Published on April 29 2014

© "L'Italienne à Alger" de Rossini. Mise en scène Andrei Serban.

© "L'Italienne à Alger" de Rossini. Mise en scène Andrei Serban.

Dans Libé, le 18 avril, une petite annonce a attiré mon attention.

De passage à Paris, j'ai deux places pour un opéra de Rossini le 21 avril à l'Opéra Garnier. J'invite une inconnue à partager ce spectacle. J'aime l'idée de laisser faire le hasard. Si cette idée vous plaît aussi, retrouvons-nous en bas des marches du grand escalier.

Pas d'humeur à jouer les Sophie Calle ces temps-ci, mais follement intriguée par cette entreprise poétique signée d'une simple adresse mail, j'envoie un message à l'inconnu deux jours plus tard : comment vous y prendrez-vous pour gérer la douzaine de femmes en robe de soirée qui ne manqueront pas de se presser aux marches du palais ? lui demandai-je. Et sinon, vous envisagez d'écrire un roman ?...

Aucun risque, me répond le monsieur un peu plus tard: il a précisément laissé son adresse mail pour arranger l'affaire en toute discrétion (suis-je bête…). Pas de projet artistique, sinon. Evidemment, une inconnue s'est déjà déclarée, sans quoi il m'aurait volontiers proposé de l'accompagner.

Le croirez-vous ? quelques heures après, la première élue… s'est décommandée ! Une histoire de baby-sitter qui lui a fait faux bond... Voilà comment je me suis retrouvée, lundi de Pâques, à Garnier, en compagnie de François, installé en Guadeloupe depuis vingt ans et en vacances dans la métropole. La mise en scène irrésistible de L'Italienne à Alger nous a charmés tous les deux, où l'on croise un sultan de pacotille, une Elvira rusée, un amant stupide, des zèbres, un gorille et des flamants roses, et des fesses à l'air de poupées plongées dans un bassin en plexiglas…

Plus tard, au souper dans la brasserie du coin, ce passionné de voile dont c'était le premier opéra m'a parlé du parfums des mers, qui porte en lui celui de la terre et des chairs. Merci, François !

Près d'une côte, sous le vent de l'île, tu peux sentir l'odeur de la terre, de l'humus, un ou deux jours avant d'arriver, surtout s'il a plu ou s'il fait humide, ce qui est souvent le cas en Guadeloupe, même à la saison sèche.
En mer, quand tu croises une baleine ou des dauphins, de nuit, tu ne vois pas la bête, mais tu passes à 20 ou 30 mètres d'elle, et tu la sens. Pareil pour les bancs de poissons volants, qui peuvent planer à la surface de l'eau sur une dizaine de mètres. Certains, parfois, ratent leur vol et s'écrasent sur le pont du bateau. Le cordage pue la sardine pendant des jours !

Published on April 24 2014

© "Panthère noire sur un arbre", Paul Jouve, vers 1927

© "Panthère noire sur un arbre", Paul Jouve, vers 1927

Le saviez-vous ? La cave à thés la plus vaste du monde se trouve... à Paris. A deux pas des arènes de Lutèce, à l'angle de la rue Gracieuse et de la place Monge, Iza et moi poussons la porte de La Maison des trois thés. Dans ce lieu zen bardé de plantes vertes, les thés conservés dans des cylindres métalliques s'affichent fièrement sur les murs en briques apparentes. Nous venons déguster quelques-unes des 1000 références disponibles, chinoises pour la plupart.

Ici, on n'est pas dans une cérémonie à la japonaise, où les gestes sont extrêmement codifiés, mais dans une véritable dégustation, qui souligne la qualité du produit. "Les terroirs du thé sont encore plus complexes que ceux des vins, nous explique-t-on. Certains millésimes sont de véritables voyages à travers le temps." On y goûte donc les puerh, ces thés millésimés qui se bonifient en vieillissant. Le cru le plus ancien date de… 1890 ! Ils peuvent avoir de sombres accents torréfiés, de fruits secs, pruneaux, cacahuète, ou exhaler des notes de sous-bois, de feuillage humide. Ces nectars valent parfois des fortunes: en 2013, un puerh de plus de 80 ans a été adjugé pour 1,25 million d'euros les 2,1 kilos— soit près de 600 euros le gramme !

Iza et moi passons plus de deux heures à papoter derrière les grandes baies vitrées en jouant à la dînette sans voir le temps passer. Car il faut se familiariser au bon usage des ustensiles (pas simple...) (pour moi ;). Sur un plateau, à côté de la bouilloire qui siffle, trois tasses, deux grès différents pour hydrater les feuilles ou les infuser, une porcelaine fine pour déguster ou simplement humer le breuvage !

Le monde du luxe n'est pas insensible à ces arômes précieux. En 2013, chez Cartier, la spécialiste Lydia Gautier et la parfumeuse Mathilde Laurent ont orchestré ensemble une conférence sur les correspondances entre le thé et le parfum. "Je me souviens d'un puerh mûr qui développait des notes animales que j'associe à La Panthère, le nouveau parfum de la maison", confiait Mathilde Laurent à Paris Match début avril. Ca tombe bien. Pour Paroles d'Odeurs, la féline Dorothée, 43 ans, a porté pendant quelques jours cette Panthère indolente aux griffes acérées.

