Published on August 30 2016

© Expo Houellebecq/ Palais de Tokyo

© Expo Houellebecq/ Palais de Tokyo

Benjamin Isti, 32 ans, est chanteur. Après une première carrière d'avocat, cet autodidacte passionné a trouvé sa voie/voix "sous les encouragements et l'amitié tutélaire d'Etienne Daho" qu'il a rencontré un jour par hasard. Il devrait bientôt sortir un premier album intimiste de 15 titres, Tant pis pour la belle histoire. Des histoires, il en a plein sa besace, lui qui a connu 1001 aventures "avant de trouver la note juste". Et notamment à propos des parfums qui ont compté pour lui, des "tranches de vie" autour des femmes qui l'ont marqué.

Chaque parfum de ma vie est lié à une femme, à un regard qu'on a porté sur moi. Ma tante d'abord, elle aimait beaucoup les hommes qui sentaient Fahrenheit. J'avais 15 ans, un âge où l'on met plutôt du Calvin Klein ou du Gaultier, et moi je portais du Dior pour lui plaire !

Vers 20 ans, ce fut 212 Men de Carolina Herrera. J'aime bien l'idée de ne pas forcément porter ce que tout le monde porte. C'est comme acheter un livre dans un Relais H,  jamais ! je préfère rencontrer un livre quelque part... Je n'aurais jamais changé de parfum s'il n'avait pas disparu. Encore aujourd'hui, il ne m'évoque que des bons souvenirs, un vent très fort de liberté, de sensualité. Il avait la cote auprès des femmes, ce qui est toujours très flatteur. Quand on aime ton parfum, tu as l'impression qu'on t'aime un petit peu toi...

Le parfum, c'est une tranche définie de ma vie. Chacun me renvoie une part de moi-même ou de ce que je voudrais être. Fahrenheit, je ne pourrais plus. Ca raviverait toutes les blessures de l'adolescence, un mal-être terrible...

Après 212, la traversée du désert. Plusieurs parfums mais aucun qui ne m'ait vraiment plu. Ca collait bien avec la multitude des histoires sentimentales que je vivais. Or, la multitude, c'est le néant. A un moment, Eternity, de Calvin Klein, est venu conjurer une peur très forte. Son côté estival contrecarrait mon angoisse, sans l'apaiser.

Puis Body Kouros, d'YSL, un parfum de petit joueur, de cour d'école. Mais je garde de la tendresse pour lui, car il possède quelque chose d'un peu viril et de romanesque, un dosage subtil qui le rend mélancolique.

Chêne, grand amour

Un parfum, ça t'indispose, ou bien ça te donne confiance. En période de déshérence, tu ne sais plus. J'aimais bien alors me repaître du parfum que portaient les femmes que je fréquentais. Mandragore Pourpre, d'Annick Goutal, cela m'amusait de leur en offrir un flacon à défaut d'en porter moi-même. Mais il ne me reste finalement aucune trace de ces histoires, elles ont glissé sur moi, et leur parfum aussi...

Depuis trois ans, je porte Chêne, de Serge Lutens. C'est le grand amour ! Et c'est encore grâce à une femme que je l'ai découvert. Un matin, je prenais mon café chez Carette, place des Vosges, une fille ravissante est entrée, elle sentait merveilleusement bon alors qu'elle venait de finir un jogging. J'étais intrigué, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander ce qu'elle portait. C'était un Serge Lutens, je ne sais plus lequel, faudrait que je lui demande... On a vécu une histoire, pas très longue mais bouleversante.

© Serge Lutens

© Serge Lutens

C'est bien après la fin de notre histoire que je me suis rendu Palais-Royal, d'ailleurs je n'ai même pas vraiment décidé d'y aller... J'étais d'humeur très poétique, un jour où j'étais inspiré pour... vivre ! Je me promenais dans le coin, et je suis tombé nez à nez avec la boutique Serge Lutens. Un parfum, c'est une rencontre, pas un truc que tu planifies. Lorsque j'en suis ressorti avec Chêne, j'ai envoyé un texto à la femme de Carette.

Je ne me parfume pas tout le temps. C'est très lié à mon humeur. Indispensable en période de fragilité, en hiver. J'en mets les jours où je doute, ça me protège, comme une douve, un bouclier, une armure, ça m'ajoute quelque chose. Les jours plus tranquilles, je peux m'en passer... Me contenter de ma propre peau. Parfois, au contraire, j'en remets chez moi, rien que pour moi.

