Published on December 31 2013

Artisanat des Indiens Shipibo, Pérou

Artisanat des Indiens Shipibo, Pérou

Le vétiver à Haïti. C'est avec cette essence boisée, toujours très facettée (puissante, presque fumée, parfois cacahuète…), que Givaudan conclut son septième partenariat dans le commerce équitable. Après le benjoin au Laos (utilisé dans Candy, de Prada) ou la lavande de Provence, la société de parfum pérennise son engagement et l'assurance d'une qualité exceptionnelle de ses matières premières naturelles.

Comme en écho à ces préoccupations aujourd'hui, vient de paraître Rêver un autre monde, une BD racontant les aventures olfactives, sur l'île de Sumatra ou dans les zones désertiques de Namibie, du "sourceur" Stéphane Piquart. Le fondateur de Behave est un baroudeur bien sympathique. Sa société de matières premières, respectueuse autant de l'environnement que des populations qui récoltent les plantes à essences, s'engage à produire des matériaux olfactifs plus durables et plus justes : le patchouli d'Indonésie, une essence issue des feuilles qui ne peut être reproduite par la synthèse, la myrrhe des Himbas de Namibie ou la chandelle des Bushmen, un arbuste aux magnifiques fleurs blanches qui pousse dans les zones désertiques et dont les rameaux sont recouverts d'une cire odorante permettant à la plante de résister aux climats extrêmes.

Hélas, et malgré le beau projet de Behave (et le dessin de Jef Martinez), la trame narrative de cet album est inexistante, le sens de la mise en scène réduit à zéro. Dommage aussi que cet ouvrage, 25 pages seulement, soit à ce point truffé de fautes d'orthographe ! On retiendra néanmoins de cette BD la découverte du piri piri, un roseau qui pousse sur le bord des rivières et auquel les Indiens Shipibo au Pérou attribuent des propriétés magiques. Cette plante, "visionnaire" pour les chamans du coin, nourrit entre autres l'imagination et l'artisanat des femmes Shipibos. A suivre bientôt, dans un post sur les parfums fétiches et le pouvoir de ces essences ensorceleuses !

En attendant, bon réveillon à tous et à l'année prochaine sur Paroles d'Odeurs !

Rêver un autre monde, à commander sur le site Cœur de forêt, 10 € la version papier, 5 € la version électronique.

Published on December 18 2013

© Crezan

© Crezan

En 2013, Vol de Nuit fête ses 80 ans en grandes pompes. Guerlain rhabille pour l'occasion d'une fine pellicule d'or quelques dizaines de flacons vintage. Pièces de luxe réalisées dans la plus pure tradition de l'orfèvrerie française, ces précieuses bouteilles renferment quelques millilitres (56, une contenance très rare) du parfum racé que Guerlain imagina en 1933 en hommage à Saint-Exupéry. Lancé un an après En Avion, son alter ego chez Caron, Vol de Nuit séduit toujours les filles de l'air.

Louise, 42 ans

Vol de Nuit, 1998. Je vis à Belgrade, et je vais me marier. Cet hiver-là, il gèle, je prends souvent des bains comme Ariane dans "Belle du Seigneur". J'aime bien m'envelopper dans le sillage chaleureux de ce Guerlain pas comme les autres — bois, baumes, fleurs, vanille, parfait lorsque le thermomètre dégringole.
Pour moi, un parfum, c'est un climat, et Vol de Nuit, il reste magnifiquement associé à cet exil, à l'espérance, à l'amour, à l'engagement. J'aime bien le ressentir de temps en temps, il est élégant c'est vrai, mais ce n'est plus moi, je ne pourrai plus jamais le porter, ça, c'est sûr...

Vol de Nuit, de Guerlain. Edition numérotée, 46 pièces. Extrait, 56 ml, 6 500 euros. En eau de parfum, 93 ml, 85 euros env. Extrait, 30 ml, 270 euros env.

Published on December 12 2013

© Jean Patou

© Jean Patou

Le parfum de Babylone existe, il s'appelle Chaldée. J'ai senti pour la première fois sa fragrance ensoleillée en 1996 à mille lieues du Tigre et de l'Euphrate, dans une petite parfumerie derrière les remparts de Saint-Malo. L'Huile de Chaldée que je découvrais devait son sillage estival au parfum du même nom, signé Henri Alméras pour Jean Patou en 1927. Hélas, Chaldée et son Huile disparurent avec le nouveau siècle (et le rachat de la maison par le lessivier Procter & Gamble en 2001), au grand dam de ses aficionados.

