Dans le sillage de Peter Pan

Published on October 15 2013

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"Egoïste, de Chanel, celui qui le porte l'été, c'est un kéké fini, un mec qui ne vit pas ses parfums." Paul Richardot, 21 ans, a le nez fin et pas sa langue dans sa poche. En mai, cet aspirant parfumeur a lancé son blog, Parfum & Officine, sur un ton qui tranche avec celui des sites habituels du genre. Paul, de mèche avec l'un de ses acolytes, fou de parfums lui aussi, s'adresse à ces jeunes branchés lifestyle qui passent leur vie sur Jooks et Vice, deux sites Internet pour les babies des nineties qui ont grandi... Ici, on parle cash. "On est un peu les mauvais garçons de la parfumerie, explique Paul. Enormément de mecs vont acheter un parfum moisi juste à cause de la pub. Autant essayer de les éduquer." Parfois brouillons et paresseux mais souvent drôles et bien sentis, les posts de Paul s'amusent à imaginer des correspondances entre un jus, un style, une situation, une saison…

Cet été, le jeune homme a suivi un stage chez Givaudan, où il a rencontré le parfumeur Jean Guichard, directeur de l'école de parfumerie de la maison de création. Depuis, il rêve d'intégrer la prestigieuse formation, comme Quentin BIsch, son modèle, un "nez" junior qui a quitté sa troupe de théâtre pour entrer en parfumerie. En attendant, Paul fait ses classes à l'Ecole supérieure du parfum, un établissement privé qui enseigne autant les senteurs que le marketing. Avec son blog, il a l'impression de "répondre à une certaine attente, ou plutôt d'apporter quelque chose que personne n'attendait. Moi non plus, au début, je ne m'attendais à rien, mais aujourd'hui on a près de 600 visiteurs uniques par mois !"

Petit déjà, je reniflais tout ce qui me passait sous le nez. Pendant longtemps, je me suis dit, le parfum, on n'en fait pas un métier. Et puis, j'suis une bille en chimie. Pourtant, mon bac S, je l'ai passé deux fois. Pour avoir un meilleur dossier... Je ne voulais vraiment pas y aller, je crois, j'ai un peu le syndrôme de Peter Pan ! Ensuite, j'ai passé le concours de Science Po province, j'ai détesté, j'ai entamé une fac de droit, pareil. Je suis entré il y a deux ans à l'Ecole supérieure du parfum. Mais j'aspire à devenir créateur.

En arrivant, on a un peu tous les mêmes modèles: Jean-Claude Ellena (Hermès), Jean-Paul Guerlain... Moi perso, j'adore Jacques Huclier. Quand je l'ai rencontré chez Givaudan, c'était comme un rêve de gosse ! C'est lui qui a créé A Men, de Thierry Mugler, l'un de mes parfums préférés, je l'ai découvert en 4e.

La fidélité, c'est tout sauf à notre âge! Les gens fidèles, ce sont ceux qui ont trouvé leur âme sœur dans un parfum. Mais si tu veux créer, c'est dans ta nature de papillonner ! Et puis, je ne supporterais pas qu'on s'habitue à ce que je porte. Ce serait tellement triste qu'on dise : “Tiens, ça sent Paul !” Moi, je mets des parfums pour certains événements, d'autres quand j'ai envie de plaire, même un Armani Code ou un Sécrétions magnifiques, d'Etat Libre d'Orange. Les jours où j'ai pas envie d'avoir envie, je porte Eau d'Orange verte, d'Hermès, comme papa. C'est ma mère qui nous a convertis, lui et moi. Elle, elle porte le Patchouli de Réminiscence. Elle n'en change jamais. Si elle le faisait, je ne l'appelerais plus "Maman", mais "madame" !"

Mes premiers parfums ? Tartine et Chocolat. Spiderman — mais j'ai pas forcément envie qu'on l'écrive... N'empêche, le mec qui a créé ça, c'est un génie ! Imagine, quand t'es gosse, tu pschittes, et le parfum sort du doigt de l'homme araignée ! Aujourd'hui, mon pêché mignon, c'est Egoïste, de Chanel, même si je le porte super mal. Il convient parfaitement sur un brun un peu mystérieux, à moto, il arrive, il vient de foutre le feu à une forêt... Alors que moi, je suis un blondinet, un peu minet sur les bords. C'est peut-être d'ailleurs pour ça que les parfums pour femme me vont si bien. Le Classique de Jean Paul Gaultier, les filles adorent quand je le porte. Ou Féminité du bois, de Serge Lutens. Mais ça ne marche pas à tous les coups : m'asperger du parfum de mon ex — Alien, de Mugler – c'est la pire idée que j'ai eue...

Dans la rue, mon grand jeu, c'est de deviner ce que les gens portent et... de le leur demander. Je le fais souvent quand je suis sûr de moi, je déteste me craquer ! La dernière fois, dans une file d'attente, je lance à la fille devant moi, Vous portez Kenzo Amour?..., elle me répond, Non, non, pas du tout. Elle a cru que je voulais lui piquer sa place ! La queue n'avançait pas, on est restés dix minutes l'un derrière l'autre sans plus se parler...

Non, ça ne me dérangerait pas de créer des fragrances pour les gels douches et les shampoings. J'aimerais bien me dire que, le matin, 10 millions de clampins se lavent la tête avec le Head & Shoulders au citron que j'ai créé. Home care et body care, ça touche encore plus de gens, même si la parfumerie fine (celles des flacons) a un côté plus glamour. La famille boisée, c'est celle que je préfère. Chez les hommes, aujourd'hui, il n'y a plus de grands parfums boisés en tête de gondole — mais des cuirs, des gourmands, et toujours des fougères...

"Nez", t'as beau dire aux gens que c'est avant tout un apprentissage, ils ne te croient pas. Ils ont envie de rêver, que le métier reste mystérieux… On ne peut pas leur dire que quiconque a un groin peut devenir parfumeur !

Published on #Paroles d'Odeurs

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