Published on June 6 2013

© DR

Lorsque Natacha découvre le parfum Caligna ("courtiser" en provençal), très vite elle se raconte des histoires de printemps. D'hommes des bois qui surgissent des feuillages, de roulades dans l'herbe sous le figuier, de bottes de foin au soleil...

Bien senti ! Le dernier-né de L'Artisan Parfumeur est un sillage méditerranéen, qui rend hommage à l'arrière-pays grassois, à son maquis et à son jasmin. Construit autour de la sauge sclarée, une essence aromatique, verte et boisée, Caligna s'entoure de résines fraîches, de tendre figuier et d'aiguilles de pin pour rappeler ce pays d'exception entre les Alpes et la Méditerranée.

"Sur une femme, les aromates, bof..." Natacha imagine Caligna sur la peau d'un homme, exclusivement. "A cause de sa note thé, un peu foin fraîchement coupé. C'est un parfum qui appelle le soleil." Alors, Caligna, pour un amour d'été ? En attendant de trouver "l'homme doux" qui le porterait, Natacha vient de l'offrir... à son meilleur ami, pour son anniversaire !

Caligna, de L'Artisan Parfumeur (créé par Dora Baghriche-Arnaud), 100 ml, 120 euros.

Published on May 21 2013

© Le temps qui passe

A l'époque où Aznavour chantait J'aime Paris au mois de mai, sans doute le mot "printemps" avait-il encore un sens... "J'aime sentir sur les places, dans les rues où je passe, ce parfum de muguet que chasse, le vent qui passe". Le parfum du muguet, parlons-en, même si cette fin mai a un sale parfum de traîtrise...

Saviez-vous que ses clochettes ne livraient pas leurs effluves printaniers au premier distillateur venu ? aux solvants volatils habituels ?... Le muguet est une fleur rebelle. De celles qui, comme le lys ou la violette, résistent à se laisser mettre en bouteille. Heureusement, le parfumeur a plus d'un tour dans sa palette pour dompter les plantes capricieuses : meilleur ami du chimiste depuis la fin du XIXe siècle, il peut, en quelques éléments bien choisis, créer l'illusion d'un petit brin vert et fleuri plus vrai que nature : grâce à l'hydroxycitronellal, une molécule de synthèse à l'odeur de muguet mise au point en 1908 dans les laboratoires, + quelques composants issus de la rose, du jasmin ou de l'oranger, les clochettes deviennent soudainement bavardes sous les narines de cet apprenti sorcier.

Il n'y a donc jamais eu de muguet "naturel". Et, aujourd'hui, les parfums qui rendent hommage à cette fleur muette sont en danger (Diorissimo de Dior, hélas désormais défiguré, Muguet des Bois de Caron, Lily chez Comme des Garçons, les versions éphémères de Guerlain ou d'Annick Goutal). A Bruxelles, l'hydroxycitronellal n'est plus en odeur de sainteté. La molécule fait partie d'une série de 26 substances suspectées d'être allergisantes. Une directive européenne oblige le parfumeur à revisiter ses formules pour en réduire les proportions et à indiquer leur présence sur l'emballage comme potentiellement allergènes. De quoi déséquilibrer tous les muguets du marché !

A l'heure où tout sent, jusqu'à L'Indomptable (le premier slip parfumé made in France, si, si...), et où personne ne s'inquiète des effets éventuels de ces gadgets olfactifs sur les mécanismes d'allergies, on se dit que l'Europe pourrait bien exagérer... un brin !

Published on May 3 2013

© "Lumière et nuages" / AHAE Press

Emmanuel, 42 ans

L'Eau de cologne Bouquet Impérial, de Roger & Gallet. J'ai passé treize ans avec la mère de mes enfants avec ce parfum à l'esprit, sans jamais parvenir à l'oublier. C'est celui que portait la première fille dont je suis tombé réellement amoureux, à 19-20 ans. Une odeur très boisée, un peu pimentée, très chaude.
Je le reconnais rarement dans la rue mais alors, ça réveille des choses. Il m'est arrivé de le sentir dans une parfumerie, mais les souvenirs ne remontent pas de la même façon. L'émotion naît de l'accident. Comme souvent... Ca me rend mélancolique en tout cas, à la fois triste et joyeux...
J'ai déjà offert du parfum à une femme, Euphoria, de Calvin Klein, par exemple. Un jour dans le métro, je l'ai senti et, instinctivement, je me suis retourné, alors que je savais qu'elle ne pouvait pas être là... Plus tard, je me suis acheté la version pour homme. Mais c'est sans lien ! J'ai du mal à trouver un parfum qui me retourne les sens. D'une manière générale, je les considère trop communs, pas assez fins...
Ma nouvelle comptable porte le même parfum que mon ex, Coco Mademoiselle, de Chanel. Vu qu'elle se verse un flacon dessus tous les matins, au début c'était dur ! Dommage que je l'ai pas senti lors de son entretien d'embauche...

