Published on April 1 2016

Sœur sourire

Avec Claire, on a inventé la Fête des Sœurs, le 1er avril. Pour conjurer le sort (chez nous, les Poissons n'ont pas toujours été joyeux ce jour-là...), nous avons choisi de célébrer comme une bonne farce le lien qui nous unit.

Je me souviens de Claire à 15 ans, découvrant Classique de Jean Paul Gaultier. Depuis, je lui ai offert Boudoir, de Vivienne Westwood, et Cornubia, de Penhaligon's, mais c'est à Poème, de Lancôme, qu'elle est restée le plus fidèle. Je sais aussi qu'elle aime Songes, d'Annick Goutal.

Son dernier coup de cœur olfactif, c'est Tabac Toscan, de Santa Maria Novella, qu'elle a porté lors d'un de ses Nouvel An à Florence. "Quand j'en mets, j'ai l'impression que je pourrais sortir sans maquillage", dit celle qui ne claque jamais la porte de chez elle sans s'être fait l'œil charbonneux et/ou le sourire fusant. "Ca pourrait suffire, ou tout faire passer...", ajoute-t-elle, énigmatique.

Bonne fête, Clairette !

Published on March 5 2016

© Saed Hindash

© Saed Hindash

Pour rien au monde, ce vendredi 26 février, je n'aurais manqué L'Odorat, ce documentaire passionnant réalisé par Kim Nguyen qui passait dans une petite salle de L'Entrepôt. Un film foisonnant et sans transition, où l'on parle autant des odeurs fantômes qui tenaillent les anosmiques que de l'arôme des vins qui fleurent bon la pêche et la muscade, de l'art de négocier la truffe, du sexe de la femme dans un flacon ou d'un atelier olfactif pour retrouver la mémoire.

On y voit le chimiste québécois Francois Chartier, passionné par les "atomes crochus" pouvant exister entre les aliments ("j'entends une contrebasse en sentant l'ambre gris"); le chef Olivier Roellinger, évoquant le parfum épicé des vagues vierges qui s'engouffre dans la Manche et le Cotentin; ou l'experte ès thés Yu-Hui Tseng, qui décèle une note de pruneau confit dans l'arôme d'un safran.

Mais la plus émouvante, c'est Subha Pathel, qui mène pour IFF des recherches sur la communication par les arômes chez les végétaux. Elle nous apprend notamment que les fleurs peuvent tomber amoureuses, et changer de profil aromatique.

Une info qui fait écho au passionnant article paru dans Le Monde (suppléments Science, daté 2 mars, "Les plantes, ces grandes communicantes", de Sarah Rahmani, à lire ici en édition abonné). Pas de neurones, les plantes, peut-être, mais leur "cerveau diffus" les rend capables de faire la pluie et le beau temps, de prévenir leurs voisines en cas de danger ou de garder un événement en mémoire (jusqu'à quarante jours pour le Mimosa Pudica). "Chaque espèce d'arbre a son propre parfum, son propre message pour attirer la pluie", y souligne le botaniste Francis Hallé.

Published on February 14 2016

Funny Valentine

Quel beau dimanche pour les vendeurs de roses rouges et moches, prêtes à crever dans vos bras en deux temps trois mouvements... alors qu'il suffit d'une brassée de mimosa pour rendre une femme heureuse ! Ou d'un parfum mystérieux sur le corps de l'autre, qui peut donner des envies de printemps avant l'heure. Noir Epices par exemple, signé Michel Roudnitska pour Frédéric Malle, réveille un instinct joueur et des appétits sensuels. Ce chaleureux parfum de peau, avec sa noix de muscade, son poivre et ses notes de girofle et de cannelle, laisse entrevoir un Valentine's Day comme on les aime : funny, doux, corsé.

Published on January 20 2016

Fauve qui peut

Parfum millésimé, une bonne idée ? l'enquête mériterait d'être menée (mais pas ce soir...). En attendant, Tabac Tabou est la vraie bonne surprise de cette rentrée 2016. Chaque année, le nouveau sillage de Parfum d'Empire sera produit en très petite quantité, et l'étiquette mentionnera son millésime — de quoi rendre dingues toutes celles qui, comme moi, viennent d'y succomber.

A peine senti, j'ai su que c'est lui qui m'accompagnerait bientôt sous le soleil des îles. Chaldée moderne, genre de Sables (mouvant), ce Tabac Tabou 2015 m'invite à sortir de ma torpeur hivernale (et à écrire un post) (et à rouler dans le foin.. ;)

Avec ses notes de narcisse et d'immortelle, il prétend renouer avec la fonction sacrée du parfum. Mais moi, entre la terre et le ciel, j'y sens surtout l'hiver qui s'éloigne, et le soleil qui infuse.

Parties pour faire un tabac, ces volutes-là ? ou suis-je définitivement dans une période fauve...?

Tabac Tabou, de Parfum d'Empire, 50 ml, 140 €.

