Published on June 24 2015

Un air de familleUn air de famille

Le parfum brille de mille histoires de famille, de nom, de visage, de filiation. En 1958, la jeune Rose Desgranges, 35 ans, se voit offrir par son mari, Albert, une fragrance sur mesure, fleurie et capiteuse. Au 70 Faubourg Saint-Honoré, lui tient à l'étage un petit salon de coiffure, Le Figaro Club, où des stars comme Greta Garbo et Marlène Dietrich viennent soigner leur crinière. Rose, elle, vend nœuds et perruques dans une minuscule échoppe sur la cour.

C'est ici, bientôt, que sous la pression des clientes qui le veulent toutes, elle commercialise ce parfum qui avait été pensé rien que pour elle. Avec succès : dans les années 1970, elle en vend de dix à quinze flacons par jour ! C'est ici aussi que Patricia, la fille de Rose et Albert, réédite aujourd'hui ce bouquet unique, dans la petite boutique de Maman transformée en boudoir. "Une rose pas rococo", dixit le "nez" Benoist Lapouza (chez Drom aujourd'hui) qui a orchestré la reformulation. Un parfum de facture classique, un peu chypré, où l'ambrette et le patchouli remplacent le musc animal de l'original.

Egérie discrète

L'histoire de famille s'écrit jusque dans l'égérie de ce parfum d'amour: Laura-Rose, petite-fille de Rose Desgranges, prête son joli minois fifties aux affiches (à gauche) du flacon qui ornent les murs de la pièce. Une "campagne de comm" tout ce qu'il y a de confidentiel, comme celle de The Different Company qui a choisi une rousse incandescente pour incarner son nouveau parfum, I Miss Violet, dans ses boutiques et sur ses points de vente. C'est la charmante Cécile (à droite), dont la grand-mère s'appelle... Violette (et dont les parents travaillent chez... The Different Company), qui prête ses traits à la "fleur nubuck" voulue par le parfumeur Bertrand Duchaufour. Une histoire de famille, le parfum, on vous dit. Dans le flacon, la note lipstick de la petite fleur prend des chemins de traverse, au milieu des vergers, avant l'exil vers un cuir lumineux. I Miss Violet...

Rose Desgranges, 169€ les 100 ml (existe aussi en 30 ml et 50 ml). En vente exclusivement au 70, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e.

I Miss Violet, The Different Company, 175€ les 50 ml.

Published on June 2 2015

© www.mylittlemusic.com

© www.mylittlemusic.com

Tout l'été, les arts et les sillages vont continuer de se croiser, se frôler, se titiller... Dès maintenant, vous pouvez vous livrer à l'expérience de Sentire, que propose Laurent Assoulen. Le pianiste a choisi ce verbe italien qui signifie aussi bien "sentir" qu'"écouter" pour nommer son nouvel album. Aux cinq morceaux qu'il interprète répondent cinq compositions parfumées d'Anne Flipo, Napoleão Bastos et Carlos Benaïm (IFF). A découvrir en concert, le 11 juin, au cinéma 5 Caumartin ou chez soi, muni du CD et de patchs parfumés.

Si vous avez manqué le Smell Festival, à Bologne, où l'on s'interrogeait le week-end dernier sur les liens olfaction/corps/espace, vous pouvez découvrir à Paris pléthore de manifestations célébrant l'esthétique olfactive : une exposition d'images "qui sentent" dans les allées du Palais Royal ("Le parfum dans tous les sens", jusqu'au 14 juin), une conférence sur les propriétés magiques prêtées à l'odorat dans des rituels lointains ("Mille milliards d'odeurs, de parfums, de senteurs", tout l'été au Quai Branly) ou une visite théâtrale pleine de surprises dans le parc de la Villette ("Les folies olfactives", de Violaine de Carné, 12 et 14 juin, dès 7 ans). Réservez, flânez, sentez...

Et pour (re)voir l'excellente et Fabuleuse histoire de l'eau de Cologne, diffusée dimanche 31 mai, c'est ici.

Published on May 21 2015

©  Terri Weifenbach

© Terri Weifenbach

Loin des contrées exotiques dont ils raffolaient, les créateurs de Diptyque avaient un faible pour la Normandie. Yves Coueslant et Desmond Know Leet y possédaient une maison. Christiane Gautrot a passé son enfance dans le Cotentin. Là-bas, les vergers regorgent de pommiers en fleurs. A l’automne, les fruits alanguis sur les claies manquent de confire. Derrière les côtes balayées par le vent, les arômes réconfortants du café embaument l'air depuis l’estaminet du coin. Ce sont ces souvenirs olfactifs de Normandie qui ont inspiré Florabellio, le dernier parfum de Diptyque. Un instantané fugace du bocage, où se livrent tout à la fois la pomme, les embruns et des effluves savoureux de réglisse. En fil rouge pour illustrer ce paysage olfactif, l’œuvre de Terri Weifenbach. Sous l'objectif de la photographe américaine, par un jeu habile entre le net et le flou, les arbres, fleurs, insectes prennent un relief nouveau. Ses fragments de nature suggèrent que l’harmonie tient à un détail. Ici, à la rencontre subtile entre la pomme et le café, les notes salines vs les arômes de fruits confits.

