Published on October 21 2014

© Manara

© Manara

"Je l'aime bien, mais il ne tient pas..." C'est fou combien ce reproche est dans l'air du temps ! Mais n'accuse-t-on pas à tort les parfums de manquer de tenue alors qu'ils se contentent de jouer leur propre partition ?

Certains jus qui séduisent au premier coup de nez s'avèrent décevants au fil du temps. La faute, souvent, aux muscs blancs ou aux bois ambrés dont peuvent abuser les parfumeurs sous la pression des marques exigeant des sillages toujours plus tenaces. La faute également au consommateur, qui en veut (lui aussi toujours plus) pour son argent. Ces parfums-là, on les oublie au fond de leur flacon...

Quant aux autres, un conseil : apprenez à les aimer tels qu'ils sont — sinon changez-en ! Car le caractère d'un parfum, ce n'est pas (que) les notes qu'il dégage durant les douze premières secondes. Mais bel et bien une architecture savamment élaborée que lui dicte sa formule. Imaginez un grand arbre plein de fleurs, de feuilles et de fruits, une plante dont les ramifications ne tiendraient pas le même langage des racines jusqu'aux cimes. C'est cela, un parfum, un être vivant qui se raconte une histoire au plus profond de votre être: sur la peau.

Published on October 13 2014

Y a pas photo

Mea culpa. Pas une seule ligne sur Olfactive Studio dans mes 100 Questions sur le parfum. Pour tout vous dire, je lui en avais consacré une entière, de question, à cette petite marque née de la rencontre entre le parfum et la photographie. Sur le mode "A quoi ressemble le premier jus 2.0". Un peu anecdotique, me fit-on remarquer un jour. En même temps, les anecdotes, c'est le principe de ce livre, non ? J'ai ôté la question, un peu à contrecœur, et puis j'ai oublié d'y faire référence ailleurs, à propos des correspondances entre les arts et le parfum par exemple…

Déjà à l'époque de son lancement, en septembre 2011, le rendez-vous avait été manqué. Le premier numéro de M sortait une semaine après les Next, Cosmo, Marie Claire et autres du mois d'octobre. Olfactive Studio était partout ! Pas question d'en rajouter en écrivant une ligne dessus, m'avait-on sèchement objecté... Mea maxima culpa donc.

L'ŒIL ET LE NEZ

Le projet de cette jeune maison avait de quoi séduire : Olfactive Studio, première marque de parfum collaborative née sur Internet, naissait d'un dialogue entre l'œil et le nez. Pendant un an et demi, sa créatrice, Céline Verleure (une ex de L'Oréal, rompue au jeu marketing), a partagé avec ses 5000 fans sur Facebook les différentes étapes de l'élaboration de ses premières fragrances. Depuis le nom, le thème et la charte graphique jusqu'au lancement des jus, en passant par les séances d'évaluation avec les parfumeurs ou les rendez-vous avec les verriers, tout a été scrupuleusement raconté au jour le jour sur le mur de la page Le blog du parfum qui n'existe pas (encore!).

Parfum 2.0, vraiment ? Mais oui ! Les internautes étaient invités à poster des idées. Certains ont suggéré un parfum qui sublimerait notre propre odeur ; d'autres de lancer des talcs, des concrètes, des huiles, des crèmes… Quelques-uns se faisaient une idée bien précise des accords qu'ils auraient voulu sentir: "Je pensais à un parfum composé autour du tilleul, accompagné d'aubépines (pour ajouter un côté rosé, mais plus rond que la rose elle-même), avec de la menthe froissée en tête, en touche très légère. Et un fond un peu miellé, avec un absolu de cire d'abeille par exemple, mêlé à la mousse de chêne."

IMBROGLIO JURIDIQUE

Depuis le premier trio parfumé d'Olfactive Studio (Autoportrait, Chambre Noire et Still Life), trois autres opus ont vu le jour : Lumière Blanche, Flash Back et — osera-t-on le nommer tellement sa réputation est déjà sulfureuse ? — Ombre Indigo. En France, pour l'instant, ce nouveau venu ne peut exister qu'en bougie ; sa version eau de parfum n'est disponible qu'à l'international suite à un imbroglio juridique avec la marque propriétaire du nom Ombre Rose, un très beau fleuri poudré lancé en…1981 ! Dommage : deux jolis sillages ne devraient pas avoir à se faire de l'ombre ;)

En tout cas, y a pas photo : l'élégance du concept et le succès bien mérité d'Olfactive Studio ont séduit le Comité Joséphine, dont j'ai l'honneur de faire partie aux côtés d'autres journalistes comme Lionel Paillès ou Laurence Férat. Les critères d'admission à ce nouveau club très privé de la parfumerie ? faire la preuve de sa qualité : être rare (pas vendue à tous les coins de rue), de belle facture (univers visuel, flacons, packaging) et made in France bien sûr (à 80 % au moins, et pas conditionnée n'importe comment s'il vous plaît !). Attention, les "experts" de Joséphine veillent — histoire de donner de la voix à la belle parfumerie, et de faire rentrer à la niche ce qui n'aurait jamais dû en sortir.

