Published on August 31 2012

me disait hier ma mère au téléphone. Ma grand-mère a perdu l'odorat il y a quelques années après avoir suivi un traitement antifongique pour une affection banale.

En faisant quelques recherches, j'apprends que l'anosmie s'accompagne parfois d'une perte de goût (agueusie), alors que les mécanismes en jeu sont pourtant différents.

Qu'une extrême variété de médicaments est susceptible de provoquer l'altération de l'odorat, souvent réversible avec l'arrêt du traitement : des anti-hypertenseurs, des anti-inflammatoires, des anti-rhumatismaux...

Qu'il faut parfois s'entraîner pour rétablir ses capacités olfactives - c'est du moins ce que vient de démontrer une étude de Nature Neuroscience... à propos des rats.

Et que parfois aussi, allez savoir pourquoi, rien ne revient.

Cet effet indésirable m'apparaît comme une sorte de dommage collatéral de la médecine moderne. Oh, bien sûr, rien de comparable au Médiator ou au Distilbène. Mais plus de 80 % des personnes anosmiques connaîtraient ensuite un épisode dépressif, comme si, en perdant la capacité de se remémorer l'odeur du bon vieux temps, on leur avait ôté le goût de vivre...

© Eric Delcroix

© Eric Delcroix

Marguerite, 86 ans.

J'ai perdu l'odorat comme ça. J'ai d'abord perdu le goût. A cause de cachets que le docteur m'avait donné pour des... champignons au pied ! C'est venu petit à petit, je n'arrivais plus à distinguer le sucré du salé. C'est après que j'ai regardé la notice. Mais les notices, on ne les lit jamais comme il faut, autrement on n'en prend point, des médicaments...
L'odorat, c'est venu après. Je laissais tout brûler. Les casseroles étaient noires, je ne les ai jamais récupérées, j'ai fini par les jeter. Maintenant je continue de manger, pour ne pas tomber malade, mais je n'en tire aucun plaisir. Je cuisine toujours, même pour moi toute seule. Mais je ne fais plus de gâteaux.
Parfois, j'ai envie de quelque chose que je trouvais bon avant, comme cette choucroute que j'ai achetée l'autre jour au stand d'un supermarché. J'étais contente de la déballer, de la réchauffer, et ... rien. Je me suis mise à pleurer comme une madeleine.
Le matin, je ne me prépare plus de café, je prends de la chicorée, car j'ai quand même envie d'avoir une tasse avec du liquide noir dedans. Mais je ne parviens plus à savoir à quoi ressemble son odeur.
La texture des aliments, c'est ça qui fait encore la différence. Le jambon, les oeufs, je ferme les yeux en les mangeant. Je n'ai aucun souvenir olfactif. Je revois des lieux de mon enfance, mais je ne peux pas mettre d'odeurs dessus.
Dans la vie tu t'habitues à tout. Et puis, je préfère ça que perdre la vue....

Published on August 27 2012

© Rafel Bennasar

© Rafel Bennasar

C'est à New York qu'il faudra se rendre à l'automne pour découvrir le parfum nu, élevé au rang d'œuvre d'art. Il n'y aura sans doute pas grand-chose à voir cette fois-ci au Museum of Arts and Design, mais certainement beaucoup à sentir. Tous les joyaux de l'histoire de la parfumerie moderne seront présents – des premiers Guerlain et Chanel aux grandes réussites américaines, sans oublier les classiques et les coups de cœur. Une initiative que l'on doit à Chandler Burr, l'ex-critique olfactif du New York Times, chargé d'organiser "The Art of Scent", première exposition du tout nouveau département olfactif du musée.

En attendant, en France et en Europe, le parfum a chanté tout l'été dans quelques manifestations de qualité, encore visibles à la rentrée. A Grasse, il "habille la mode" tandis qu'à l'abbaye de Saint-Antoine (Isère) on apprend qu'autrefois il "portait remède". A Genève, il renoue avec sa fonction sacrée dans une exposition consacrée aux effluves bibliques. Onguent thérapeutique, outil de séduction, le parfum est aussi perçu comme "miroir de la société" au château de la Roche-Jagu, dans les Côtes-d'Armor.

Ces événements rivalisent d'ingéniosité dans l'art de la mise en scène : projection de films en odorama, lectures olfactives, concert parfumé, performances artistiques autour de l'odeur de la rosée... Car le parfum, art à part entière ou pas (sans doute le débat aura-t-il bientôt lieu), se prête aussi à tous les rendez-vous créatifs. En témoigne la nouvelle édition des Rives de la beauté, du 19 au 23 septembre, qui donnera l'occasion aux parfumeurs et aux artistes de tout poil de tisser un lien entre les effluves, les formes, les couleurs et les sons...