 

Published on May 1 2015

Femme au miroir,

Femme au miroir,

L'olfactif est-il à la peine ? Les pompes funèbres pourraient bientôt proposer à leurs clients de conserver la trace d'un être cher… dans un petit flacon. Un jeune étudiant en école de commerce commercialisera en septembre des parfums sur mesure fabriqués à partir de l'odeur recueillie sur les vêtements d'un défunt. Une mise en bouteille dont l'idée lui a été inspirée par sa mère, inconsolable depuis la mort de son propre père. Elle avait convaincu les chercheurs de l'unité de chimie organique et macromoléculaire (URCOM) du Havre de lui concocter un parfum de son cher paternel pour combler son absence. Rêve ou cauchemar... ?

Published on April 14 2015

© DR

© DR

Luc et Isabelle ne jurent que par le divin encens. L'église de l'enfance les poursuit aujourd'hui à travers leurs parfums. Cardinal, de James Heeley, voile d'encens filtré au soleil d'un vitrail, Sancti, l'eau bénite des Liquides Imaginaires, ou Œdipe, "parfum complexe" d'Irié. Luc, 52 ans, a testé les trois fragrances.

En portant ces parfums, tu te balades avec une église sur la peau. Sancti et Cardinal, ce sont de vraies cathédrales. Œdipe, lui, c'est une chapelle de campagne, plus modeste, plus agreste. Son encens ouvre d'autres univers que le rituel religieux... J'ai été enfant de chœur, de 7 à 12 ans. Le moment que je préférais c'est celui où le prêtre agitait l'encensoir. D'abord parce que c'est un très bel objet, long, au bout d'une chaînette dorée, et puis cette odeur... Elle se mélangeait au bois des bancs et au cuir des missels.

Published on April 12 2015

© Jean Clottes, DR

© Jean Clottes, DR

Une Grotte Chauvet plus vraie que nature a été inaugurée en Ardèche le 10 avril par François Hollande, à quelques kilomètres seulement du site paléolithique. Ici se sont inventés, il y a 36 000 ans, la peinture, l'autoportrait et "même la bande dessinée", a déclaré le président. "C'est l'histoire de l'art qui s'unit avec la préhistoire", a-t-il ajouté à propos de cette Caverne du Pont d'Arc, réplique fidèle de la grotte classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2014, vingt ans après sa découverte.

Chevaux, lions, bisons, tout est là, en effet, dans cette antre massif en béton et résine. Tout, et bien plus encore : la Caverne ne se contente pas de reproduire, aussi habilement soit-il (mêmes pigments, mêmes techniques), le millier de dessins, peintures et gravures de l'une des plus anciennes grottes ornées au monde. Place a été faite aux cinq sens pour restituer le plus fidèlement possible l'atmosphère du lieu qui n'a jamais été ouvert au public.

Son "silence de sanctuaire" a été recréé par un acousticien "grâce à des matières murales qui réverbèrent le son". Les parois de la réplique ont été soigneusement façonnées par des sculpteurs, chargés de rendre les couleurs, les textures et le relief originaux. Et même le parfum de la Grotte, ou plutôt ses parfums ont été capturés pour être dupliqués. Pierre, terre, humidité, la parfumeuse Karine Chevallier (Olfactive Design) s'en est allée humer les souterrains, carnet de notes en main (L'Obs du 10 avril). Elle a choisi le patchouli, auquel elle a ajouté des "notes aqueuses, boisées", pour donner aux visiteurs "la sensation d'un parcours effectué dans les profondeurs".

La réplique olfactive a ses contraintes, parfois insoupçonnées. Vu que plus de 300 000 touristes sont attendus chaque année, il a fallu prévoir un système permettant de neutraliser les remugles de tout ce beau monde. Un dispositif savant a donc été mis en place, qui projette des molécules emprisonnant les mauvaises odeurs... sans quoi, adieu patchouli, beaux bois et terre mouillée !

Published on March 31 2015

© "Brigitte - Portrait olfactif", de Boris Raux. Tirage numérique, 40 x 75 cm

© "Brigitte - Portrait olfactif", de Boris Raux. Tirage numérique, 40 x 75 cm

"L'odorat, c'est le sens du flou et du non-dit. C'est pourquoi il est intéressant d'ajouter cette composante à la sphère artistique, car elle permet d'aller chercher le spectateur dans son intimité profonde." Propos d'un plasticien ? D'un metteur en scène ? Pas du tout. Le chercheur en neurobiologie sensorielle Didier Trotier est l'une des dizaines de personnalités interviewées dans la 12e édition d'Arts Hebdo Média, entièrement consacrée à l'olfaction dans l'art contemporain.