Mais Patou n'avait pas dit son dernier mot. Ce "bel endormi" comme l'appelait l'écrivain Denyse Beaulieu, dépoussière aujourd'hui ses classiques (Joy Forever, pour les jeunes Américaines d'aujourd'hui) et fait le pari de relancer ses parfums oubliés. Les premiers à faire leur comme-back ? l'Eau de Patou (1976), Patou pour Homme (1980), et Chaldée donc – "un accord Origan surdosé en absolu de narcisse" dixit Thomas Fontaine, le nouveau parfumeur maison. Les initiés apprécieront ! Puisant dans son exceptionnel patrimoine olfactif, la vénérable maison, qui fêtera ses 100 ans en 2014, prévoit de ressortir une douzaine de disparus au sein d'une nouvelle collection, baptisée "Héritage".

Pour orchestrer ce revival olfactif, Thomas Fontaine a travaillé à la manière d'un archéologue. Refaire les parfums au plus près a nécessité un "travail de recherche épouvantable", dit-il. Il lui a d'abord fallu mettre la main sur les formules, retrouver de vieux produits ("le traitement des matières premières a beaucoup évolué"), dénicher des remplaçantes aux molécules disparues, faire fabriquer à nouveau des "bases" anciennes. Tout en tenant compte des contraintes légales concernant les potentiels allergènes dont sont truffées les essences naturelles.

Le "nez" a également beaucoup sollicité le "réseau grassois", ces parfumeurs en retraite qui donnent volontiers un coup de main aux amateurs de sillages vintage. "Jean Kerléo aussi m'a beaucoup aidé", admet Thomas Fontaine. Parfumeur exclusif de Patou pendant trente ans, Jean Kerléo a créé deux grands piliers olfactifs de la maison: le chypre 1000, en 1972, et Sublime, un oriental très opulent lancé en 1992, à contrepied des parfums transparents de l'époque. Le troisième grand jus de la maison (ou plutôt le premier), c'est Joy, évidemment, le fameux "parfum le plus cher du monde" que le couturier en personne avait offert en 1930 à ses clientes américaines ruinées par la crise. La maison a longtemps créé ses parfums en lien étroit avec les bouleversements de la société : en 1936, Vacances célèbre les victoires du Front pop' et les premiers congés payés ; dix ans plus tard, L'Heure Attendue flotte comme un parfum de Libération. Suivront Câline et Nouvelle Vague dans les sixties. Bref, une cinquantaine de parfums lancés en un siècle !

Après le départ de Kerléo, tombée dans le giron de Procter & Gamble, Patou était devenu une griffe de niche malgré lui, et malgré aussi la présence du talentueux Jean-Michel Duriez qui y officiait comme nez. Racheté en 2012 par un groupe familial (Designer Parfum, qui possède aussi la marque Worth), Patou est aujourd'hui prêt à redevenir la maison de luxe d'antan. Il a commencé par rapatrier dans l'Hexagone toute la production et la fabrication de ses jus. "Aujourd'hui, même notre égérie est made in France", s'amuse Bruno Cottard, le vice-président de Patou. La maison est aussi l'une des rares, avec Chanel, à posséder encore des champs de rose et de jasmin à Grasse.

A l'heure où certaines marques tirent un trait sur certaines de leurs fragrances, le pari de faire du neuf avec du vieux nous semble fort prometteur. La preuve ? Hermès lui aussi communique à nouveau sur ses classiques comme Bel Ami ou Calèche, en leur offrant de nouveaux flacons. Avec Chaldée et ses deux acolytes, la maison Patou annonce son retour en fanfare dans la cour des grands.

Chaldée, de Jean Patou. Eau de parfum, collection "Héritage", 180 euros les 100 ml. Mêmes tarifs pour l'Eau de Patou et Patou pour Homme.

  • A noter : dans la semaine du 16 au 20 décembre, France 2 diffusera des reportages sur les maisons Patou, Lubin et Guerlain dans son JT de 13 heures.