"Le parfum habille la mode", au Musée international de la parfumerie de Grasse. Jusqu'au 16 septembre. www.museesdegrasse.com "Quand le parfum portait remède", au Musée de Saint-Antoine-l'Abbaye (Isère). Jusqu'au 11 novembre. www.musee-saint-antoine.fr "Parfums antiques, senteurs bibliques", au Musée international de la réforme de Genève. Jusqu'au 28 octobre. www.musee-reforme.ch "Parfum, miroir de la société", au domaine de la Roche-Jagu, à Ploëzal (Côtes-d'Armor). Jusqu'au 14 octobre. www.larochejagu.fr "The Art of Scent", au MAD (Museum of Arts and Design, New York). Du 13 novembre au 27 janvier. www.madmuseum.org

Published on August 18 2012

L’après-rasage du père, la crème solaire de la mère, les Gauloises et les Gitanes, la cannelle des gâteaux et du vin chaud, le charbon qui réchauffe, l’encre de l’écolier, le foin des champs... Voilà quelques-unes des odeurs dont se souvient Philippe Claudel dans Parfums, qu'il publie en septembre (voir Le Monde du 16 août). Une soixantaine de textes qui, d'"Acacia" à "Voyage", évoquent les effluves de sa jeunesse. Autant de traces témoignant d'un monde disparu. Et d'une vie qui passe.

Je me réjouis de la parution de ce livre au moment où je lance ce blog. J'y vois l'heureux signe que parfums et odeurs sont toujours, après Huysmans, Proust ou Suskind, des thèmes littéraires bien vivants.

Je n'ai lu ni L'Enquête ni Les Ames grises. Peut-être parce que J'abandonne (Balland), un des premiers textes de Claudel, m'avait laissé le poignant, et pesant, souvenir d'un voyage sans retour. Mais ce qui est sûr, c'est que cette "autobiographie olfactive" ne manquera pas d'être l'une de mes lectures de rentrée...

Parfums, de Philippe Claudel (Stock), en librairie le 12 septembre. Membre de l’Académie Goncourt, l'écrivain a reçu le prix Renaudot pour Les Ames grises et le prix Goncourt des lycéens pour Le Rapport de Brodeck (Stock).

© Stock

© Stock

Published on August 14 2012

Natacha, 40 ans

"Ah oui !" Exclamation devant le 19 de Chanel, j'avais 18 ans. C'était la plus belle odeur que j'avais jamais connue jusque-là. Deux ans après, Mitsouko de Guerlain. Coup de foudre. J'ai senti, j'ai pris. Alors que souvent j'y retourne, histoire d'être sûre... Quand je l'ai acheté, c'était le parfum de ma vie, mais tu sais comment c'est, la vie...
L'Heure bleue, je n'en ai porté qu'un flacon, je n'ai jamais réussi à me l'approprier, une odeur trop sublime pour moi. Jardins de Bagatelle, Arpège. Y, un chypré vert. Ado, ma mère m'avait offert Beautiful d'Estée Lauder, une erreur : il me filait la migraine, je n'ai jamais terminé le flacon. Féminité du bois. Et puis la rencontre avec Ambre sultan, un soir, dans des Galeries Lafayette bondées. Les poignets d'un duffle-coat parfumés, et le début d'une histoire. Mûre et musc Extrême, Musc nomade.
J'aime les odeurs chaleureuses qui séduisent aussi les autres. Les odeurs d'hiver, boisées, terreuses. Ou fortement fleuries. La tubéreuse. Ténébreuse. Il y a un pouvoir du parfum. Quand je porte Mon Parfum chéri, d'Annick Goutal, les gens viennent me faire des câlins.

Edgar Degas, "Femme nue couchée sur le ventre, la tête entre les bras", Etude pour Scène de guerre au Moyen Âge, 1863-65. Pierre noire sur vélin, 19,3 x 35,5 cm, Paris, musée d’Orsay / © RMN (Musée d’Orsay) / Stéphane Maréchalle

Edgar Degas, "Femme nue couchée sur le ventre, la tête entre les bras", Etude pour Scène de guerre au Moyen Âge, 1863-65. Pierre noire sur vélin, 19,3 x 35,5 cm, Paris, musée d’Orsay / © RMN (Musée d’Orsay) / Stéphane Maréchalle

Published on August 13 2012

© Jacques Giaume

© Jacques Giaume

Il faudrait lire Le Figaro plus souvent. Ce lundi 13, sous la plume de Laurence Férat, le quotidien revenait sur la génèse de Musc ravageur, aux Editions de parfums Frédéric Malle.