J’ai testé La Panthère, de Cartier. Pas le genre de parfum que j’aurais eu l’idée d’essayer : Cartier, panthère, boîte dorée et flacon opulent, ce côté bourgeoise, ce n’était pas trop mon truc. Juste avant, je portais Tabac Blond, qui m’évoque plutôt le contraire : un parfum qui a su rester jeune depuis 1920, parce que sa jeunesse n’est pas la fraîcheur légère et inconsistante des parfums pour midinette; parce qu’il est aussi sophistiqué, comme une vieille malle en cuir, qui garde sa dignité malgré l’usure du temps. Quelque chose qui m’évoque à la fois le luxe et la poussière, un charme canaille et suranné.
La Panthère, ça faisait cougar, un peu. Mais après tout, peut-être que c’est de mon âge ? Bref, sceptique, j’essaye. Au début, j’avais un rhume et l’odorat en carafe. Au bout de 24 heures, j’avais perdu totalement le goût et l’odorat. Etrangement, la seule odeur que je sentais, c’était La Panthère. Et c’est là que j'ai commencé à l’apprécier, justement. Ce jour-là, malgré mes cernes, mes traits tirés, mon look banal et sans attraits, j’ai eu comme l’impression d’être bien habillée, je flottais dans une sensation de richesse capiteuse et animale : un peu comme si je dissimulais mes basiques défraîchis sous un somptueux manteau de fourrure. Et cette senteur, qui seule parvenait à mon cerveau embrumé par le rhume, m’apparaissait comme une couleur éclatante dans un monde en noir et blanc.
Au bout de quelques jours, le rhume s’est atténué, les odeurs sont revenues et La Panthère s’est mise en retrait. Trop cossue pour moi, trop clinquante peut-être : je ne suis pas crédible en manteau de fourrure. Mais le temps d’un flacon, j'ai trouvé plutôt amusant de me travestir en une femme que je ne suis pas.

Maison des trois thés, 1, rue Saint-Médard, Paris 5e. Sur réservation de préférence au 01-43-36-93-84.

La Panthère, de Cartier. 30 ml, 59 €; 50 ml, 84 €; 75 ml, 105,50 €.

Published on April 15 2014

© Cléopâtre

© Cléopâtre

Une de mes bonnes résolutions 2014 ? demander à de belles plumes de répondre à 3 questions sur le parfum. Depuis sa création, Paroles d'Odeurs a toujours su que les écrivains avaient leur mot à dire en matière olfactive. Yves Michaud (dernier ouvrage paru : Le Nouveau Luxe, Stock) m'a parlé de la cueillette des olives à Ibiza, Emmanuelle Bayamack-Tam (Si tout n'a pas péri avec mon innocence, POL) de sa fidélité à Parfum Sacré. Aujourd'hui, ce sont deux femmes de lettres qui ont accepté de se prêter au jeu des 3 questions. Un format un peu frustrant, finalement. On aimerait bien en savoir davantage…

La première, Dominique Paquet est philosophe et dramaturge ; elle vient de publier La Beauté (Gallimard), un beau livre sur le sujet qui recense 5 000 ans de pratiques savantes pour soigner et embellir le corps.

- Une odeur d'enfance ? L'odeur de l'amidon.
- Un parfum pour un voyage ? Du chardon bleu des sables.
- Un sillage de chevet ? Grey Flannel, de Geoffrey Beene.

La seconde, Maylis de Kerangal, est romancière. Son dernier livre, Réparer les vivants (Gallimard), a raflé toutes les récompenses littéraires de la saison (Grand Prix RTL-Lire, Roman des étudiants France Culture-Télérama…). Depuis Dans les Rapides et Corniche Kennedy jusqu'à Naissance d'un pont, j'aime plonger comme en apnée dans son écriture dense et légère à la fois. Voici ses réponses:

- Une odeur d'enfance ? La colle blanche en pot Cléopâtre et son odeur d'amande.
- Un parfum pour un voyage ? L'odeur du goudron chaud sous le soleil après l'orage.
- Un sillage de chevet ? Le parfum du lilas.

Published on April 6 2014

© Le Bénéfique

© Le Bénéfique

Hier se tenait, rue des Taillandiers, à Paris, la 2e édition de l'Olfactorama, grand prix annuel organisé par mes confrères blogueurs parfum. Dans une ambiance surchauffée, le surprenant Mito, de Vero Profumo, a une nouvelle fois été distingué, par le Prix de l'Enthousiasme cette année. Quel bon choix ! Revisité en 2013 sous la forme d'un "voile d'extrait", Mito ressemble à un petit pois frais, vert et croquant, écossé au pays des fleurs blanches. A s'offrir chez Marie Antoinette ou Jovoy pour fêter l'arrivée du printemps.

Ce week-end, c'est aussi au Salon 1.618 qu'il fallait être pour causer luxe, saveurs et développement durable. J'ai été charmée par la maison Thiercelin, une entreprise familiale qui depuis plus de deux siècles commercialise des "trésors botaniques alimentaires" — notamment le safran, que la marque sublime en caramels et calissons, mais aussi des mélanges d'épices (un curry 1001 nuits, qui dit mieux ?) et une multitude de poivres, dont un nommé Timut, venu du Népal, dit aussi poivre pamplemousse. "Fabuleux avec le homard et la langoustine", dit la fiche technique. Comme une envie de passer en cuisine, moi ;)

Charmée aussi par Le Bénéfique, une nouvelle petite marque bio de "tisanes en tige", qui ne nécessite ni cuillère ni théière (photo). Lavande, sauge, thym, tilleul infusent leurs bienfaits directement dans l'eau chaude. A déguster dans une tasse transparente (la fleur de lavande infusée a une couleur bleu intense !) pour apprécier, autant avec l'œil qu'avec le nez et le palais, les qualités de ces plantes sauvages, cueillies à la main par les peuples nomades d'Anatolie. De quoi vite guérir le rhume qui malmène tous mes sens depuis jeudi !