Le parfum joue un rôle bien plus important qu'un vêtement. Avec un bon parfum, même en tongs, tu te sens fort. Idéalement, il doit pouvoir traverser les saisons. Sinon, cela signifie qu'il peut t'abandonner, et ça, c'est quelque chose que je ne peux pas concevoir…

Published on July 7 2016

© FCH / Driscott Prod

© FCH / Driscott Prod

Les bourgognes, je les ai aimés avant de connaître. La faute à un chéri qui me demanda un soir de le rejoindre avec un "vin clair, léger, chantant. Un bourgogne, quoi !" Où ne commencent pas les arômes du désir...

La première claque au palais, ce fut bien plus tard, à Grasse, avec... un Chambolle Musigny 1er Cru "Les Echanges" Domaine Remoissenet 2007. Je n'y connaissais toujours rien, mais aucun doute : frais à l’attaque, chaleureux en finale, ce vin-là sonnait bien "clair, léger, chantant"...

Le bourgogne, c'est cinq fois moins de terre que le bordeaux, dix fois moins de vin produit, mais des "climats", des domaines (3900 !) et une centaine d'AOC. Un paysage qui cache bien son jeu. "Là où vous avez le métro, nous avons du vin, explique Brigitte Houdeline, directrice de l'Ecole des vins de Bourgogne. Il existe une véritable cartographie souterraine "dans laquelle on se perd".

“Volnay, c'est la colline !”

Ici, un seul credo : le monocépage. Soit des rouges réputés (pardon Meursault, Chablis...), pinot noir only et patronymes mythiques qui semblent tout droit sortis d'un Maupassant : Gevrey-Chambertin, Pommard, Nuits-Saint Georges, Aloxe-Corton, Marsannay, Vosne-Romanée…

Et Volnay bien sûr, le nom le plus virevoltant de tous, chanté par les poètes et bu par les rois depuis des siècles. Ce vin haut perché serait le pendant du Chambolle-Musigny sur la côte de Beaune. Bingo, un breuvage pour moi ! "Une invention des négociants parisiens au XIXe siècle, nuance le patron de La Dilettante, le lieu où il fait bon boire à Beaune – comme un Volnay 1er Cru Les Brouillards Domaine Régis Rossignol 2000. Qu'importe, au palais Chambolle et Volnay se ressemblent, les bougres, et c'est une novice qui vous le dit...

On le dit moins paysan que le Pommard, plus féminin : "C'est géologique, Volnay, c'est la colline!", souligne Réjane Bouley, du Domaine Pascal Bouley. Un terroir à la chair tendre sur la Route des grands crus, idéalement ensoleillé et à l'abri des vents, qui produit un vin aux arômes de fruits rouges, d'épices et de sous-bois. Clair, léger, chantant, on y revient.

Entre vol de nuit et nez en l'air, ce fleuron du pinot noir est devenu au fil du temps l'un de mes péchés mignons. D'un dîner à L'Arpège à une soirée chez Lapérouse, après La Bohème, pour un Noël en famille, entre amis ou avec mon amoureux, le Volnay est la guest star de mes meilleures soirées.

© FCH / Driscott Prod© FCH / Driscott Prod

© FCH / Driscott Prod

Chaque année, quand vient l'été, le village célèbre son vin lors d'une fête intitulée l'Elégance des Volnay. Au fil de la journée, les parfums des breuvages se découvrent dans une Cave aux arômes aussi didactique qu'esthétique. Puis en calèche, menés par Vasco et Ouragan, on part sur la piste des "climats" et des lieux-dits qui ont fait la réputation de Volnay : les Brouillards, la Gigotte, les Grands Champs, le Clos des Chênes, les Angles, Robardelle ou les Pluchots ...

Mais le clou de la journée, c'est ce jury entièrement féminin invité à élire les meilleurs crus issus du terroir de Volnay. Un jury dont je fais partie (sans aucune légitimité, vous l'aurez compris...). Dix heures passé, ce samedi 25 juin, sur la place de la mairie du village, qui est aussi celle de l'église. Œnologues, restauratrices, femmes de vigneron ou reines du vin arrivent par petites grappes. Des bonjours, des effusions, rires, retrouvailles, une ambiance bon enfant.

Bientôt, nous sommes une petite centaine à nous impatienter sur la grand-place. La présidente de ce jury féminin s'appelle Valérie Perrin, elle est écrivain et scénariste. C'est aussi la énième femme de Claude Lelouch, et tout comme moi, en vin, elle n'y connaît pas grand-chose, nous raconte-t-elle.

