Published on August 31 2014

Vierge sage, vierge folle

En septembre, question parfum, il y en aura autant pour les humbles que pour les flamboyant(e)s. Vu son nom, pas facile d'offrir L'Orpheline, la dernière création de Serge Lutens. Elle possède pourtant des notes d'encens mélancoliques tout à fait convenables à une Cendrillon en terra incognita olfactive. Parmi les rééditions aux lignes épurées, Courrèges in Blue s'enfile comme un petit jersey de lavande verte, parfaitement ajusté pour la rentrée. Né en 1983, il ressort des tiroirs dans une formule toute proche.

Les froufrous d'Adieu Sagesse, de Deux Amours et de Que Sais-je ? raviront les amateurs de vintage audacieux. Lancés par Jean Patou en 1925, ces parfums s'adressaient chacun à un type de femme selon sa chevelure. Blonde vibrante, brune mystérieuse, rousse croquante, les trois sillages censés sublimer les tempéraments féminins parlent de rencontre, de doute, d'abandon… Thomas Fontaine, amateur d'archéologie olfactive, a su faire revivre les années folles d'Henri Alméras, le parfumeur des jus originels. J'ai un faible pour la prune liquoreuse du nouveau Que Sais-je?, le parfum réservé aux brunes, digne héritier d'un Femme de Rochas ou d'un Féminité du bois.

Adieu sagesse, donc… Les jeunes femmes modernes dont je ne suis pas se laisseront, elles, emporter par le pois de senteur new-yorkais de Vent de folie. Sur la pub (une première chez Annick Goutal ?), la fille fait de la balançoire au-dessus de Central Park. Dans le flacon, la fleur des villes déploie ses pétales doucereuses au contact de nos narines. Dans la vraie vie, Julie, 44 ans, vêtue tout l'été de Vent de folie, s'est prise pour la Divine, entre Mata Hari et la Reine Christine…

Chez Annick Goutal, je porte plutôt l'Eau du Sud, plus frais, plus ensoleillé, plus franc. Quand je mets Vent de folie, j'ai l'impression d'être Greta Garbo ! De vivre en Allemagne dans les années 1920, lorsque les femmes fumaient dans les cabarets avec un porte-cigarette.
Je n'arrive pas à l'attraper, ce parfum... Du coup, je n'arrête pas de m'en mettre ! C'est à cause de son côté poudré, mystérieux, il ne tient pas. Ensemble, on joue au chat et à la souris. Il me plaît mais je ne sais pas si je l'assume complètement…

L'Orpheline, de Serge Lutens, 50 ml, 99 €. Courrèges in Blue, 50 ml, 67 €. Adieu Sagesse, Deux Amours et Que sais-je ?, de Jean Patou. 100 ml, 180 €. Vent de folie, d'Annick Goutal, 50 ml, 74 €.

Published on August 23 2014

© "Les Femmes du Maroc", de Lalla Essaydi

© "Les Femmes du Maroc", de Lalla Essaydi

Nassera, 52 ans, a testé le dernier parfum d'Aesop, une reformulation de Marrakech, entre thé à la menthe et forêt d'eucalyptus.

Le flacon de Marrakech Intense possède un design on ne peut plus sobre, qui me fait penser à ces bouteilles d'apothicaire renfermant de mystérieux élixirs aux plantes. La couleur de la boîte, marron cuivrée, me rappelle les teintes chaudes du Maghreb. Bref, l'emballage prend le contrepied du mot de Musset: « Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. »
Lorsque je vaporise la fragrance sur mon poignet et que je la respire à plein nez — c'est une envolée d'épices envoûtantes, un ressenti poivré-poudré. Quelques minutes plus tard, je colle à nouveau mes narines sur la peau, et à mon grand regret la belle envolée a disparu, dans un sillage flou.
Peut-être attend-elle qu'on la supplie de revenir…

Marrakech Intense, d'Aésop, 50 ml, 65 €.

Published on August 5 2014

© Lanvin

© Lanvin

En juillet, Florence, 44 ans et des brouettes, a porté Me, la nouvelle eau de Lanvin.

Me a un air de vacances, j’y sens le farniente. Le porter à Paris donne à ma peau les couleurs de l'été, il me me tire chaque jour davantage vers ma villégiature du mois d’août, avec une toute petite pointe de secret sur la fin, comme un clin d’œil à la vie. Le flacon, en revanche, possède un côté teenager, la chaîne qui l'attache à son bouchon contredit l’esprit de liberté émanant du sillage. Son design années 90, moi (« Me »), je le trouve raté.

