on June 29 2014

© Lacoste

© Lacoste

Aujourd'hui, Tom, 13 ans et demi pile poil, a bien voulu tester L.12.12. A un âge où rien n'est plus important que le respect des codes et l'affichage des logos, il a tout de suite été charmé par le packaging minimaliste du dernier-né de Lacoste. Blanc, fluo, croco, le flacon et l'emballage ont tout bon.

Question fragrance, il n'est gère disert malgré son nez aiguisé ("ça sent le taboulé !" s'est-il écrié un jour, enfant, devant une mouillette parfumée à la menthe). Il nous commente donc sobrement ce parfum qui devrait faire fureur cet été chez les 12-18 ans de toute obédience.

Une couleur, ce serait bleu électrique. Une musique, chais pas… Un paysage, euh… non… Ca m'évoque pas grand-chose d'autre que le savon en fait, une odeur de propre. Un gel douche de sport, au parfum fort. Du melon peut-être, non ? Ce matin, j'en ai pas mis mais hier ouais… Je me douche le soir, alors le matin, après la toilette, ça te donne l'impression de sortir d'une douche !

L.12.12, de Lacoste. Edition limitée, 100 ml, 60 €.

Published on June 20 2014

Oh les beaux jours

Quand Terracotta est sortie, en 1984, Nathalie Baye tournait avec Delon et sortait avec Johnny, les femmes mixaient des fards turquoise et des bouches orange, et nous on regardait "Dallas" en pianotant sur le Minitel devant un Malibu.

Aujourd'hui, le Minitel a disparu, le maquillage s'est assagi et nous aussi. Terracotta est toujours là, signe de son succès. C'est devenu une gamme complète de produits autour de la bonne mine, soit une quinzaine de poudres pour parfaire son "nude", des fluides colorés qui assurent teint estival et jambes de gazelles. Le tout promettant "3 semaines de soleil en 3 secondes ", selon Olivier Echaudemaison, M. Maquillage chez Guerlain. Pas faux... Il y a même un parfum, inspiré de Sous le Vent, un vintage de Guerlain (1933). La terre de soleil en bouteille rayonne sous l'effet de la vanille et de la fleur de tiaré. Alleluia, Terracotta !

Terracotta Le parfum, de Guerlain, 62 €. En édition limitée.

Published on June 11 2014

© Madame Pop

© Madame Pop

"Enfant, dans son atelier, mon père me faisait revivre de grands personnages historiques, se souvient Christine Bussière. Au milieu de l'odeur de ses toiles et du parfum de l’huile d’œillet, je revois les grognards qui suivaient Napoléon et les feux des bivouacs." Passionnée d’histoire aujourd'hui, la comédienne a imaginé les dernières heures de Joséphine de Beauharnais dans un "seule-en-scène olfactif" réussi. Pour accompagner les ultimes paroles de l'impératrice douairière, la metteur en scène a choisi l'Eau Suave, un bouquet de roses opulent créé par Parfum d'Empire en hommage à la passionnée de botanique qu'était Joséphine. Et pour diffuser la fragrance, elle aura recours au dispositif innovant mis au point par un spécialiste de la gouttelette parfumée, Aeryum.

Dans la lignée des dramaturgies olfactives innovantes de Violaine de Carné, Joséphine mon amour sera joué vendredi 13 juin, parmi d'autres spectacles de la Semaine napoléonienne d'Ajaccio. L'occasion de se prendre pour une sirène sur l'île de beauté le temps de l'aventure. Et d'arborer comme un tatoo Corsica Furiosa, le dernier-né de… Parfum d'Empire, justement. Marc-Antoine Corticchiato nous invite à prendre le maquis avec le lentisque, un petit arbuste qui affectionne les flancs ensoleillés des collines méditerranéennes. "La Corse olfactive ne se résume pas à l'immortelle !", plaide le parfumeur. Attendez-vous à recevoir une lumineuse volée de bois vert entre ciel et mer, et à vous sentir comme un petit pois fougueux perdu dans une botte de foin…

Joséphine mon amour, 1814-2014. Une pièce olfactive signée Christine Bussière, avec la complicité de Marc-Antoine Cortichiatto et Nicolas Chabot (Aeryum). Vendredi 13 juin à 21h30, à l'Espace Diamant d'Ajaccio.

Corsica Furiosa, de Parfum d'Empire (site en cours de reconstruction...). 100 ml, 120 €. En vente chez Marie Antoinette notamment, l'une des plus adorables boutiques de parfums à Paris, place du Marché-Sainte-Catherine.