Published on April 27 2013

© Christine Bussière

Bar à parfums, Cour des senteurs, la semaine a été riche en découverte de nouveaux lieux olfactifs. À Paris, chez Liquides, dans une ruelle du Marais, on peut désormais s'enivrer de hautes fragrances, accoudé au comptoir en laiton de la belle boutique imaginée par un designer passionné d'essences, Philippe di Meo, et le créateur d'un label de parfumeurs indépendants, David Frossard. Au menu : les créations de Marc-Antoine Corticchiato (Parfums d'Empire), qui travaille le musc, les agrumes et l'iris comme personne, ou celles de Lynn Harris (Miller Harris), qui met en bouteille la pluie, les fleurs et l'Orient. Mais aussi les derniers nés d'Olfactive Studio, d'Odin ou de Frapin.... Ou les cinq nouveaux venus de Martine Denisot, femme de Michel (si si...), qui lance sa marque, Pour Toujours.

À Versailles, aussi, le parfum c'est pour toujours : la Cour des senteurs, qui ouvrira le 15 mai, perpétue la riche tradition de la ville en la matière. Dès le XVIIe siècle, les artisans versaillais rivalisent d'ingéniosité pour parfumer les éventails et les gants des courtisans. A deux pas du Petit Trianon et du Potager du roi – et pas loin non plus de l'école française de parfumerie la plus prestigieuse et de la plus grande bibliothèque des odeurs du monde – cette Cour des Senteurs mélange shopping de luxe (Diptyque, Guerlain, Maison Fabre...), saveurs gourmandes (Lenôtre a créé des macarons au jasmin, la fleur préférée de Marie-Antoinette) et balade sensorielle dans les jardins botaniques imaginés par l'architecte-paysagiste Nicolas Gilsoul. Elle abrite également une Maison des parfums, un lieu didactique où, de frise chronologique en bornes olfactives et fontaines à parfums, on découvre la grande histoire de la parfumerie et quelques-uns de ses chefs-d'œuvre.

Published on April 14 2013

"Femme meiade de Valentino", de Fernando Botero (1981)

L'écrivain Emmanuelle Bayamack-Tam, la petite quarantaine, partage avec sa sœur le goût des parfums désuets. Elle vient de publier Si tout n'a pas péri avec mon innocence (POL).

Je porte Parfum Sacré, de Caron, depuis l'âge de 23 ans. La première fois que je l'ai senti, c'est au théâtre, sur une ouvreuse, une fille splendide ! Je ne l'ai pas mis tout de suite, mais depuis je ne porte que ça, je suis sûre que c'est un peu mon signe de fabrique. Il est intense mais pas dérangeant. Les vendeuses me disent souvent que ce n'est pas un parfum de ma génération. L'une de mes sœurs porte aussi un Caron, Nocturnes, mais on ne s'est pas concertées, ça s'est fait comme ça...

Published on March 21 2013

© Eddie Gomez

20 mars ? 21 mars ? Quoiqu'il en soit, à minuit, ce soir, c'est déjà le printemps, si si. Et, en attendant de résoudre la délicate question de savoir si oui ou non il existe des parfums de saison, je vous présente L'Amandière.

Le designer anglais James Heeley (encore une histoire de créateur gagné par les effluves…) a imaginé cette gracieuse fragrance en y mettant toutes les odeurs qu'il aime sentir dans un jardin : tilleul, amande verte, rose, herbe fraîche, jacinthe sauvage, amandiers en fleurs dans le verger... « J'aime les notes optimistes », dit-il. On veut bien le croire en découvrant cet élixir de renaissance, qui va jusqu'à évoquer la fenaison de juin. « Le premier essai a été le bon », ajoute-t-il. Tant mieux ! L'Amandière me rappelle irrésistiblement un printemps comme il n'en existe que dans le sud de la France, ces printemps que les Parisiens de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître...

© The Sniff Box/James Heeley

Les quinze parfums lancés depuis 2001 par ce gentleman-créateur sont quelques-uns à mériter le détour olfactif : Bubblegum Chic nous rappelle que les Malabar de notre enfance étaient sans doute parfumés à la tubéreuse et au jasmin. Cardinal, un encens comme filtré par le soleil à travers les vitraux d'une église, fait un tabac chez les hommes en Italie. Quant à Sel Marin, le best-seller de la marque tous pays confondus, il s'affiche comme une fragrance solaire qui a besoin de la chaleur de la peau et de la caresse du vent pour s'épanouir. Tout un programme...

En attendant soleil et ciel bleu, il nous reste L'Amandière et les ballades de Bill...

L'Amandière, de James Heeley (extrait). 50 ml, 147 €.

Published on March 5 2013

Il fallait bien une info comme celle-là pour me contraindre à prendre la plume ce soir. Demain, mercredi 6, Actes Sud publie les deux premiers ouvrages de sa toute nouvelle collection "Essences", consacrée au parfum. Récits, poèmes, essais, fictions, la maison d'édition ne s'interdira aucune littérature pour évoquer la petite musique des odeurs.

