Published on October 13 2014

Y a pas photo

Mea culpa. Pas une seule ligne sur Olfactive Studio dans mes 100 Questions sur le parfum. Pour tout vous dire, je lui en avais consacré une entière, de question, à cette petite marque née de la rencontre entre le parfum et la photographie. Sur le mode "A quoi ressemble le premier jus 2.0". Un peu anecdotique, me fit-on remarquer un jour. En même temps, les anecdotes, c'est le principe de ce livre, non ? J'ai ôté la question, un peu à contrecœur, et puis j'ai oublié d'y faire référence ailleurs, à propos des correspondances entre les arts et le parfum par exemple…

Déjà à l'époque de son lancement, en septembre 2011, le rendez-vous avait été manqué. Le premier numéro de M sortait une semaine après les Next, Cosmo, Marie Claire et autres du mois d'octobre. Olfactive Studio était partout ! Pas question d'en rajouter en écrivant une ligne dessus, m'avait-on sèchement objecté... Mea maxima culpa donc.

L'ŒIL ET LE NEZ

Le projet de cette jeune maison avait de quoi séduire : Olfactive Studio, première marque de parfum collaborative née sur Internet, naissait d'un dialogue entre l'œil et le nez. Pendant un an et demi, sa créatrice, Céline Verleure (une ex de L'Oréal, rompue au jeu marketing), a partagé avec ses 5000 fans sur Facebook les différentes étapes de l'élaboration de ses premières fragrances. Depuis le nom, le thème et la charte graphique jusqu'au lancement des jus, en passant par les séances d'évaluation avec les parfumeurs ou les rendez-vous avec les verriers, tout a été scrupuleusement raconté au jour le jour sur le mur de la page Le blog du parfum qui n'existe pas (encore!).

Parfum 2.0, vraiment ? Mais oui ! Les internautes étaient invités à poster des idées. Certains ont suggéré un parfum qui sublimerait notre propre odeur ; d'autres de lancer des talcs, des concrètes, des huiles, des crèmes… Quelques-uns se faisaient une idée bien précise des accords qu'ils auraient voulu sentir: "Je pensais à un parfum composé autour du tilleul, accompagné d'aubépines (pour ajouter un côté rosé, mais plus rond que la rose elle-même), avec de la menthe froissée en tête, en touche très légère. Et un fond un peu miellé, avec un absolu de cire d'abeille par exemple, mêlé à la mousse de chêne."

IMBROGLIO JURIDIQUE

Depuis le premier trio parfumé d'Olfactive Studio (Autoportrait, Chambre Noire et Still Life), trois autres opus ont vu le jour : Lumière Blanche, Flash Back et — osera-t-on le nommer tellement sa réputation est déjà sulfureuse ? — Ombre Indigo. En France, pour l'instant, ce nouveau venu ne peut exister qu'en bougie ; sa version eau de parfum n'est disponible qu'à l'international suite à un imbroglio juridique avec la marque propriétaire du nom Ombre Rose, un très beau fleuri poudré lancé en…1981 ! Dommage : deux jolis sillages ne devraient pas avoir à se faire de l'ombre ;)

En tout cas, y a pas photo : l'élégance du concept et le succès bien mérité d'Olfactive Studio ont séduit le Comité Joséphine, dont j'ai l'honneur de faire partie aux côtés d'autres journalistes comme Lionel Paillès ou Laurence Férat. Les critères d'admission à ce nouveau club très privé de la parfumerie ? faire la preuve de sa qualité : être rare (pas vendue à tous les coins de rue), de belle facture (univers visuel, flacons, packaging) et made in France bien sûr (à 80 % au moins, et pas conditionnée n'importe comment s'il vous plaît !). Attention, les "experts" de Joséphine veillent — histoire de donner de la voix à la belle parfumerie, et de faire rentrer à la niche ce qui n'aurait jamais dû en sortir.

Published on October 8 2014

100% parfum

Un matin de février 2013, alors que je cuve mon jetlag asiatique annuel, je reçois un coup de fil comme il n'en existe que dans les bouquins de Paul Auster. "Ici les Editions La Boétie. Un “100 questions sur le parfum”, ça vous tenterait ? A rendre en août, pour une sortie du livre à Noël. Dans les 200 000 signes... Vous connaissez le sujet, faites-nous en partager l'aspect croustillant !"

