Published on January 30 2014

© DR

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Je n'aime pas Mûre et Musc. Ni ses fruits grinçants, ni son overdose de molécules douillettes qui m'étouffent sans m'envelopper. Cela me vaut régulièrement quelque dispute avec ses fans. Et ils sont nombreux ! Car ce jus de L'Artisan Parfumeur marche, et, même mieux, cartonne. "Un parfum fédérateur, disait son créateur, Jean-François Laporte. Il plaît autant à la jeune fille de 15 ans qu'à la femme de 60." Entre les deux, il y a Natacha, qui a fait de ce best-seller l'un de ses sillages de chevet.

Jamais sans ma mûre ! Oui... Et je l'adore, mon Mûre et Musc — en version Extrême, je précise. Certains le détestent au point d'accabler d'un «s» supplémentaire son tendre lit musqué. Pas de quartier, il nous passionne ou nous fait fuir (phénomène rare) et ça, ça me plaît bien. Je demande tout de même un vote : les amoureux de Mûre et Musc, contre les réfractaires.
Comment expliquer cette inébranlable passion qui me lie à lui ? No sé. Et je ne cherche pas. Un parcours psychanalytique ? Pas envie. Nous nous sommes acoquinés il y a dix ans déjà, et il provoque toujours en moi ce même effet réconfortant et joyeux. Peut-être est-ce l'amour... Sans doute. Fraîcheur et douceur enveloppante. Sûrement. Entre nous, c'est fusionnel et animal. N'en déplaise à… Bien sûr que je lui suis infidèle, mais jamais loin de son joli flacon.

Published on January 28 2014

© Meadham Kirchhoff

© Meadham Kirchhoff

Il caillait à Paris jeudi dernier lorsque j'ai découvert Tralala dans les salons feutrés de l'Hôtel Castille. Je ne connaissais rien du duo de mode franco-britannique Meadham Kirchhoff qui avait inspiré cette nouvelle fragrance. En revanche, je connaissais un peu la maison Penhaligon's qui orchestrait le projet : mon père met Sartorial, inspiré de l'univers des tailleurs de Savile Row, à Londres, et ma petite sœur porte très bien le bel ambré Cornubia que je lui ai offert il y a quelques années. Mais celui que je connaissais mieux encore, c'est Bertrand Duchaufour, le "nez" de Tralala, l'un de mes maîtres à sentir (aïe, il va détester… ;), qui travaille pour tout ce qui compte dans la belle parfumerie aujourd'hui.

Edward Meadham et Benjamin Kirchhoff savaient très bien de qu'ils voulaient. Collectionneurs de vieux Coty, Guerlain, Chanel, ces créateurs qui se sont rencontrés sur les bancs de la Central Saint Martin souhaitaient un parfum nostalgique et un peu suranné pour embaumer leurs défilés. Un mix de parfumerie très française des années 20, aux notes ambrées et poudrées, et d'accords anglais traditionnels pour escorter sur les podiums leurs broderies main, dentelles fines et cuirs déjantés.

Je dois vous l'avouer, j'adore Tralala. Ce cuir poudré a demandé un an de travail à Bertrand Duchaufour. Son nom parfait marche aussi bien en français qu'en anglais, et son overdose de baumes et d'encens fait de lui un parfum de peau par excellence : "9% en pur de résinoïde, c'est monumental !, s'exclame Bertrand Duchaufour. J'ai dû baisser l'opoponax, je n'étais pas conforme à l'IFRA." Il n'a pas lésiné non plus sur les aldéhydes, qui liftent la composition, depuis les feuilles de violette et le safran, en tête, jusqu'au fond boisé et vanillé. En tête aussi, du davana, bien sûr, la matière première fétiche de Duchaufour, qui apporte une touche liquoreuse au jus. "Pas un parfum sans en mettre", nous confiait-il déjà en 2008 (Plaisirs de Parfums, avec Coco Tassel). "Aujourd'hui pour s'imposer dans la niche, il faut être original, tenace, diffusif et... qualitatif bien sûr !", ajoute le parfumeur. Tralala réunit tout cela, et bien plus encore. Il donne envie d'être porté, tout simplement. Encore et encore…

Tralala, de Penhaligon's. 175 € les 100 ml. En vente à partir du 5 mai.

Published on #Tocade

Published on January 23 2014

© NinaNina

© NinaNina

Dans un numéro de la revue Iconofly, en 2008, Jean-Claude Ellena se souvenait d'une amie qui ne voyageait jamais en avion sans une petite fiole de parfum dans son sac. Une "amulette olfactive qu'elle portait à son nez au décollage comme à l'atterrissage", expliquait le parfumeur d'Hermès.

Fétichisé dans l'espace-temps chaotique du voyage, le parfum envisagé comme lien, charnel et/ou spirituel, avec un univers familier devient encore plus essentiel en période de crise. C'est du moins ce que suggère la chasseuse de tendances Li Edelkoort, qui affirme même que notre besoin de nouer des liens en tout genre ("jusqu'au bondage ou à la camisole") remonterait à la naissance, à ce traumatisme du cordon que l'on coupe. On aime Feitiço, le parfum qu'elle a commandé, le temps d'une expo, à l'insolite Barnabé Fillion (mi-"nez" mi-porte-manteau, formé à la phyto et à l'aromathérapie). La senteur fétiche raconte un corps-à corps entre une myrrhe obscure et un cuir épicé de safran et de réglisse…

Pour se sentir connectés à la terre comme au ciel, les héritiers des beatniks de Kerouac et Ginsberg pourraient bien s'éprendre, eux, de Shaman, de Jardins d'écrivains. Inspirée des chamans des déserts de Californie qui utilisaient l'aromate pour ses vertus purificatrices, cette fumigation de sauge blanche vise à éloigner les énergies maussades en brûlant de petites feuilles recroquevillées à la peau de velours. L'effet est, euh… vivifiant ! Interdit dans l'avion, mais pourquoi pas dans le salon…

Published on #En Avion

Published on January 8 2014

© Louise Watson

© Louise Watson

Tombée sur cette pub dans le catalogue Noël du Drugstore Publicis. Pas senti, mais Inodorous (c'est le nom de ce spray "anti-odeurs vêtements et tiroirs") m'évoque les gentils vœux d'un lecteur, m'encourageant à poursuivre mon blog pour conjurer un peu "le miasme et la pestilence, au sens propre de l'olfaction comme au sens figuré (tout ce qui dans les affaires humaines, pour faire court, ne sent pas bon !)", qui nous pendent au nez en 2014 (Bonne Année, au fait !).

Alors, une bonne claque aux petites mauvaises odeurs pour commencer l'année ? l'idée est dans l'air. Côté parfum, ça se radicalise. La nouvelle Laine de Verre de Serge Lutens nous gifle les narines en mimant des "éclats de verre dans une pelote de mohair". Le parfumeur délaisse parfois les fleurs, épices et bois confits qu'il affectionne pour imaginer des "contrepoints olfactifs" à ses jus sophistiqués — fluide glacial ou appel d'air pour protester contre la mauvaise ambiance ou le trop-plein d'effluves. Laine de Verre joue les aldéhydes métalliques contre les muscs douillets ; le combat est âpre mais l'issue heureuse. Une eau tranchante, d'accord, mais douce dans le fond. C'est l'hiver quand même...

Laine de Verre, de Serge Lutens, 75 euros les 50 ml; 105 euros les 100 ml.

Inodorous, 7,95 dollars la bouteille. En vente sur www.odorjustice.com