Très épicé, très troublant, on connaît la bête. Nom provocant, sillage aguicheur, Musc ravageur est un parfum sans fleurs. Signée Maurice Roucel, à qui l'on doit aussi 24 Faubourg d'Hermès et Iris Silver Mist de Serge Lutens, la fragrance est une variation sur le musc. Rien à voir avec ces molécules à l'odeur de lessive qui hantent déjà bon nombre de lancements à l'époque, en 2000. Mais une note animale très sensuelle, qu'a composée le maître de l'épure autour de la vanille, de la cannelle et des baumes.

Pied de nez aux compositions transparentes de la décennie précédente, le sulfureux parfum de peau est vite devenu un classique. Et je le trouve parfait pour arpenter les rues de la ville en été, au grand dam de Frédéric Malle pour qui ce "Shalimar du XXIe siècle" est l'archétype d'un grand parfum d'hiver...

Si, comme moi, les "épices en rafales" de Musc ravageur ne vous font pas peur sous le soleil, tentez aussi Eau lente, Habit rouge, Sables ou Ambre Sultan. Quatre orientaux torrides dont on saura ne porter que quelques gouttes pour éviter la surenchère.

Musc ravageur (2001), de Maurice Roucel aux Editions de parfums Frédéric Malle. 50 ml, 115 €. 100 ml, 165 €. www.fredericmalle.com Et aussi : Ambre Sultan, de Serge Lutens. Eau lente, de Diptyque. Habit rouge, de Guerlain. Sables, d'Annick Goutal.

Published on August 10 2012

© Horacio Cassinelli

© Horacio Cassinelli

Saviez-vous qu'il existait des figuiers mâles et des figuiers femelles ? Le 9 août, en lisant le dernier post de Passeur de sciences, j'ai appris non seulement que les arbres avaient un sexe, mais que monsieur Ficus Carica, le figuier méditerranéen, imitait le parfum de madame pour mieux tromper son monde et assurer la survie de l'espèce. Une histoire de pollinisation. Pas mal !

Je me suis rappelée l'exposition, au printemps, chez Dupont de Brazzaville, des travaux d'Horacio Cassinelli et Virginie Alventosa. Au mur du petit restaurant de Belleville, des abeilles tracées à l'encre de chine, au feutre jaune et au cure-dent rencontraient des fleurs peintes à l'aquarelle, mine de plomb et pastel sec.

Je me suis dit : Décidement, la pollinisation, c'est de l'art...

Je me suis dit aussi, le figuier, ça c'est une senteur d'été. Plus verte ou plus fruitée selon les versions, souvent subtilement boisée, cette note savoureuse est une des plus agréables à porter en vacances. En Méditerranée, on ne quitte pas Philosykos, feuilles fraîches, fruit lacté et bois chaud. A la campagne, Premier Figuier est impeccable pour lire sous les arbres. Derniers-nés, Fig Leaf & Sage fleure bon la Provence authentique tandis que Figuier Eden, plus sophistiqué, surprend par un départ désuet, un peu bonbon Vichy. Les plus curieux testeront Figue amère, un joli contraste entre sel et fruit charnu.

Figuier Eden, d'Armani privé, 100 ml, 120 €. Premier Figuier, de L'Artisan parfumeur, 100 ml, 95 €. Philosykos, de Diptyque, 100 ml, 82 €. Fig Leaf & Sage, de Kiehls, 100 ml, 62 €. Figue amère, de Miller Harris, 100 ml, 115 €.

© Virginie Alventosa et Horacio Cassinelli

© Virginie Alventosa et Horacio Cassinelli

Published on August 10 2012

Tanja, 47 ans

Au Montenégro, l'odeur des violettes sous le lichen près de la route qui mène à une plage, celle où se trouvaient les soldats du maréchal Tito. Une odeur aussi puissante que la couleur des fleurs. Je ne les cueillais pas toujours, j'aimais leurs feuilles veloutées. Je crois que je pourrais reconnaître l'arbre où elles se cachaient.