Une promesse de textes denses ou vagabonds, savoureux comme le sont les livres de Cécile Ladjali et Lyonel Trouillot, qui ouvrent la série. Comme un écho à l'autobiographie olfactive de Philippe Claudel, Parfums, parue en septembre dernier chez Stock, qui démontrait s'il le fallait encore combien les parfums sont un thème narratif à part entière.

Corps et Ame, de Cécile Ladjali (80 p., 15 €), et Le Doux Parfum des temps à venir, de Lyonel Trouillot (58 p., 13,50 €).

Published on February 25 2013

© Blink

Certains matins, en Thaïlande, au petit-déj, j'ai avalé en un clin d'œil, sans trop me poser de questions, le contenu de ces mini-flacons en verre coloré et aux principes actifs ésotériques: collagène, L-Glutathione, Co Q18… Blink, ils s'appellent, et dedans il n'y a que quelques dizaines de mililitres de jus de raisin mixé à de l'extrait de tomate japonais, à du collagène, à des "high vitamines" toutes plus nombreuses les unes que les autres (A, C, E...) ou carrément au coenzyme Q-10 ! Le tout vendu à prix d'or et promettant une peau plus rayonnante, plus dense ou plus élastique... Bref, de la nutricosmétique comme on l'aime, format ludique et formules pleine de promesses.

© Louise Watson

Les boutiques, drugstores et marchés de Thaïlande offrent par ailleurs quantité de produits monodoses ou si riquiqui par leur taille qu'ils ressemblent à de généreux échantillons: sérums à masser, crèmes à blanchir, masques en poudre à diluer, pochons d'herbes à humidifier, encens aux effluves lourds, papiers antibrillance, baumes rafraîchissants, huiles médicinales, sticks pour le nez... tous plus odorants les uns que les autres.

Blink, dans tous les 7/Eleven de Thaïlande, de 26 à 30 bahts l'unité (moins de 1 euro).

Published on February 24 2013

Si Mia a l'air si sombre sur la photo, c'est que je l'ai rencontrée un soir, dans un bus à Bangkok en partance pour les îles. Quinze heures de voyage, coach, pause & boat, de découvertes et de rires, en anglais s'il vous plaît, et cette complicité qui n'existe parfois que dans les hasards des rencontres en voyage.

Déjà dans le bus, assise à côté de moi, j'admirais d'un œil sa façon de dormir en se tenant droite comme un i, fluette, son minisac sur les genoux, alors même qu'elle avait sombré dans le sommeil à peine étions-nous partis (ou juste fermé les yeux...). Tandis que moi, je regardais Bangkok by night défiler, tentais de lire, grignotais, ne sachant où caser mes jambes…

Ce n'est qu'après la première pause du bus, vers 1 heure du matin (pour "manger", si si...), que nous avons entamé la conversation. « Alors, tu es française? De Paris? C'est si romantique! » J'ai eu beau démentir – il fait gris, froid, il pleut, le Parisien est grincheux, surtout avec le touriste asiatique, quant aux romantiques, s'ils pouvaient de temps en temps cesser de contempler le temps de leur vie qui s'évapore… – elle n'en démordait pas. Paris qu'elle n'a jamais vu mais qui lui inspirait des pétillements dans les yeux.

« Et toi, tu viens d'où ? – De Chine. De Canton. – Mince!... Et alors ça sent quoi, Canton? Et les odeurs de ton enfance? Et tu portes quoi comme parfum ? – Mais tu parles vraiment comme une journaliste!...» Merci, Mia. Pas sûre que tu puisses me lire de là-bas, mais contente d'écrire ce post en pensant à toi.

Mia, 25 ans

Canton, ça sent l'encens le matin, dans les appartements, et le poisson l'après-midi, près de la rivière des Perles. Rien à voir avec les effluves frais, verts, naturels de Ma On Shan, à trois heures de Canton, où se tient un Festival de poésie.
Enfant, j'habitais près d'une usine de pâtes. Le matin, le bus qui me menait à l'école traversait les bâtiments du site et je sentais cette odeur de nouilles, entre riz, eau et lait, que je n'ai jamais plus sentie depuis.
Mes parfums préférés, c'est Coco et Dior J'adore. Et Miss Dior chérie. Poison, c'est un peu trop pour moi ! Et les parfums Moschino, dont un à l'orange, on dirait un jus de fruit frais qu'on se serait renversé dessus !

Published on January 29 2013

© DR

Jeanne, 61 ans

L'odeur du lait, ça me dégoûte, alors que celle des bouses de vache me rassure. Petite, j'ai peu têté ma mère. Je buvais du jus de tomate. Le lait me rappelle ces parfums à l'odeur aquatique, comme de l'eau stagnante, sans sel, odeur de marais, de marécages…
J'aime pas l'odeur des bébés. Je déteste aussi celle des fleurs qui se fanent, sans doute parce que ça me rappelle le cimetière où l'on se rendait après la mort de mon père.
Une odeur ambigue : celle de la terre mouillée, des sous-bois humides, du champignon. Ca me séduit et ça me dérange.