Published on July 24 2013

© Le Pharmacien, reproduction en couleur d’une gravure sur bois de la série des métiers. Imagerie Pellerin, milieu du XXe siècle.

© Le Pharmacien, reproduction en couleur d’une gravure sur bois de la série des métiers. Imagerie Pellerin, milieu du XXe siècle.

Mon pharmacien est un fou de parfums, je viens de l'apprendre. Il parle avec gourmandise de celui qu'il porte en ce moment, Five O'Clock au gingembre, signé Serge Lutens et Chrisopher Sheldrake. Il n'est pas du genre fidèle, mais il ne résiste pas aux créations parfumées de ce tandem artistique – l'un, Lutens, s'attelant à conter de belles histoires de 1001 Nuits, l'autre, Sheldrake (aujourd'hui chez Chanel), à les traduire olfactivement.

Notre amateur d'essences aime aussi Ambre Sultan, Gris clair ou Clair de Musc, et il a eu un coup de foudre pour Féminité du bois, senti sur une femme lors d'une visite au musée. Il s'apprêtait à tenter Borneo 1834 pour la Grèce, en septembre, mais je lui ai suggéré de réserver plutôt ce patchouli corsé à l'un de ses prochains voyages en Asie, cet hiver. Ai-je eu raison ? Peut-être pas... Certains accords donnent le meilleur d'eux-mêmes sous des soleils imprévus.

Published on July 14 2013

© Judith V.

© Judith V.

Premier Figuier, deuxième figuier, troisième figuier... Quand je reçois un parfum qui livre une version inédite (ou pas) de cette note estivale, c'est toujours à Judith que je l'offre. Feuille, fruit, bois, elle apprécie désormais toutes les subtilités olfactives de l'accord ensoleillé. "Philosykos, de Diptyque, je le trouve un peu trop sucré. J'aime bien L'Arbre de la connaissance, de Jovoy, il sent la feuille de figuier quand on la broie, laiteuse, très verte. Premier Figuier, tu m'as toujours connue avec, non ?"

C'est vrai. Le best-seller de L'Artisan Parfumeur (voilà un parfum qui n'est pas près de disparaître !) signe cette naïade des temps modernes depuis que je l'ai rencontrée (douze ans bientôt...). Sa créatrice, Olivia Giacobetti, a cherché à rendre l'effet d'une figue charnue enchâssée dans son feuillage et dans le bois de l'arbre qui la porte. "J'aime le côté nonchalant de ce parfum, confie Judith. En été, tu te fonds dans le paysage. En hiver, tu te fais un shoot de soleil."

Premier Figuier lui rappelle immanquablement la Grèce, les bouffées d'air chaud parfumé qui envahissaient soudainement, la nuit, les ruelles des villages d'Eubée, en mer Egée, où elle séjournait l'été, enfant, puis ado. "Les figues, là-bas, j'en ai mangé des quintaux !" Ce parfum lui évoque aussi le long périple qui se répétait chaque année, depuis la fin de la dictature, pour se rendre sur l'île. "On descendait en bagnole par l'Italie, se souvient-elle. On prenait le bateau, on faisait un grand tour des sites du Péloponèse et au retour on s'arrêtait toujours à Athènes, chez le parrain de ma mère."

Aujourd'hui, Judith a grandi, mais ses étés sont toujours grecs, cette année Nauplie et Naxos. "Je rêve d'un tatouage en forme de feuille de figuier", ajoute-t-elle comme pour mieux inscrire encore dans sa chair cette note olfactive qu'elle affectionne.