Published on June 5 2014

© Geo

© Geo

Neela Vermeire est une copine, ce qui ne doit pas l'empêcher de m'inspirer un post, bien au contraire ! Car en plus d'être la fille la plus cool de la terre (chez Isse, mercredi, elle a mis deux heures à finir son menu Tempura tandis que nous parlions ce mélange de français et d'anglais qui n'appartient qu'à nous), elle édite depuis deux ans une très belle ligne de parfums inspirée de l'histoire de l'Inde, son pays natal. Trayee, mon préféré, est un plongeon aux racines védiques de la culture indienne sur fond de safran, jasmin, santal et cardamome. Mohur joue la rose, très cuir, très five o'clock. Ses notes inspirent le musicien Prem Joshua quand il joue de la flûte ou de la cithare, nous apprend Neela. Troisième volet de l'épopée olfactive, Bombay Bling est un concentré des paillettes de Bollywood.

Dernier venu, Ashoka rend hommage à cet empereur hindou très cruel qui s'est métamorphosé après s'être converti au bouddhisme. Récompensé en avril par l'Institute of Art and Olfaction, à Los Angeles, Ashoka possède une note figuier, solaire et lactée, pile poil dans l'air du temps. A peine lancé, le parfum ensoleillé décolle un peu partout dans le monde comme aucun des trois autres avant lui. Et autant chez les hommes que chez les femmes.

Rien de minimaliste dans les créations de Neela Vermeire, mais des fragrances baroques, des senteurs riches et facettées qui doivent permettre à chacun de trouver sa place dans le monde. Les parfums jouent pour elle un rôle de talisman. "Mohur, Trayee, ils me protègent quand je les porte." A propos du quartet de sillages qu'elle a orchestré avec le parfumeur Bertrand Duchaufour, elle explique avoir fait du mieux qu'elle pouvait. " Mon idée, c'était de créer des parfums qui signifient vraiment quelque chose pour moi". Preuve de l'intérêt que l'univers de Neela suscite, certaines marques n'hésitent pas à demander à Duchaufour de s'en inspirer pour leurs propres créations !

"Enfant, j'étais fascinée par les odeurs", se souvient Neela. A Calcutta, où elle est née, la jeune fille commence à apprécier les effluves, sans se soucier de distinguer les "bons" des "mauvais". A Philadelphie, USA, où elle part étudier l'urbanisme, elle porte Coco de Chanel, comme un signe extérieur d'élégance. C'est à Londres où elle s'installe en 1993 pour faire son droit, puis à Paris qu'elle se met à collectionner les essences. A acheter, beaucoup : Jicky, Bois et Violette, Iris 39… Et à imaginer des Perfume Paths, des parcours olfactifs sur mesure pour découvrir "son" parfum à travers le dédale de boutiques parisiennes qu'elle connaît comme sa poche.

Aujourd'hui, dans cette aventure tout ce qu'il y a de plus confidentiel (Neela Vermeire Créations a été lancé sur fonds propres), mieux vaut prendre son temps, juge-t-elle. Ne pas sortir un parfum à tout prix pour occuper l'espace, même si "dans la niche, il y a beaucoup de concurrence. Et nous sommes tout petits". Ne pas être partout non plus. En France, la marque n'est vendue qu'à Paris, chez Jovoy. Sur le site Internet, les gens commandent souvent le coffret découverte. Après, ils recherchent un point de vente pour s'approvisionner en Trayee ou en Bombay Bling. Vendue aux Etats-Unis, en Russie, et dans une vingtaine de villes en Italie, Neela Vermeire vise Ryad, Dubaï, et "pourquoi pas Singapour". Et en Inde, ça marche ? "Je n'y suis pas distribuée. C'est difficile là-bas, le marché de la niche en parfumerie. Ils préfèrent Prada, Gucci, Chanel… Des marques avec un logo !"

Neela Vermeire Créations, 60 ml, 190 €.

Published on May 30 2014

La première allumette

Combat de l'amour et de la faim. A sa sortie, il y a cinq ans, j'avais frénétiquement découpé l'article du Monde des livres consacré au roman de Stéphanie Hochet (Fayard, Prix Lilas 2009). Un papier de Nils C. Ahl comme je les aime, qui faisait l'éloge de cette fuite romanesque au début du siècle dernier dans le sud des Etats-Unis que j'ai couru m'offrir. Aujourd'hui, Stéphanie Hochet publie Eloge du chat (éd. Léo Scheer), et c'est la troisième femme de lettres à avoir bien voulu se livrer au jeu des 3 questions parfum. Merci !