Un édito dédié à Cyrano, un entretien avec la philosophe Chantal Jacquet, un portrait de l'artiste-parfumeur Michel Roudnitska, des œuvres commentées d'artistes utilisant le parfum comme matière première, une enquête sur la façon dont il se fraye un chemin sur les scènes de théâtre… Intitulé Respirez l'art, ce numéro d'Arts Hebdo Média est à télécharger de toute urgence par tous les amoureux de la question olfactive. Sur tablette only, où le site vient de lancer sa nouvelle appli.

Dans ce riche fourmillement, on découvre de nouveaux artistes (comme Boris Raux, photo). Et on retrouve des têtes connues : la photographe Eléonore de Bonneval, l'artiste-"nez" Christophe Laudamiel, la comédienne et metteur en scène Violaine de Carné... Et même un chercheur de l'INRA : Roland Salesse fait partie de l'équipe scientifique du projet Kodo, qui s'interroge avec d'autres sur les modalités de réception du parfum par les spectateurs au théâtre. Le neurobiologiste de l'odorat vient aussi de signer Faut-il sentir bon pour séduire ? (éd. Quae, 23,50 €), un petit précis passionnant qui, malgré son titre un peu culcul-la-praline, promet d'être un redoutable concurrent pour mes 100 questions sur le parfum ;)

Published on March 17 2015

Folle du bulbe

Pour mon anniversaire, Maman m'a offert des fleurs partout dans la maison. Jacinthes, narcisses, crocus, iris, tulipes, le bulbe fait la loi chez moi, en pot ou en bouquet. J'aime toutes ces fleurs d'hiver, jusqu'à la violette et le muguet du mois de mai. Et surtout la jonquille (un genre de narcisse), autant pour sa silhouette que pour son parfum. C'est elle que Penhaligon's a choisie cette année pour célébrer le printemps made in England. Ostara fait vibrer la fleur prise dans les feuillages, avant de révéler un bouquet solaire et rond. Je lui trouve un faux air de Songes, de Goutal, mais on me dit que j'ai le nez pris... La faute à l'ylang yang ? à la vanille ? aux notes résineuses de l'accord ambré ?

Ostara, de Penhaligon's, 80 € les 50 ml, 110 € les 100 ml.

Published on February 28 2015

Action Jo

C'est fou comme l'ivresse rend bavard. Quand Joanna, 35 ans, me rend visite avec une bouteille de Volnay sans savoir que je m'initie au bourgogne, je ne sais pas encore qu'après quelques verres et bien des rires, on va se mettre à causer parfums...

J'ai toujours peur d'un parfum que je ne connais pas. Quand je vais chez Sephora, je me dis qu'il va y avoir des blockbusters, ça me rassure. Un blockbuster, c'est un parfum qui marche, qui donne confiance, qui séduit. J'Adore de Dior, par exemple. Quelque chose d'intemporel qui dégage une certaine idée de la femme que j'ai envie de paraître, et d'être du coup.
Vers 20 ans et quelque, j'avais une dizaine de flacons. Le parfum sérieux, c'était Chanel N°5. J'ai porté aussi CK One, Champs-Elysées, Flower... Cool Water, j'aimais beaucoup.
Avec un parfum, tu te sublimes toi-même, tu mets des aspects de ta personnalité en exergue. En ce moment, je porte Ange ou Démon, de Givenchy, mais je sens qu'il ne me correspond plus. Ce matin, je me suis dit: "Tu ne fais plus un avec lui." Le parfum, ça doit être comme l'amour, inconditionnel.

Joanna est repartie le lendemain matin, avec L'Ile au thé, d'Annick Goutal (en boutiques le 1er avril), sur lequel elle est intarissable: "Ce parfum, c'est la fougue bienfaisante il respire l'enthousiasme, le printemps, la vie, toutes les fleurs qui se mettent au jour. Il est d'abord candide, il sent le bébé, puis vient une colline avec des herbes froides, les tournesols qui s'épanouissent, le jasmin à fond. Plein de fraîcheur, de vitalité. La note thé complète la fraîcheur. Il sera bien cet été."

Published on February 9 2015

© DeconstructingTonino.blogspot.fr

© DeconstructingTonino.blogspot.fr

Le dernier parfum de Juliette Has a Gun se nomme Gentlewoman. Le dossier de presse décrit la femme qui le porte comme une "héritière spirituelle d'Oscar Wilde".

Stéphanie s'y est "collée" pour le tester, émue par la promesse d'une "madeleine à l'amande". "La colle Cléopâtre, ça m'évoque la maternelle, les découpages, les travaux manuels…"

Mais ces souvenirs d'écolière ne se sont pas imposés au premier coup de vapo. "L'odeur d'amande est très légère, je ne sais pas si j'aurais pensé au petit pot de colle blanche sans avoir lu le papier."

Et si madeleine il y a, ce n'est finalement pas celle qu'on croit. "C'est surtout la fleur d'oranger que j'ai remarquée. Mon compagnon aussi. Ca sent la mona, une brioche parfumée qu'on déguste en Espagne, il est du Sud, c'est sa madeleine de Proust à lui !"

Gentlewoman, de Juliette Has A Gun, 110 € les 100 ml.