100 ? Oh la la, ça fait beaucoup, nan ? On peut pas dire 50 seulement ? Ah, c'est une collection qui s'intitule "100 questions sur" (Napoléon, la phytothérapie, les francs-maçons...). Evidemment... Pour août, vous êtes sûr ?!

Le manuscrit sera finalement rendu le 15 octobre. Sortie initialement prévue pour la Saint-Valentin 2014, puis repoussée à l'automne afin d'être être en vue à Noël. Nous y voilà, donc: 100 questions sur le parfum sort demain en librairie !

J'ai porté ce bouquin huit mois de ma vie comme on porte un bébé, tantôt inquiète tantôt exaltée. Toujours dans le doute, à bout de bras et le nez de guidon. Avec de longues semaines entières de paralysie de la plume. J'ai voulu me surprendre, apprendre de nouvelles choses, rencontrer du monde, faire le point sur les grands enjeux de la parfumerie.

Je suis partie des questions de mes amis: ça existe, un parfum de blonde ? y en a encore, des parfums naturels ? C'est quoi, les muscs blancs ? Et puis j'ai voulu élargir la question. Le parfum, ça commence dès qu'on sent, non ? Et l'odorat, ça marche comment ? Pourquoi les sillages ont-ils ce don de nous remémorer en un instant des souvenirs qu'on croyait oubliés à jamais ?

J'ai voulu montrer que le parfum n'est pas une affaire réservée aux coquettes. Qu'au contraire, c'est un thème qui pourrait contenter n'importe quel honnête homme — au carrefour de disciplines comme l'histoire, la biologie, l'anthropologie, l'art, la littérature, les nouvelles technologies, le marketing, l'industrie…

Je n'ai évidemment pas pondu le livre que j'aurais aimé faire, celui que je le porte en moi comme un texte définitivement perdu. Terrible de constater à quel point lorsqu'on écrit, c'est l'écriture qui nous gouverne et non l'inverse, qu'on n'est jamais vraiment maître de ses propos ;)

Voilà, il est temps que ce livre vive sa vie, et que j'apprenne à l'aimer avec toutes ses imperfections, ses points d'exclamation et… ses coquilles ;) Saviez-vous que la "cinquième saveur", celle du glutamate de sodium très en vogue dans les cuisines asiatiques, s'appelle l'umami, et non l'"unami" ? un terme japonais qui désigne ce qui n'est ni salé ni sucré, ni acide ni amer, et que je n'ai appris que très récemment à bien orthographier.

Par ailleurs mea culpa, je n'ai pas complètement répondu aux 5 questions que me posait Bel Ami : "1. Pourquoi vendre des parfums dans les aéroports alors que le jus tourne en avion ? 2. Le jus tourne-t-il vraiment en avion ?? 3. Pourquoi nous faire croire que sans parfum la peau serait muette ? 3 bis. Et avec parfum, elle est tachée, la peau ? 4. Ça sent comment en vrai, Scorpio ? 5. Elle pense à quoi, la fille d'Opium ?"

100 questions sur le parfum, Editions La Boétie, 203 p., 12,50 €.

Published on October 1 2014

Mémoire vive

Dans mon histoire olfactive, Le Labo se résume à un mot et deux chiffres: Iris 39. J'ai porté cette note florale tirant sur le miel et le foin il y a six ans pile poil, à Berlin, lors d'un week-end glacial comme on en a parfois au ski — ciel bleu, soleil et thermomètre bas. Un vrai souvenir olfactif !

Il y a quelques semaines, lorsque j'ai lu dans Elle que la petite marque, née à New York en 2004, organisait à Paris des ateliers olfactifs sur le thème du bois et des eaux, j'ai aussitôt sauté sur l'occasion, envoyé un mail au Labo et plaidé ma cause: serait-il possible de suivre un de ces événements, embedded telle une petite souris cachée dans un coin, munie d'un simple carnet et d'une plume? Ce fut oui. La marque m'a gentiment laissé assister à cette rencontre entre des parfums et des âmes, sur le thème des eaux.