Je me faufile devant la belle Table d'Orientation des Climats volnaysiens qui surplombe les vignobles. Deux jeunes filles semblent du coin. Même pas 20 ans, et déjà sûres de leur palais. Alors, votre préféré ? La réponse, sans attendre et sans appel: "Le Clos du Château des Ducs, bien sûr ! C'est le meilleur."

“Dégustez avec votre instinct”

Dans la salle municipale où va se jouer le sort des vins, dix grandes tables, et une multitude de bouteilles aux airs de Concombres masqués. On s'affaire, on s'installe, ça commence.

Cinq vins servis successivement, premiers crus ou appellations village, et dégustés à l'aveugle. Deux millésimes: 2011 et 2012 à notre table, l'un plus immédiatement accessible, nous apprend-on ; l'autre plus austère, mais prometteur. "Ici, toutes les années sont bonnes pour les vignerons, m'explique Réyane Bouley, chargée de la communication de l'Elégance des Volnay. Car avec la philosophie du monocépage on cueille au raisin au mieux de sa forme.

"Ne mettez jamais moins de 10 sur 20 !, lance-t-elle à la salle. Derrière un vin, il y a deux ans de travail..." Si on fait d'abord confiance au cépage, ici on accorde aussi une grande importance au climat et au travail humain. "On reconnaît d'abord un vin à son terroir, poursuit Réyane. Les Américains, par exemple, n'ont pas de sous-sol. Ils ont beau planter nos cépages, leurs vins n'ont pas l'opulence des nôtres ! C'est comme les fraises d'Espagne."

© FCH / Driscott Prod
© FCH / Driscott Prod
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"Essayez de vous centrer sur la façon dont un vin vous touche, nous conseille Jackie Rigaud, chargé de la formation continue à l'université de Bourgogne. Dégustez avec votre instinct et profitez du plaisir d'être ensemble".

J'observe, je bois, je discute, je note, je bois...

A ma table, Joyce, une plasticienne installée à Gevrey, travaille toute la palette chromatique que lui offrent les bourgogne. "Les nuances de leur robe évoluent avec le temps." Cette fidèle présidait l'an dernier la 11e édition de l'Elégance des Volnay: "C'est toujours un grand rendez-vous dans l'année. L'ambiance y est authentique et chaleureuse. On se dit aussi que le temps passe vite..."

Question timing, ce matin-là, nous sommes tip-top : "Déguster vers 11 heures, c'est parfait, m'explique Valeria, une autre de mes voisines. Les papilles commencent à s'ouvrir."

Elle me détaille les étapes qui me permettront d'apprécier l'aspect olfactif d'un vin. "Le premier nez rend les arômes perceptibles. Après avoir fait tourner le vin dans le verre deux ou trois fois et inspiré, le deuxième nez donne accès à des parfums plus marqués." Ensuite seulement on met le vin en bouche en aspirant doucement un peu d'air. L'olfaction rétro-nasale permet de ressentir les arômes. "Quand vous aimez un vin, photographiez les étiquettes", ajoute quelqu'un. Impossible aujourd'hui, mais ce n'est que partie remise.

“Une diva à poitrine généreuse”

Comme à "L'Ecole des fans", je multiplie les 15 et les 16, imbibée de textures soyeuses et de robes rubis. J'imagine les nourritures canailles auxquelles pourraient se marier un tel défilé d'effluves : poulet rôti, canard laqué, tajine, fromage... Cinq vins, donc, et sans cracher, s'il vous plaît. Mais des commentaires, vraiment ? Quid des saveurs de violette, de groseille, de cerise ? et le bouquet, plutôt ample et charnu, ou profond et délicat ?

Dernières paroles glanées autour de la table : "Jolie robe", "là, on dirait une diva avec une poitrine généreuse", "il n'est pas dans la séduction, il ne cherche pas à prouver quelque chose"

Des bribes qui me rappellent les propos de Sandrine Goeyvaerts, caviste et blogueuse, dans le dernier "Monde des vins": "Un grand vin n'est pas cérémonieux. (...) Il est monumental parce qu'il ne s'embarrasse de rien. Il est tout seul, tout cru, sans fard, loin des étiquettes et des postures ronflantes." Isn't it, Driscott ?