Me, de Lanvin, 50 ml, 65,50 €.

Published on July 29 2014

Coupez !
Coupez !

Rose Cut, quatrième opus des Parfums Ann Gérard, a été testé mais pas approuvé par le nez de Ninon, la cinquantaine assumée, pimpante et impitoyable.

C'est fort mais pas puissant; poudré sans légèreté; entêtant mais sans souvenirs. Je ne reconnais pas la rose légère et subtile des jardins frais, plutôt un sirop sucré sans le charme du bonbon : un petit côté vieille fille qui en fait trop pour plaire à des garçons de café de province. Bref, ce n'est pas pour moi : il faut être soit une jeune fille facétieuse, et le porter avec toute l'assurance que donnent la gaieté et les santiags ; soit être sa grand-mère, abuser du fard à joues rose, et aimer les jolis châles et Derrick.

Rose Cut, d'Ann Gérard. 60 ml, 125 €.

Published on July 16 2014

Jet d'encre

Le 7 avril, le premier "journal antimoustique de l'histoire de la presse" sortait des rotatives (Le Monde daté 17 juillet). A Grasse ? Dans les DOM-TOM ? à New York ? Non, au Sri Lanka ! Ce jour-là, les éditions de deux quotidiens, Mawbima et Ceylan Today, fleuraient bon la citronnelle, un insecticide naturel mais de moins en moins utilisé alors que la dengue se propage sur l'île. Mélangée à l'encre pour être plus tenace, l'essence de citronnelle avait été dosée par un chimiste et les mécaniciens avaient bien pris soin de vérifier que leurs machines ne pâtiraient pas du coup de pub !

Un journal parfumé se vend-il mieux ? Sans aucun doute. Les kiosques étaient en rupture de stock dès 10 heures du matin, malgré un tirage exceptionnel. Sur les réseaux sociaux, on s'enthousiasme: via Twitter, Bill Gates vante l'initiative pour son ingéniosité. Certes, ce projet s'inscrit dans une campagne plus large de sensibilisation à la dengue (orchestrée par l'agence de pub Leo Burnett) ; mais il prouve, une nouvelle fois, que le marketing olfactif, quelle que soit la cause qu'il sert, a de beaux jours devant lui…

Published on July 12 2014

© Futura Sciences

© Futura Sciences

Une nuit magnétique ne caresse pas le nez dans le sens du poil. La parfumeuse Christine Nagel, partie depuis s'installer chez Hermès, a imaginé la nouvelle fragrance de The Different Company comme un aimant, avec ses pôles, ses attractions, ses résistances. Officiellement mixte, le parfum distille toutefois un sillage foncièrement masculin, et même du genre viril-velu ;) Autour du bois ambré, sa formule liquoreuse apportera donc un supplément bestial à toute peau mâle cet été, nuits de la pleine lune ou pas.

Une nuit magnétique, de The Different Company, 90 ml, 153€.

Published on July 6 2014

Tristes tropiques

Pour entrer dans l'été, Nathalie, 48 ans, qui aime les parfums de fleurs et de figue, a testé l'Eau tropicale, de Sisley. Une composition estivale qui manque, hélas, un peu de tenue à son goût…

Durant les cinq premières minutes, j'ai le sentiment de plonger dans un bouquet venu d'ailleurs, de très loin. Un pshitt frais, fleuri, légèrement sucré, qui me remplit bien les narines et me donne un coup de fouet. Si ça restait comme ça... Mais non, il ne tient pas ! Ah oui, ça, c'est un vrai voyage : tu décolles très haut, très vite, et tu redescends tout aussi vite. Ce parfum s'échappe, et il m'échappe. Comme quand tu enfiles une petite laine et un manteau, bientôt tu ne sens plus la petite laine et tu te refroidis... Ou comme un amoureux qui t'envoûte et te délaisse presque aussitôt alors qu'il te promettait tellement… Pas question qu'il te colle à la peau, non, il s'approche, te séduit, te prend dans les bras puis s'enfuit. Il n'est plus qu'un souvenir avant même d'avoir fait un bout de chemin.