EMBRUNS, CASCADES, BRUME, ROSÉE…

Parquet brut, murs nus, charpente métallique et meubles de métier en bois, on se croirait à Brooklyn dans cette jolie petite boutique, rue Froissart. Installée par terre contre la vitre, je regarde arriver tour à tour les huit participantes, des filles, évidemment ;) Des curieuses, des passionnées, des novices dans le métier qui viennent en apprendre plus sur le parfum. Ainsi qu'Elisabeth Carré, l'historienne qui anime cette séance consacrée aux eaux en parfumerie.

"Le thème des eaux recèle plein d'entrées différentes. C'est autant la rosée du matin que les embruns de l'océan, les cascades que la brume ou une sensation plus aqueuse. Comment naviguer dans toute cette flotte?" s'amuse-t-elle. D'autant que, paradoxe, le parfum est hydrophobe: l'eau n'a pas sa pareille pour aplatir les notes odorantes et faire fuir le sillage de la peau !

L'atelier-conférence fourmille d'anecdotes historiques tout en rappelant les fondamentaux de la parfumerie (comme l'alambic et le procédé de la distillation). Il passe en revue les grandes eaux de l'histoire : premiers élixirs tonifiants comme l'Eau de la Reine de Hongrie, eaux d'anges au XVIIIe siècle qui parent autant qu'elles protègent, jusqu'aux Eau Sauvage (1966) de Dior, Eau de Rochas (1970) et Ô de Lancôme (1971), L'Eau d'Issey Miyake (1992) et CK One (1994) de Calvin Klein, tous archétypes d'une certaine idée de la fraîcheur. Sans oublier les eaux de Cologne bien sûr, ces accords hespéridés qui cartonnent en splash dans les pays latins. Au Brésil, après la douche, ça t'aide à sécher, lance Elisabeth. "Moi, je m'en sers pour me nettoyer les oreilles!", s'exclame Marine, une des participantes.

POUDRE DE GRAND-MÈRE

Le second volet consacré à sentir, des matières brutes ou des parfums du Labo, est le plus passionnant. On en voudrait plus ! Et on reste un peu sur sa faim… A propos d'une note végétale qu'Elisabeth nous donne à sentir, Marine lance: "Ca m'évoque la fraîcheur d'un sous-bois, mais sans la sensation de bois." Car le thème de l'eau foisonne d'accords construits autour de l'idée de fraîcheur, nous rappelle l'historienne. Accords d'agrumes bien sûr, mais aussi notes végétale, marine, aquatique, et même minérale ou florale. L'accord de Neroli 36 du Labo (les chiffres désignent le nombre d'ingrédients contenus dans la formule), une fleur d'oranger très cosmétique, rappelle à Catherine, une autre convive, le parfum d'"un gros pot de poudre de grand-mère. Réconfortant". A porter comme une simple chemise blanche, dixit la marque.

A la fin de la séance, quelques questions. Loin d'être bêtes: la différence entre eau de toilette et eau de parfum, par exemple. "Même si, traditionnellement, la différence tient à une question de concentration, il n'existe aucune réglementation en la matière, répond Elisabeth Carré, et cela varie d'une marque à l'autre." Un comble quand on sait que tous les ingrédients potentiellement allergènes doivent être listés sans exception sur l'emballage de nos flacons !

Ces conférences-ateliers conviendront parfaitement à celles et ceux qui souhaitent s'initier aux grands thèmes de la parfumerie et aux matières premières ; pour les plus connaisseurs, le format paraîtra un peu léger, et la partie consacrée à sentir un peu courte. Même si c'est toujours un plaisir d'aller mettre son nez dans Iris 39 et sa bande (Bergamote 22, Labdanum 18, Lys 41…).

Published on September 16 2014

© Eléonore de Bonneval

© Eléonore de Bonneval

Il n'y a pas de hasard. Le 11 septembre, ma grand-mère, 88 ans, qui a perdu l'odorat il y a des années, quittait le monde des valides pour entrer dans celui des patients. Le matin même, je rencontrai la photographe Eléonore de Bonneval, 33 ans, qui a conçu une installation interactive hautement pédagogique sur le thème de l'anosmie, un trouble qui toucherait 5% des Français. A découvrir dès mercredi 17 au Showroom Kenzo, à Paris.