© Jeanne Grimoire

© Jeanne Grimoire

Published on August 7 2012

© Jeanne Grimoire

© Jeanne Grimoire

se demandait Shakespeare. Sans doute dans les parfums, lui répondrait-on.

En septembre, il n'y en aura que pour les fragrances aux noms immaculés. Les Esquimaux ont mille et un mots pour dire le blanc de la neige, pas étonnant que les parfumeurs possèdent autant de notes pour traduire en effluves la couleur virginale.

Certaines créations jouent la surdose de notes cosmétiques - muscs cotonneux, iris et héliotrope chez Courrèges et Lolita Lempicka -, d'autres rappellent le linge propre par des aromates et des bois blonds (Lacoste). Parfois, ce sont les fleurs qui donnent l'air du blanc, comme le muguet, le frangipanier et le gardénia dans l'Absolu de Blaise Mautin. Parfois, c'est la texture même du jus: Lumière blanche ressemble à un sirop d'orgeat (Olfactive Studio).

"On veut du pur, du rassurant, pour conjurer le noir, la crise, la dette", souligne Nathalie Pichard, de TopNotes. Sans doute. Mais on voudrait aussi, encore, pouvoir porter un jour la Cologne blanche (2006) de Dior, ce bijou olfactif hélas aujourd'hui disparu. Et dont tous les épigones de la rentrée sont les héritiers...

Blanc absolu, de Blaise Mautin, 30 ml, 120 €. Blanc de Courrèges, 50 ml, 62 €. L.12.12 Blanc, de Lacoste, 100 ml, 62 €. L'Eau en blanc, de Lolita Lempicka, 50 ml, 69 €. Lumière blanche, d'Olfactive Studio, 50 ml, 80 €.

Published on August 6 2012

Gorbatchev est-il une star ?

Les fantômes de Marilyn et de Grace Kelly sont-ils promis à un bel avenir ? Alain Delon est-il vintage ? Mohamed Ali, parce que son destin le vaut bien ? De quoi Alice Dellal est-elle le nom ? Voilà quelques-unes des questions qu'on pouvait se poser ce lundi 6 août en plongeant dans le Grand Bain de France Inter. Les invités de l'émission : deux publicitaires — l'un l'est toujours, chez Publicis ; l'autre, repenti, enseigne aujourd'hui à Sciences Po — décryptant le phénomène actuel des égéries dans la publicité.

Bientôt un quart des campagnes de communication devraient convoquer une star ou un people. Dans le monde de la mode et du parfum, la plupart des marques se battent pour trouver le visage, le sourire, la personnalité, l'univers auxquels s'associer, et surtout, surtout, la bonne histoire à raconter. Les plus luxueuses ne cherchent plus une actrice ou un sportif. Elles veulent un destin. Quitte à lorgner du côté des fantômes, comme Dior qui met en scène Marilyn, Marlène Dietrich et Grace Kelly. Ou des légendes, comme Mohamed Ali et Mikhaïl Gorbatchev, choisis par Vuitton. Dans cette stratégie de différenciation, Chanel joue sur les deux tableaux: elle fait d'une inconnue, Alice Dellal, la fille à suivre, bad girl qui casse les codes de la mode bourgeoise et qui fait de sa vie sa raison d'être célèbre. Et elle consacre Brad Pitt comme le nouveau visage de son N°5.

Egérie. Celle qui autrefois inspirait les rois et les poètes est convoquée pour redonner un peu de splendeur à un univers devenu extrêmement concurrentiel et terriblement encombré. La mode, bien sûr. Mais le parfum, surtout. Ce "yaourt de Noël", comme le définit en riant Vincent Terrasse, est l'objet de toutes les surenchères quand il s'agit d'offrir sur commande (Saint-Valentin, fête des mères…). Avec son lot de dérives : la fragrance qui s'arrête aussitôt lancée, jetée aux oubliettes si elle ne se vend pas vite et assez. Effluves éphémères qui ne laissent comme traces dans nos mémoires qu'un nom, un lieu ou un état d'esprit. Mais pas de visage, celui de l'égérie, lequel pourtant coûta fort cher (bien plus que la formule chimique qui remplissait le flacon). Et le consommateur de se demander parfois : "Elle était jolie mais... c'était pour qui?"

"Gueules d'amour ! : décryptage des égeries publicitaires", "Le Grand Bain" du 6 août sur France Inter. Une émission de Sonia Devillers, avec Vincent Terrasse, enseignant au département communication de Sciences Po Paris, et Pascal Barragué, deputy general manager (sic) de Publicis 133.