Published on June 29 2014

© Lacoste

© Lacoste

Aujourd'hui, Tom, 13 ans et demi pile poil, a bien voulu tester L.12.12. A un âge où rien n'est plus important que le respect des codes et l'affichage des logos, il a tout de suite été charmé par le packaging minimaliste du dernier-né de Lacoste. Blanc, fluo, croco, le flacon et l'emballage ont tout bon.

Question fragrance, il n'est gère disert malgré son nez aiguisé ("ça sent le taboulé !" s'est-il écrié un jour, enfant, devant une mouillette parfumée à la menthe). Il nous commente donc sobrement ce parfum qui devrait faire fureur cet été chez les 12-18 ans de toute obédience.

Une couleur, ce serait bleu électrique. Une musique, chais pas… Un paysage, euh… non… Ca m'évoque pas grand-chose d'autre que le savon en fait, une odeur de propre. Un gel douche de sport, au parfum fort. Du melon peut-être, non ? Ce matin, j'en ai pas mis mais hier ouais… Je me douche le soir, alors le matin, après la toilette, ça te donne l'impression de sortir d'une douche !

L.12.12, de Lacoste. Edition limitée, 100 ml, 60 €.

Published on June 20 2014

Oh les beaux jours

Quand Terracotta est sortie, en 1984, Nathalie Baye tournait avec Delon et sortait avec Johnny, les femmes mixaient des fards turquoise et des bouches orange, et nous on regardait "Dallas" en pianotant sur le Minitel devant un Malibu.

Aujourd'hui, le Minitel a disparu, le maquillage s'est assagi et nous aussi. Terracotta est toujours là, signe de son succès. C'est devenu une gamme complète de produits autour de la bonne mine, soit une quinzaine de poudres pour parfaire son "nude", des fluides colorés qui assurent teint estival et jambes de gazelles. Le tout promettant "3 semaines de soleil en 3 secondes ", selon Olivier Echaudemaison, M. Maquillage chez Guerlain. Pas faux... Il y a même un parfum, inspiré de Sous le Vent, un vintage de Guerlain (1933). La terre de soleil en bouteille rayonne sous l'effet de la vanille et de la fleur de tiaré. Alleluia, Terracotta !

Terracotta Le parfum, de Guerlain, 62 €. En édition limitée.

Published on June 11 2014

© Madame Pop

© Madame Pop

"Enfant, dans son atelier, mon père me faisait revivre de grands personnages historiques, se souvient Christine Bussière. Au milieu de l'odeur de ses toiles et du parfum de l’huile d’œillet, je revois les grognards qui suivaient Napoléon et les feux des bivouacs." Passionnée d’histoire aujourd'hui, la comédienne a imaginé les dernières heures de Joséphine de Beauharnais dans un "seule-en-scène olfactif" réussi. Pour accompagner les ultimes paroles de l'impératrice douairière, la metteur en scène a choisi l'Eau Suave, un bouquet de roses opulent créé par Parfum d'Empire en hommage à la passionnée de botanique qu'était Joséphine. Et pour diffuser la fragrance, elle aura recours au dispositif innovant mis au point par un spécialiste de la gouttelette parfumée, Aeryum.

Dans la lignée des dramaturgies olfactives innovantes de Violaine de Carné, Joséphine mon amour sera joué vendredi 13 juin, parmi d'autres spectacles de la Semaine napoléonienne d'Ajaccio. L'occasion de se prendre pour une sirène sur l'île de beauté le temps de l'aventure. Et d'arborer comme un tatoo Corsica Furiosa, le dernier-né de… Parfum d'Empire, justement. Marc-Antoine Corticchiato nous invite à prendre le maquis avec le lentisque, un petit arbuste qui affectionne les flancs ensoleillés des collines méditerranéennes. "La Corse olfactive ne se résume pas à l'immortelle !", plaide le parfumeur. Attendez-vous à recevoir une lumineuse volée de bois vert entre ciel et mer, et à vous sentir comme un petit pois fougueux perdu dans une botte de foin…

Joséphine mon amour, 1814-2014. Une pièce olfactive signée Christine Bussière, avec la complicité de Marc-Antoine Cortichiatto et Nicolas Chabot (Aeryum). Vendredi 13 juin à 21h30, à l'Espace Diamant d'Ajaccio.

Corsica Furiosa, de Parfum d'Empire (site en cours de reconstruction...). 100 ml, 120 €. En vente chez Marie Antoinette notamment, l'une des plus adorables boutiques de parfums à Paris, place du Marché-Sainte-Catherine.