- Une odeur d'enfance : l'odeur de souffre de la première allumette qu'on allume avec ébahissement et effroi.

- Un parfum pour un voyage : le plastique des bouées de plage, son parfum de vacances.

- Un sillage de chevet : l'odeur de terre abreuvée de pluie après une forte chaleur.

Published on May 24 2014

© DR

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Lionel Paillès a commencé comme journaliste politique, au Quotidien de Paris puis au Parisien. Il a lancé Men Health et relancé Vital. Depuis, il écrit sur le parfum aussi bien pour Grazia et Lui que pour une revue professionnelle comme Cosmétique Mag. Il tient également une chronique dans l'émission "Goûts de luxe" sur BFM . "J'y ai d'abord parlé bien être, beauté, massages, spas, car le parfum n'intéressait guère, m'explique-t-il. Ensuite, j'ai pu faire une chronique sur la niche ou les nouveaux lieux de la parfumerie à Paris. A la radio, ils s'en foutent des annonceurs !", ajoute-t-il, enthousiaste.

Moi qui caresse régulièrement le rêve de parfumer le micro, j'ai tout de suite eu envie de rencontrer le personnage. Cela tombe bien : l'homme qui parfume les ondes vient d'écrire Esprit de synthèse, un petit opus poétique et pédagogique consacré aux molécules mal-aimées du parfum.

Ambroxan, iso E super, floralozone, ces matériaux barbares nés dans les labos lui inspirent une "tendresse particulière". Il rend hommage aux petits bijoux de la chimie dans de courts portraits, mi-science mi-fiction. On y apprend par exemple que la calone n'est pas que la note "aérienne et aqueuse" de la pastèque, mais aussi le nom du héros d'un livre d'espionnage publié chez Fleuve noir en 1971, Calone est au parfum !

Esprit de synthèse s'offrira à tous ceux qui voudraient retrouver avant l'heure l'odeur de vacances contenue dans certains flacons (le salicylate de benzyle "sent bon la serviette de plage un peu rêche, décolorée saison après saison, le sable chauffé par le soleil, le seul marin") ou qui aimeraient comprendre à quoi tient le charme désinvolte d'Eau sauvage de Dior (à l'hédione, cette molécule qui a inventé "en parfumerie le présent perpétuel"). Sans oublier tous ceux qui croient encore qu'un muguet "naturel" peut exister… Ca fait du monde, donc !

Aujourd'hui Lionel Paillés prépare un livre de nouvelles sur le thème du parfum. "A travers tout ce que j'ai fait, nous confie-t-il, je sais à présent qu'avec le parfum je cherchais un alibi journalistique pour oser écrire de la fiction". La plume alerte qu'il déploie dans ce premier ouvrage laisse présager de très bonnes lectures…

Esprit de synthèse. Du parfum, des molécules, de Lionel Paillès. Les Editions de l'Epure, 2013, 61 p., 10 €.

Published on May 14 2014

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Il paraît qu'il y a les femmes Guerlain et les femmes Chanel. Perso, y a pas photo, j'ai cédé à toutes les versions de la guerlinade : de Nahéma, le premier, offert par un amoureux, à Chamade le temps d'une escapade à San Francisco, en passant par Vol de Nuit, Jicky, Habit Rouge… J'ai toujours un flacon de L'Heure Bleue à la maison, mais chaque été je pars à la campagne avec Après l'Ondée. J'aime sentir Shalimar ou Insolence dans le cou de Maman. Et je me réserve un peu de Liu pour aller voir Turandot, bientôt…

Pourtant, dans la géographie Chanel, trop abstraite à mon goût (excepté le N°19, que j'adore mais qui ne me le rend guère, hélas...), un parfum me fait de l'œil chaque printemps, depuis des années: c'est le N°22, un sillage encore plus explosif que le N°5, des aldéhydes poussés à fond les ballons, rose et jasmin comme repassés au fer chaud. Fleuri sans être opulent, tenace mais pas capiteux, le 22, harmonieusement poudré, magnifie toutes les peaux, quelle que soit sa famille de prédilection. De quoi se prendre pour une femme Chanel aux beaux jours…

N°22, de Chanel, collection Les Exclusifs. 200 ml, 190 €.