Published on #Tocade

Published on December 3 2013

© Lubin

© Lubin

Il y a des "nez" que l'on tarde à rencontrer, des marques que l'on débusque longtemps après leurs débuts, et soudain on se demande pourquoi. Comme fin octobre, ce rendez-vous pris avec Gilles Thévenin, au cœur des Halles, pour découvrir Lubin. Le monsieur, entré en 1987 chez Guerlain — "à l'époque où travailler à l'export, c'était un peu James Bond" – ", a repris la marque bicentenaire Lubin pour en faire un label de choix parmi ce qu'on appelle la "niche". "Guerlain, c'est mon creuset, c'est là qu'on m'a forgé. J'y ai reçu une véritable éducation olfactive, avec des perspectives artistiques et une ouverture au monde."

Ce diplômé de l'Essec, 55 ans, ne s'est pas contenté de choisir parmi les meilleurs parfumeurs indépendants pour faire revivre la vénérable maison, née en 1798. Capable d'asperger sa grosse paluche d'un vétiver et de la plaquer en riant contre son visage comme pour la dévorer, demandant à ce qu'on éloigne le pot à sucre du café pour "ne pas être tenté", c'est un bon vivant et érudit, passionné de parfum. Il vous apprendra, entre autres, l'origine du mot "toilette" — ces carrés de toile parfumés qu'on plaçait dans les piles de vêtements — ou que les aldéhydes peuvent, avec le temps, faire tourner un parfum au vinaigre !

"Pour installer les bureaux de Lubin en 2006, je cherchais un 80 m2 près du Palais Royal, et on se retrouve dans 130 m2 aux Halles !" Lorsqu'il est entré dans les lieux, il a eu un "drôle de feeling". L'historienne Elisabeth de Feydeau lui a vite expliqué pourquoi : c'est ici, précisément, au 1 rue du Roule, que se trouvait le prestigieux atelier du parfumeur de la Cour royale, Jean-Louis Fargeon, dont le jeune Pierre François Lubin était l'élève il y a plus de deux cents ans ! Très vite, Lubin devint le parfumeur de l'Empire, parfumant aussi bien Joséphine que Pauline Borghèse, la sœur de Bonaparte. Aujourd'hui, l'Eau de Lubin, créée en 1798, est toujours vendue par la maison. Revue et corrigée évidemment. "La formule originale, c'est la prison tout de suite !" s'amuse Gilles Thévenin. Même si le débat autour des allergènes à Bruxelles l'agace un peu : "Les gens qui ne supportent pas l'alcool ne boivent pas de whisky !"

Autour du plus ancien sillage de la maison, on trouve une quinzaine d'autres parfums, pures créations ou variations autour des formules originales. Idole a été entièrement revisité par Olivia Giacobetti ("la formule de 1962 n'était pas passionnante", dit Gilles Thévenin). Nuit de Longchamp (1934), Gin Fizz, créé en 1955 en hommage à Grace Kelly, ou L, un Lubin des seventies qui rappelle Dioressence, ont été restaurés comme des joyaux par Thomas Fontaine et Lucien Ferrero. L'impeccable Black Jade cartonne aux Etats-Unis (où Lubin possède 100 points de vente, deux fois moins qu'en Italie, mais deux fois plus qu'en France). A leurs côtés, une collection de "talismans olfactifs" formulés par la jeune Delphine Thierry. Ah, Akkad, cette ambre veloutée inspirée de Sargon, le premier empereur de Mésopotamie !

Mais si on aime les formules de Lubin, aïe question flacons ! Presque tous différents, ils font que l'on s'y perd ; certains font même peur avec leur bec de toucan en guise de bouchon. Ceux en verre gravé sont bien plus élégants. Quoi qu'il en soit, cette découverte tardive (Lubin aura dix ans au printemps 2014) me donne très envie de rencontrer Olivia Giacobetti, qui a imaginé la nouvelle version d'Idole, et dont l'imaginaire me touche tant : c'est à elle qu'on doit l'entrée en parfumerie de la note figuier dans les années 1970 (Philosykos, Premier Figuier), le merveilleux Safran troublant de L'Artisan Parfumeur et les jus bio d'Honoré des Prés. A suivre ?

Lubin, 21, rue des Canettes, Paris 6e.

Pour découvrir l'Eau Baptiste, l'Ether ou l'Eau Juste, parmi les 12 parfums lancés en 2003 par Olivia Giacobetti sous le nom de Iunx (dans une vaste et belle boutique rue de Grenelle, hélas disparue depuis), rendez-vous à la boutique de l'Hôtel Costes, 239-241, rue Saint-Honoré, Paris 1er.