Pas facile, me disais-je, de mettre en image un sens comme l'odorat, a fortiori lorsqu'il est perdu. Comment évoquer ce trouble invisible à l'œil nu ? Et puis, qu'est-ce que le nez pourrait bien avoir à raconter au photographe ? "Beaucoup de choses !" répond la jeune femme enthousiaste. La première partie de l'expo d'Eléonore de Bonneval invite le public à découvrir des odeurs d'herbe coupée, de café ou de barbe à papa, des effluves signés Evelyne Boulanger, chez Symrise, et diffusés selon une technologie Scentys. Pour accompagner cette stimulation olfactive, une série de photos en couleur réveillent les souvenirs des promeneurs à la manière d'une madeleine : copeaux de bois du crayon à papier fraîchement taillé (ci-dessus), forêt sous le soleil filtré par les arbres, nouveau-né bien au chaud dans les bras de ses parents, sachet de lavande tout droit venu de Provence…

Plus loin, changement d'univers : sous une verrière censée symboliser la mise au ban de la société des anosmiques qu'Eléonore a rencontrés, neuf grands portraits tirés en noir et blanc, imprimés sur un plexi transparent. Tous lui ont confié combien ce handicap les coupait du monde. "Chacun à sa manière a évoqué un sentiment d'exclusion sociale. Pour certains, c'est comme s'ils se tenaient derrière une vitre, ou même comme s'ils étaient sous vide ; d'autres ont l'impression qu'une couche de néoprène leur recouvre la peau, ou qu'un rideau leur est tombé petit à petit devant les yeux."

A cause d'un polype, June a passé trente-sept ans de sa vie sans sentir. "La première odeur qu'elle a perçue après son opération, c'est celle d'un citron. Elle en a pleuré !", raconte Eléonore. Mark, qui souffre d'anosmie congénitale, ne parvient pas à comprendre le phénomène de réminiscence, qui consiste à se remémorer un souvenir avec force de détails, et de façon fulgurante, grâce à une odeur. Pour lui, posséder le sens olfactif, c'est un peu comme être doté d'un super-pouvoir !

APPROCHE TRANSVERSALE

Une boutade que n'est pas loin de partager Eléonore de Bonneval. A 33 ans, elle a toujours été intéressée par le monde des effluves, plus que par les parfums eux-mêmes (même si elle avoue vouer un culte à certains Serge Lutens, comme A la nuit, Ambre Sultan ou Sa Majesté la Rose). Bon, son père est ORL quand même, peut-être a-t-elle développé une acuité particulière pour l'odorat.

Ado, chaque week-end, elle se jette sur les pages Beauté de Madame Figaro pour dévorer la description des pyramides olfactives. Un jour, sa mère lui lance : "Tu ne voudrais pas travailler dans le parfum ?" C'est le déclic. Elle est en seconde. "Je veux bien apprendre, mais avec une approche transversale", lui répond-elle. Après le bac, parallèlement à ses études de commerce et de management, Eléonore lit tout sur la physiologie de l'odorat — "André Holley, Benoist Schaal, des gens comme ça, qui ont contribué à réhabiliter le sens olfactif dans la recherche scientifique".

La jeune business girl intègre ensuite un master à l'Isipca, la plus grande école de parfumerie en France. A sa sortie, elle multiplie les stages: part chez Symrise à Barcelone pratiquer l'évaluation marketing, s'installe à Londres, où elle vit depuis huit ans, et participe au lancement des premiers parfums Paul Smith. Lorsqu'elle devient chef de produit opérationnel chez Narciso Rodriguez et Issey Miyake, une copine lui lance: "Tu en es là où tu veux !" , elle fait la moue et répond: "Oui, mais what next ?"

PENSER HORS DES CADRES

C'est John Easterby, un de ses profs au London College of Communication où Eléonore étudie le photojournalisme, qui l'encourage à trouver sa propre voie et à penser hors des cadres. "J'avais perdu le lien avec l'aspect du parfum qui me touche, avec le monde des odeurs qui m'a toujours irrésistiblement attirée". C'est lui aussi qui la conseille quand elle commence son projet sur l'anosmie. "Pense l'installation physique et l'interaction avec le public", suggère-t-il.