Published on November 30 2015

© Peter Beard

© Peter Beard

La saison vient de passer à l'heure du cuir (Bel Ami, Tabac Blond, Le Sac de ma mère…), et Mémo imagine sa quatrième fragrance sur ce thème. Alienor Massenet, la parfumeuse qui signe tous les jus de la maison, aime jouer avec les accords réputés masculins. Cardamome, safran, cumin, son nouvel African Leather invite à faire ses bagages pour un safari — moins vert qu'Irish Leather, qui avait cartonné il y a trois ans, moins baumé ou velouté que les cuirs italien et français de la marque.

La note cuir possède ce pouvoir de sonner tantôt fauve (Cuir de Russie, chez Chanel) tantôt daim (Cuir Beluga, de Guerlain), de claquer comme un fouet ou de se fondre dans la savane. La nouvelle bougie Peau de Bête, des Liquides imaginaires, n'échappe pas à ce paradoxe: elle fleure bon l'animal sauvage sur le parquet ciré. Et habille de luxe nos intérieurs hivernaux.

Car les effluves de cuir évoquent toujours une certaine opulence : savez-vous que les constructeurs automobiles en parfument les sièges de leurs voitures pour les rendre plus désirables ?...

Published on November 11 2015

© Photo tirée du livre "2CV, l'auto aux mille visages"(ETAI).

© Photo tirée du livre "2CV, l'auto aux mille visages"(ETAI).

François, 47 ans pour quelques jours encore, se souvient du parfum des automobiles de son enfance. Pas très loin de Bel Ami, d'Hermès, qu'il s'apprête à adopter...

L'un de mes premiers souvenirs olfactifs, ce sont les vieilles bagnoles. La 2 CV évidemment, celle que conduisait ma mère lorsque j'étais enfant, le nez collé au tout petit pare-brise comme la bonne sœur du “Gendarme”.
Imagine un matin d'hiver à la campagne, la plaine sous quarante centimètres de poudreuse. Allée des Noyers, les odeurs fraîches du jour et la voiture qui peine – caoutchouc, ferraille, poussière, moteur, huile chaude… Prendre cette route de cailloux, avec, au bout de la côte qu'on ne savait jamais si on allait réussir à monter, la Nationale.
Je me souviens aussi de la Triumph intérieur cuir qu'avait laissée dans le jardin un copain de la famille. Y entrer avec mon frère, jouer avec le levier de vitesses, faire semblant de la conduire…

Published on September 28 2015

© "A une passante", de Patrick Martin

© "A une passante", de Patrick Martin

Au sujet des Rives qui ont battu leur plein ces derniers jours à Paris (tandis que je battais d'autres campagnes...), voici mes trois coups de cœur.

Tout d'abord, l'exposition Anbar (ambre gris, en arabe ancien), un parcours qui mêle art pictural et représentations olfactives ; celui d'un amoureux du parfum (le blogueur Patrice Revillard, alias Musque Moi !) autour d'une matière animale mythique de la parfumerie. Dans un petit café de la rue des Blancs-Manteaux, l'artiste italienne Clelia Tondini exposait sept tableaux correspondants aux thèmes olfactifs imaginés par Patrice pour raconter l'histoire de cette "sécrétion magnifique", toute droit venue des tréfonds du... cachalot. Un projet intriguant et bien mené.

Maté, chanvre et foin coupé

Ces Rives sont aussi l'occasion d'évoquer de tout nouveaux lieux qui portent l'empreinte de deux femmes dont j'admire le chemin : Olivia Giacobetti et Isabelle Masson-Mandonnaud. Chacune dans leur genre, bien sûr, car à première vue tout les distingue : l'une est une grande parfumeuse, l'autre une femme d'affaires enthousiaste, fourmillant de projets autour de la beauté.

Quand Olivia (ré)installe sa marque, Iunx, rue de Tournon, dans une boutique minimaliste, façade noire et bois brut, Isabelle investit le Haut Marais, à deux pas de République, avec sa nouvelle maison haute en couleurs, Sabé Masson.

Olivia Giacobetti a inventé la note figuier (Philosykos, Premier Figuier), sublimé le lilas pour Frédéric Malle (En Passant), débauché les épices chez L'Artisan Parfumeur (Safran troublant). Elle revient aujourd'hui toute seule aux manettes (enfin, avec une super équipe, dont la délicieuse Francine !). Vingt bougies et des eaux énigmatiques, une dizaine, à sentir le nez dans la corolle ;) : une Eau Blanche virginale, vapeur de lin sous le vent; une Eau Baptiste céleste, enfance surgie du flacon. Et l'Eau Argentine, ma préférée, qui concentre en elle tout l'été — maté, chanvre sec, paille et foin coupé.

© Les Rives de la Beauté

© Les Rives de la Beauté

Isabelle Masson-Mandonnaud, elle, a fait le succès de l'enseigne Sephora dans les années 1990 et lancé en 2005 les parfums solides Crazylibellule & The Poppies. Des formules hybrides, entre fragrance et cosmétique, qui remportent quatre prix de l'innovation à l'époque. Et qu'elle ne cesse de perfectionner depuis dix ans.