© FCH / Driscott Prod
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Published on June 2 2016

© Le Petit Prince

© Le Petit Prince

Parfois, certaines idées sont bonnes au point qu'on se demande comment on faisait avant. (Eh oui, c'était pas toujours mieux, avant...) Grâce à Nez et à sa campagne de crowfunding savamment orchestrée, me voici propriétaire depuis quelques semaines de cette revue singulière consacrée au parfum et à l'olfactif en tout genre. Et en deux exemplaires, s'il vous plaît (dont un pour Natacha, que vous avez découverte ici ou ).

Emmené par toute l'équipe d'Au Parfum, élégamment maquetté et parfaitement édité, empli de bons papiers, bien sûr — comme cette enquête sur le parfum chez Aragon, qui tombe à point nommé car j'ai encore Aurélien en tête, lu cet hiver – , l'animal est Nez pour durer ! Pour le commander sans tarder, c'est ici.

Lors du crowfunding, j'avais choisi la formule "Deux revues et un conseil personnalisé". C'est Jeanne Doré herself, rédactrice en chef du nouveau "mooc" (book & magazine), qui s'est gentiment attelée à la tâche. "Fille aux goûts de mamie cherche parfum pour la vie", lui ai-je murmuré.

Elle a su me comprendre : me poussant dans mes retranchements de vieille dame, avec des notes ambrées et épicées (Ombre Rose, de JC Brosseau, Années Folles, de Parfumerie Moderne, Oriza Legrand); me proposant des pistes où me perdre et me surprendre – dans les aldéhydes de Rive Gauche, d'YSL, par exemple, ou sous la mousse de chêne de L'Air de rien, de Miller Harris...

Après plusieurs balades olfactives, c'est Helmut Lang qui a emporté la mise. La réédition de son Eau de parfum créée par Maurice Roucel en 2002 croise la lavande de Canoë (Dana, 1936) et la note ambrée de Musc Ravageur, chez Frédéric Malle (également signé Roucel !) Une senteur parfaite pour attendre l'été sans trop souffrir. Merci, Jeanne, et longue vie à Nez !

Published on April 1 2016

Sœur sourire

Avec Claire, on a inventé la Fête des Sœurs, le 1er avril. Pour conjurer le sort (chez nous, les Poissons n'ont pas toujours été joyeux ce jour-là...), nous avons choisi de célébrer comme une bonne farce le lien qui nous unit.

Je me souviens de Claire à 15 ans, découvrant Classique de Jean Paul Gaultier. Depuis, je lui ai offert Boudoir, de Vivienne Westwood, et Cornubia, de Penhaligon's, mais c'est à Poème, de Lancôme, qu'elle est restée le plus fidèle. Je sais aussi qu'elle aime Songes, d'Annick Goutal.

Son dernier coup de cœur olfactif, c'est Tabac Toscan, de Santa Maria Novella, qu'elle a porté lors d'un de ses Nouvel An à Florence. "Quand j'en mets, j'ai l'impression que je pourrais sortir sans maquillage", dit celle qui ne claque jamais la porte de chez elle sans s'être fait l'œil charbonneux et/ou le sourire fusant. "Ca pourrait suffire, ou tout faire passer...", ajoute-t-elle, énigmatique.

Bonne fête, Clairette !

Published on March 5 2016

© Saed Hindash

© Saed Hindash

Pour rien au monde, ce vendredi 26 février, je n'aurais manqué L'Odorat, ce documentaire passionnant réalisé par Kim Nguyen qui passait dans une petite salle de L'Entrepôt. Un film foisonnant et sans transition, où l'on parle autant des odeurs fantômes qui tenaillent les anosmiques que de l'arôme des vins qui fleurent bon la pêche et la muscade, de l'art de négocier la truffe, du sexe de la femme dans un flacon ou d'un atelier olfactif pour retrouver la mémoire.

On y voit le chimiste québécois Francois Chartier, passionné par les "atomes crochus" pouvant exister entre les aliments ("j'entends une contrebasse en sentant l'ambre gris"); le chef Olivier Roellinger, évoquant le parfum épicé des vagues vierges qui s'engouffre dans la Manche et le Cotentin; ou l'experte ès thés Yu-Hui Tseng, qui décèle une note de pruneau confit dans l'arôme d'un safran.

Mais la plus émouvante, c'est Subha Pathel, qui mène pour IFF des recherches sur la communication par les arômes chez les végétaux. Elle nous apprend notamment que les fleurs peuvent tomber amoureuses, et changer de profil aromatique.