Présentée d'abord au CHU de Bordeaux ce printemps, l'exposition "Anosmie. Vivre sans odorat" gagne donc Paris en cette fin d'été. A arpenter du 17 au 21 septembre, de 11h à 21h, au Showroom Kenzo, 3 place des Victoires, Paris 1er, à l'occasion des Rives de la beauté dont le programme est à découvrir ici. A noter aussi, des ateliers olfactifs pour les enfants les mercredi 17 et samedi 20 septembre, à 14h30 et à 16 heures, en partenariat avec l'institut Cinquième Sens. Réservation au 01 47 53 79 16 ou sur Internet : sens@cinquiemesens.com

Published on September 14 2014

© DR

© DR

Encens d'église, feu de bois, mousse d'arbre, nos Jeux de l'Olympe seront tous fragrants d'odeurs, jeudi 18 septembre, au Salon By Thé des Ecrivains ! Depuis longtemps, avec mon amie Julie, danseuse, ça nous trottait dans la tête : comment mettre le parfum en mouvement, en mots, en musique ? On cherchait les bonnes fragrances, on avait quelques pistes... Et puis j'ai rencontré Laurent Laclos, à la tête d'Irié, et découvert le coffret de sillages mythologiques que la discrète maison de vêtements venait d'éditer. Je me suis dit : bingo, on tient notre projet !

Dans ce coffret Mythologies qui semble être taillé dans le marbre, plusieurs séries de mouillettes, de petites touches en carton parfumées à Zéphyros, "jeune dieu du vent né sous X", à Ouranos, "dieu du ciel étoilé", ou à Mnémé (cette touche-là ne sent rien, la coquine, "on y projette sa propre mémoire", s'amuse Laurent Laclos). Trois de ces parfums ont été édités en flacons : Œdipe, Héphaïstos et Héméra. Ce sont eux qui nous ont inspiré Les Jeux de l'Olympe, une petite chorégraphie olfactive en trois temps que nous donnerons, jeudi 18 donc, à deux pas de la place des Vosges, lors d'un salon littéraire organisé par les Rives de la beauté.

Profitons-en pour remercier tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à notre projet, ou qui l'ont rendu possible : Wouter Wiels et Marie-Sybille Gambert. Georges-Emmanuel Morali, Sébastien Wespieser et Jean Lemersre, du Salon By Thé des Ecrivains. Ainsi que la maquilleuse Nassera Boutayeb, et les metteur(e)s en scène Christine Bussière et Véronique Marchand, accessoiriste et vidéaste à leurs heures ;)

Sans oublier Irié et Laurent Laclos bien sûr, sans lesquels notre projet aurait été bien différent ! Même avec eux, notre chorégraphie olfactive aurait pourtant pu prendre une tout autre tonalité. Car, lorsqu'on a revu Laurent au début de l'été pour lui parler de notre initiative, il nous a confié qu'il lançait en septembre une nouvelle série de parfums, Les Abrégés. "D'inspiration durassienne", précisa-t-il. Tentant... Nota Bene, Id est et Post Scriptum, la nouvelle trilogie a plutôt bonne presse (vu dans M et dans Next notamment). Et mérite franchement le coup de nez. Mais Julie et moi étions déjà plongées dans la mythologie grecque jusqu'au cou. Pas question d'aller contre notre destin...

Nota Bene, Id est et Post Scriptum, d'Irié. 50 ml, 95 €. 8, rue du Pré-aux-Clercs, Paris 7e.

Présentation des "Jeux de l'Olympe", le 18 septembre à 19h30 et 21 heures. Au Salon By Thé des écrivains, 16, rue des Minimes, Paris 3e. Durée 20 mn.

Published on September 13 2014

© Oriza L. Legrand

© Oriza L. Legrand

Les Parisiens qui ont la chance de rester dans la capitale ce week-end pointeront le bout de leur nez à la 27e édition de la Biennale des Antiquaires. Dans un décor inspiré de la splendeur de Versailles, Francis Kurkdjian a imaginé une fontaine olfactive brillant de mille feux. Familier du château, le parfumeur a créé un sillage de rose vibrante pour rappeler le taffetas des robes de l'époque, et des notes de feuillage évoquant les bosquets d'ormes et les palissades de buis d'un jardin qu'il connaît par cœur.