Karité, tiaré, mangue, tamanu… Selon les vertus des cires, beurres ou huiles — anti-âge ou anti-oxydantes –, Isabelle a réfléchi aux accords parfumés les plus appropriés. "Le karité, on peut mettre ce qu'on veut dedans, des fleurs, des agrumes... Le tiaré, c'est une pâte chaude, qui rend le parfum poudré, ça marche bien avec la vanille."

Pas sur la bouche

Sans alcool, sans paraben, ces Soft Perfume s'appliquent comme un baume, partout sauf sur les lèvres. Dans le cou ou sur les mains, deux zones sur lesquelles le temps marque vite. Mais aussi "entre les yeux ou sur les ailes du nez, de façon plus classique". Vous avez dit classique ?

© Sabé Masson

© Sabé Masson

On aime l'objet, nomade, ludique, mais aussi le geste : effleurer le poignet, lisser un sourcil, rehausser les pommettes… Caresse de rouge sans le rouge, sent-bon qui soigne, packaging joyeux, noms poétiques (Belle Furieuse, De Guerre Lasse, Eu Vent de Vous, Zazou, La Reine Soleil...). Ces sticks tout fragrants sont "bons pour l'âme et bons pour la peau: le rôle du parfum, non ?", conclut Isabelle.

Alors, le parfum caresse ? Sabé Masson en fait une philosophie, Iunx se contente d'un clin d'œil: sa divine Crème de lait à la guimauve promet de transformer n'importe quel corps en Chamallow géant pour l'hiver !

Published on September 16 2015

Sous le charme

En août, tandis que l'été me chantait des airs d'Italie à l'ombre des micocouliers, Natacha est tombé amoureuse... d'un parfum : Bois des îles, de Chanel.

Depuis des mois, mon système neuro-olfactif me réclamait désespérément un coup de cœur – il avait envie de vibrer, c'est sûr (un peu, beaucoup... comme une belle histoire d'amour). Je me mets alors à humer, humer et encore humer, pendant des jours, des semaines... Et… rien. Enfin, je lâche prise, totalement prise, jusqu'à snober cette envie, et définitivement la faire taire.
Mais bientôt la perspective d'un cadeau d'anniversaire pour une amie m'évoque naturellement une idée parfumée... Je pars alors en repérage chez Chanel, 382 rue Saint-Honoré, avec une idée derrière la tête, et quelques échantillons dans le sac à la sortie.
Trois jours plus tard, après un surprenant rhume aoûtien, je dépose sur mon poignet et dans le creux du coude quelques pschitt vigoureux de... Bois des îles. Dans un premier temps, pas grand-chose, son sillage me laisse froide. Ce n'est qu'une bonne demi-heure plus tard que l'ylang me fouette le nez et me transporte vers je ne sais quel territoire exotique imaginaire. Il me mène sans détour vers cet état tant attendu, l'état amoureux.
Oui, suis totalement tombée sous le charme, et en amour, de cette odeur suave, boisée, fleurie, terriblement cotonneuse et charnelle. Je ne sais pas où je voyage, mais je voyage, c'est certain. La destination m'importe peu, du moment que j'y suis. Parole de Natacha, faut jamais désespérer.

Published on August 17 2015

© Highaboveseattle.com

© Highaboveseattle.com

"Légère fragrance de sapin ou de raisin, parfum boisé avec un arrière-goût de cacao ou de café corsé": il ne s'agit ni de vin ni de sillage voluptueux, mais de l'arôme... de votre pétard ! A Seattle, où la marijuana est légale depuis un an, les jeunes vendeurs utilisent un registre inspiré de l'œnologie pour faire découvrir leurs meilleurs haschichs. Aujourd'hui, dans Le Monde (daté 18 août), le journaliste Yves Eudes nous racontait l'histoire de ce business en herbe. S'ils s'aventurent à parler de parfum, la plupart des concurrents empruntent leurs techniques au marketing le plus conventionnel: conseils d'agences spécialisées, sondages, études, tests, enquêtes… Ici, on rêve de créer le Starbuck's de la défonce; là on agence sa boutique franchisée comme on le fait chez Gap, avec soin; on la baptise "Berlin Est" pour se rendre exotique aux yeux de tous les John Doe de l'Etat de Washington; et bien sûr, on lance son site Web et on s'agite tous azimuts sur les réseaux sociaux. Et là, on se dit que le marketing olfactif pourrait avoir toute sa place dans cette guerre du shit qui ne fait que commencer.

Published on August 11 2015

Bad boys

Dingue, tous ces (beaux) mecs qui utilisent le parfum en bonne et due forme comme déodorant ou comme après-rasage. Dior Homme Sport ou Bleu de Chanel, la belle affaire ! Messieurs, ce n'est pourtant pas l'offre qui manque : chez les hommes, question fragrance, tout se décline. Le déo existe en vapo et en stick, l'after-shave en lotion ou en baume. Et sinon, y a aussi les gels douche (celui de la ligne Eau d'Orange Verte d'Hermès est un must). Pauvres génies de la galénique et/ou du marketing, qui se décarcassent pour trouver la texture qui fera fondre les gentlemen comme un seul homme...