Une info qui fait écho au passionnant article paru dans Le Monde (suppléments Science, daté 2 mars, "Les plantes, ces grandes communicantes", de Sarah Rahmani, à lire ici en édition abonné). Pas de neurones, les plantes, peut-être, mais leur "cerveau diffus" les rend capables de faire la pluie et le beau temps, de prévenir leurs voisines en cas de danger ou de garder un événement en mémoire (jusqu'à quarante jours pour le Mimosa Pudica). "Chaque espèce d'arbre a son propre parfum, son propre message pour attirer la pluie", y souligne le botaniste Francis Hallé.

Published on February 14 2016

Funny Valentine

Quel beau dimanche pour les vendeurs de roses rouges et moches, prêtes à crever dans vos bras en deux temps trois mouvements... alors qu'il suffit d'une brassée de mimosa pour rendre une femme heureuse ! Ou d'un parfum mystérieux sur le corps de l'autre, qui peut donner des envies de printemps avant l'heure. Noir Epices par exemple, signé Michel Roudnitska pour Frédéric Malle, réveille un instinct joueur et des appétits sensuels. Ce chaleureux parfum de peau, avec sa noix de muscade, son poivre et ses notes de girofle et de cannelle, laisse entrevoir un Valentine's Day comme on les aime : funny, doux, corsé.

Published on January 20 2016

Fauve qui peut

Parfum millésimé, une bonne idée ? l'enquête mériterait d'être menée (mais pas ce soir...). En attendant, Tabac Tabou est la vraie bonne surprise de cette rentrée 2016. Chaque année, le nouveau sillage de Parfum d'Empire sera produit en très petite quantité, et l'étiquette mentionnera son millésime — de quoi rendre dingues toutes celles qui, comme moi, viennent d'y succomber.

A peine senti, j'ai su que c'est lui qui m'accompagnerait bientôt sous le soleil des îles. Chaldée moderne, genre de Sables (mouvant), ce Tabac Tabou 2015 m'invite à sortir de ma torpeur hivernale (et à écrire un post) (et à rouler dans le foin.. ;)

Avec ses notes de narcisse et d'immortelle, il prétend renouer avec la fonction sacrée du parfum. Mais moi, entre la terre et le ciel, j'y sens surtout l'hiver qui s'éloigne, et le soleil qui infuse.

Parties pour faire un tabac, ces volutes-là ? ou suis-je définitivement dans une période fauve...?

Tabac Tabou, de Parfum d'Empire, 50 ml, 140 €.

Published on November 30 2015

© Peter Beard

© Peter Beard

La saison vient de passer à l'heure du cuir (Bel Ami, Tabac Blond, Le Sac de ma mère…), et Mémo imagine sa quatrième fragrance sur ce thème. Alienor Massenet, la parfumeuse qui signe tous les jus de la maison, aime jouer avec les accords réputés masculins. Cardamome, safran, cumin, son nouvel African Leather invite à faire ses bagages pour un safari — moins vert qu'Irish Leather, qui avait cartonné il y a trois ans, moins baumé ou velouté que les cuirs italien et français de la marque.

La note cuir possède ce pouvoir de sonner tantôt fauve (Cuir de Russie, chez Chanel) tantôt daim (Cuir Beluga, de Guerlain), de claquer comme un fouet ou de se fondre dans la savane. La nouvelle bougie Peau de Bête, des Liquides imaginaires, n'échappe pas à ce paradoxe: elle fleure bon l'animal sauvage sur le parquet ciré. Et habille de luxe nos intérieurs hivernaux.

Car les effluves de cuir évoquent toujours une certaine opulence : savez-vous que les constructeurs automobiles en parfument les sièges de leurs voitures pour les rendre plus désirables ?...

Published on November 11 2015

© Photo tirée du livre "2CV, l'auto aux mille visages"(ETAI).

© Photo tirée du livre "2CV, l'auto aux mille visages"(ETAI).

François, 47 ans pour quelques jours encore, se souvient du parfum des automobiles de son enfance. Pas très loin de Bel Ami, d'Hermès, qu'il s'apprête à adopter...

L'un de mes premiers souvenirs olfactifs, ce sont les vieilles bagnoles. La 2 CV évidemment, celle que conduisait ma mère lorsque j'étais enfant, le nez collé au tout petit pare-brise comme la bonne sœur du “Gendarme”.
Imagine un matin d'hiver à la campagne, la plaine sous quarante centimètres de poudreuse. Allée des Noyers, les odeurs fraîches du jour et la voiture qui peine – caoutchouc, ferraille, poussière, moteur, huile chaude… Prendre cette route de cailloux, avec, au bout de la côte qu'on ne savait jamais si on allait réussir à monter, la Nationale.
Je me souviens aussi de la Triumph intérieur cuir qu'avait laissée dans le jardin un copain de la famille. Y entrer avec mon frère, jouer avec le levier de vitesses, faire semblant de la conduire…

Published on September 28 2015

© "A une passante", de Patrick Martin

© "A une passante", de Patrick Martin

Au sujet des Rives qui ont battu leur plein ces derniers jours à Paris (tandis que je battais d'autres campagnes...), voici mes trois coups de cœur.