Les geeks qui décideraient de bouder le beau temps ne manqueront pas de soutenir sur Internet l'ingénieuse invention de Guillaume Rolland, C'est l'un des 15 finalistes du Google Science Fair, un concours qui a pour but de faire émerger les jeunes scientifiques du monde entier. Et son projet pourrait bien révolutionner nos petits matins ! Ce Nantais de 17 ans à peine vient de mettre au point un prototype de réveil dont l'alarme est... olfactive. Un Sensor Wake qu'on rêverait de tester dès lundi ! Le meilleur moyen de se lever, affirme Guillaume, sans douleur ni frustration. Chocolat, café, on choisit sa capsule comme on se prépare un expresso. En attendant, vous avez jusqu'au 14 septembre pour voter ici.

(Un grand merci à Catarina et à Dorothée pour ces infos de dernière minute !)

Published on September 8 2014

© Alain Passard

© Alain Passard

Ce que j'ai d'abord connu (et aimé) chez lui, c'est son goût pour les collages. En 2011, le chef de L'Arpège publiait Alain Passard, collages et recettes (éd. Alternatives), et je n'avais pas réussi à le rencontrer pour écrire un papier. Mais imaginer la cuisine comme un voyage et comme un gigantesque assemblage de saveurs, d'où jaillissent des notes nouvelles, m'avait intriguée. La créativité de cet amateur de jardins commençait-elle dès le potager ?

La réponse est oui. Mercredi 27 août à L'Arpège, le restaurant parisien à deux pas du Musée Rodin où Alain Passard est triplement étoilé, c'est une danse de saveurs chorégraphiée par le chef depuis son jardin. Dans la salle, c'est mieux qu'un ballet à Garnier. Un service feutré, minutieusement orchestré, se joue entre les quinze tables — des touristes essentiellement — de la belle salle Art déco du restaurant. Dans l'assiette, le légume est roi, et le duo tomate-basilic au meilleur de sa forme. En majesté, pour ce menu estival, Evergreen, blanche du Canada, noire charbonneuse, Yellow Boy en carpaccio sont émincées comme du papier bible. En version sushi, la tomate flirte avec la feuille de figuier et la moutarde d'Orléans (ah bon, c'est pas Dijon, la moutarde ? ;), et c'est exquis. En consommé, c'est le grand bain pour quatre fines ravioles, et c'est encore meilleur !

Le maestro n'est pas sectaire. Ce qui est sûr, c'est qu'ici le végétal n'est jamais traité comme une simple garniture. Que dire du gratin d'oignon doux parsemé de mûres sauvages ? des notes fumées de la pomme de terre pourpre qui accompagnait ce soir-là le bar en croute de sel ?... Quel festin ! ça croque, ça mousse, ça surprend les papilles à chaque bouchée. L'alliance du homard de Chausey au miel et son concombre transparent déploie des notes de fauve marin, le légume prolongeant le goût aquatique du crustacé… Une partition sans fausse note, accompagnée d'un Volnay Clos des chênes 2006 — un bourgogne comme je les aime, parfait sur un comté de la mort (4 ans d'affinage!) et une pointe de morbier !

Oserais-je prétendre que le gigot était le plat de trop (aïe, chuis pas très viande rouge !) (et puis, j'avais plus faim...) ? Emettre un bémol sur le millefeuille Caprice d'enfant ? La pâte était exquise, mais les fruits, en compote, manquaient de ce petit je-ne-sais-quoi qui faisait swinguer les autres plats (le sirop d'érable dans le chaud-froid d'œuf aux quatre épices, par exemple !). Une Arpège pas descendante pour autant, et le dîner le plus chic de ma vie ! Merci de tout cœur à celui qui l'a partagé avec moi ! (Et maintenant, j'arrête les points d'exclamation pour les dix prochains posts au moins ;)

Published on August 31 2014

Vierge sage, vierge folle

En septembre, question parfum, il y en aura autant pour les humbles que pour les flamboyant(e)s. Vu son nom, pas facile d'offrir L'Orpheline, la dernière création de Serge Lutens. Elle possède pourtant des notes d'encens mélancoliques tout à fait convenables à une Cendrillon en terra incognita olfactive. Parmi les rééditions aux lignes épurées, Courrèges in Blue s'enfile comme un petit jersey de lavande verte, parfaitement ajusté pour la rentrée. Né en 1983, il ressort des tiroirs dans une formule toute proche.

Les froufrous d'Adieu Sagesse, de Deux Amours et de Que Sais-je ? raviront les amateurs de vintage audacieux. Lancés par Jean Patou en 1925, ces parfums s'adressaient chacun à un type de femme selon sa chevelure. Blonde vibrante, brune mystérieuse, rousse croquante, les trois sillages censés sublimer les tempéraments féminins parlent de rencontre, de doute, d'abandon… Thomas Fontaine, amateur d'archéologie olfactive, a su faire revivre les années folles d'Henri Alméras, le parfumeur des jus originels. J'ai un faible pour la prune liquoreuse du nouveau Que Sais-je?, le parfum réservé aux brunes, digne héritier d'un Femme de Rochas ou d'un Féminité du bois.

Adieu sagesse, donc… Les jeunes femmes modernes dont je ne suis pas se laisseront, elles, emporter par le pois de senteur new-yorkais de Vent de folie. Sur la pub (une première chez Annick Goutal ?), la fille fait de la balançoire au-dessus de Central Park. Dans le flacon, la fleur des villes déploie ses pétales doucereuses au contact de nos narines. Dans la vraie vie, Julie, 44 ans, vêtue tout l'été de Vent de folie, s'est prise pour la Divine, entre Mata Hari et la Reine Christine…

Chez Annick Goutal, je porte plutôt l'Eau du Sud, plus frais, plus ensoleillé, plus franc. Quand je mets Vent de folie, j'ai l'impression d'être Greta Garbo ! De vivre en Allemagne dans les années 1920, lorsque les femmes fumaient dans les cabarets avec un porte-cigarette.
Je n'arrive pas à l'attraper, ce parfum... Du coup, je n'arrête pas de m'en mettre ! C'est à cause de son côté poudré, mystérieux, il ne tient pas. Ensemble, on joue au chat et à la souris. Il me plaît mais je ne sais pas si je l'assume complètement…

L'Orpheline, de Serge Lutens, 50 ml, 99 €. Courrèges in Blue, 50 ml, 67 €. Adieu Sagesse, Deux Amours et Que sais-je ?, de Jean Patou. 100 ml, 180 €. Vent de folie, d'Annick Goutal, 50 ml, 74 €.

Published on August 23 2014

© "Les Femmes du Maroc", de Lalla Essaydi

© "Les Femmes du Maroc", de Lalla Essaydi

Nassera, 52 ans, a testé le dernier parfum d'Aesop, une reformulation de Marrakech, entre thé à la menthe et forêt d'eucalyptus.

Le flacon de Marrakech Intense possède un design on ne peut plus sobre, qui me fait penser à ces bouteilles d'apothicaire renfermant de mystérieux élixirs aux plantes. La couleur de la boîte, marron cuivrée, me rappelle les teintes chaudes du Maghreb. Bref, l'emballage prend le contrepied du mot de Musset: « Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. »
Lorsque je vaporise la fragrance sur mon poignet et que je la respire à plein nez — c'est une envolée d'épices envoûtantes, un ressenti poivré-poudré. Quelques minutes plus tard, je colle à nouveau mes narines sur la peau, et à mon grand regret la belle envolée a disparu, dans un sillage flou.
Peut-être attend-elle qu'on la supplie de revenir…

Marrakech Intense, d'Aésop, 50 ml, 65 €.

Published on August 5 2014

© Lanvin

© Lanvin

En juillet, Florence, 44 ans et des brouettes, a porté Me, la nouvelle eau de Lanvin.

Me a un air de vacances, j’y sens le farniente. Le porter à Paris donne à ma peau les couleurs de l'été, il me me tire chaque jour davantage vers ma villégiature du mois d’août, avec une toute petite pointe de secret sur la fin, comme un clin d’œil à la vie. Le flacon, en revanche, possède un côté teenager, la chaîne qui l'attache à son bouchon contredit l’esprit de liberté émanant du sillage. Son design années 90, moi (« Me »), je le trouve raté.

Me, de Lanvin, 50 ml, 65,50 €.