Tout d'abord, l'exposition Anbar (ambre gris, en arabe ancien), un parcours qui mêle art pictural et représentations olfactives ; celui d'un amoureux du parfum (le blogueur Patrice Revillard, alias Musque Moi !) autour d'une matière animale mythique de la parfumerie. Dans un petit café de la rue des Blancs-Manteaux, l'artiste italienne Clelia Tondini exposait sept tableaux correspondants aux thèmes olfactifs imaginés par Patrice pour raconter l'histoire de cette "sécrétion magnifique", toute droit venue des tréfonds du... cachalot. Un projet intriguant et bien mené.

Maté, chanvre et foin coupé

Ces Rives sont aussi l'occasion d'évoquer de tout nouveaux lieux qui portent l'empreinte de deux femmes dont j'admire le chemin : Olivia Giacobetti et Isabelle Masson-Mandonnaud. Chacune dans leur genre, bien sûr, car à première vue tout les distingue : l'une est une grande parfumeuse, l'autre une femme d'affaires enthousiaste, fourmillant de projets autour de la beauté.

Quand Olivia (ré)installe sa marque, Iunx, rue de Tournon, dans une boutique minimaliste, façade noire et bois brut, Isabelle investit le Haut Marais, à deux pas de République, avec sa nouvelle maison haute en couleurs, Sabé Masson.

Olivia Giacobetti a inventé la note figuier (Philosykos, Premier Figuier), sublimé le lilas pour Frédéric Malle (En Passant), débauché les épices chez L'Artisan Parfumeur (Safran troublant). Elle revient aujourd'hui toute seule aux manettes (enfin, avec une super équipe, dont la délicieuse Francine !). Vingt bougies et des eaux énigmatiques, une dizaine, à sentir le nez dans la corolle ;) : une Eau Blanche virginale, vapeur de lin sous le vent; une Eau Baptiste céleste, enfance surgie du flacon. Et l'Eau Argentine, ma préférée, qui concentre en elle tout l'été — maté, chanvre sec, paille et foin coupé.

© Les Rives de la Beauté

© Les Rives de la Beauté

Isabelle Masson-Mandonnaud, elle, a fait le succès de l'enseigne Sephora dans les années 1990 et lancé en 2005 les parfums solides Crazylibellule & The Poppies. Des formules hybrides, entre fragrance et cosmétique, qui remportent quatre prix de l'innovation à l'époque. Et qu'elle ne cesse de perfectionner depuis dix ans.

Karité, tiaré, mangue, tamanu… Selon les vertus des cires, beurres ou huiles — anti-âge ou anti-oxydantes –, Isabelle a réfléchi aux accords parfumés les plus appropriés. "Le karité, on peut mettre ce qu'on veut dedans, des fleurs, des agrumes... Le tiaré, c'est une pâte chaude, qui rend le parfum poudré, ça marche bien avec la vanille."

Pas sur la bouche

Sans alcool, sans paraben, ces Soft Perfume s'appliquent comme un baume, partout sauf sur les lèvres. Dans le cou ou sur les mains, deux zones sur lesquelles le temps marque vite. Mais aussi "entre les yeux ou sur les ailes du nez, de façon plus classique". Vous avez dit classique ?

© Sabé Masson

© Sabé Masson

On aime l'objet, nomade, ludique, mais aussi le geste : effleurer le poignet, lisser un sourcil, rehausser les pommettes… Caresse de rouge sans le rouge, sent-bon qui soigne, packaging joyeux, noms poétiques (Belle Furieuse, De Guerre Lasse, Eu Vent de Vous, Zazou, La Reine Soleil...). Ces sticks tout fragrants sont "bons pour l'âme et bons pour la peau: le rôle du parfum, non ?", conclut Isabelle.

Alors, le parfum caresse ? Sabé Masson en fait une philosophie, Iunx se contente d'un clin d'œil: sa divine Crème de lait à la guimauve promet de transformer n'importe quel corps en Chamallow géant pour l'hiver !