Published on #Tocade

Published on October 8 2014

100% parfum

Un matin de février 2013, alors que je cuve mon jetlag asiatique annuel, je reçois un coup de fil comme il n'en existe que dans les bouquins de Paul Auster. "Ici les Editions La Boétie. Un “100 questions sur le parfum”, ça vous tenterait ? A rendre en août, pour une sortie du livre à Noël. Dans les 200 000 signes... Vous connaissez le sujet, faites-nous en partager l'aspect croustillant !"

100 ? Oh la la, ça fait beaucoup, nan ? On peut pas dire 50 seulement ? Ah, c'est une collection qui s'intitule "100 questions sur" (Napoléon, la phytothérapie, les francs-maçons...). Evidemment... Pour août, vous êtes sûr ?!

Le manuscrit sera finalement rendu le 15 octobre. Sortie initialement prévue pour la Saint-Valentin 2014, puis repoussée à l'automne afin d'être être en vue à Noël. Nous y voilà, donc: 100 questions sur le parfum sort demain en librairie !

J'ai porté ce bouquin huit mois de ma vie comme on porte un bébé, tantôt inquiète tantôt exaltée. Toujours dans le doute, à bout de bras et le nez de guidon. Avec de longues semaines entières de paralysie de la plume. J'ai voulu me surprendre, apprendre de nouvelles choses, rencontrer du monde, faire le point sur les grands enjeux de la parfumerie.

Je suis partie des questions de mes amis: ça existe, un parfum de blonde ? y en a encore, des parfums naturels ? C'est quoi, les muscs blancs ? Et puis j'ai voulu élargir la question. Le parfum, ça commence dès qu'on sent, non ? Et l'odorat, ça marche comment ? Pourquoi les sillages ont-ils ce don de nous remémorer en un instant des souvenirs qu'on croyait oubliés à jamais ?

J'ai voulu montrer que le parfum n'est pas une affaire réservée aux coquettes. Qu'au contraire, c'est un thème qui pourrait contenter n'importe quel honnête homme — au carrefour de disciplines comme l'histoire, la biologie, l'anthropologie, l'art, la littérature, les nouvelles technologies, le marketing, l'industrie…

Je n'ai évidemment pas pondu le livre que j'aurais aimé faire, celui que je le porte en moi comme un texte définitivement perdu. Terrible de constater à quel point lorsqu'on écrit, c'est l'écriture qui nous gouverne et non l'inverse, qu'on n'est jamais vraiment maître de ses propos ;)

Voilà, il est temps que ce livre vive sa vie, et que j'apprenne à l'aimer avec toutes ses imperfections, ses points d'exclamation et… ses coquilles ;) Saviez-vous que la "cinquième saveur", celle du glutamate de sodium très en vogue dans les cuisines asiatiques, s'appelle l'umami, et non l'"unami" ? un terme japonais qui désigne ce qui n'est ni salé ni sucré, ni acide ni amer, et que je n'ai appris que très récemment à bien orthographier.

Par ailleurs mea culpa, je n'ai pas complètement répondu aux 5 questions que me posait Bel Ami : "1. Pourquoi vendre des parfums dans les aéroports alors que le jus tourne en avion ? 2. Le jus tourne-t-il vraiment en avion ?? 3. Pourquoi nous faire croire que sans parfum la peau serait muette ? 3 bis. Et avec parfum, elle est tachée, la peau ? 4. Ça sent comment en vrai, Scorpio ? 5. Elle pense à quoi, la fille d'Opium ?"

100 questions sur le parfum, Editions La Boétie, 203 p., 12,50 €.

Published on October 1 2014

Mémoire vive

Dans mon histoire olfactive, Le Labo se résume à un mot et deux chiffres: Iris 39. J'ai porté cette note florale tirant sur le miel et le foin il y a six ans pile poil, à Berlin, lors d'un week-end glacial comme on en a parfois au ski — ciel bleu, soleil et thermomètre bas. Un vrai souvenir olfactif !

Il y a quelques semaines, lorsque j'ai lu dans Elle que la petite marque, née à New York en 2004, organisait à Paris des ateliers olfactifs sur le thème du bois et des eaux, j'ai aussitôt sauté sur l'occasion, envoyé un mail au Labo et plaidé ma cause: serait-il possible de suivre un de ces événements, embedded telle une petite souris cachée dans un coin, munie d'un simple carnet et d'une plume? Ce fut oui. La marque m'a gentiment laissé assister à cette rencontre entre des parfums et des âmes, sur le thème des eaux.

EMBRUNS, CASCADES, BRUME, ROSÉE…

Parquet brut, murs nus, charpente métallique et meubles de métier en bois, on se croirait à Brooklyn dans cette jolie petite boutique, rue Froissart. Installée par terre contre la vitre, je regarde arriver tour à tour les huit participantes, des filles, évidemment ;) Des curieuses, des passionnées, des novices dans le métier qui viennent en apprendre plus sur le parfum. Ainsi qu'Elisabeth Carré, l'historienne qui anime cette séance consacrée aux eaux en parfumerie.

"Le thème des eaux recèle plein d'entrées différentes. C'est autant la rosée du matin que les embruns de l'océan, les cascades que la brume ou une sensation plus aqueuse. Comment naviguer dans toute cette flotte?" s'amuse-t-elle. D'autant que, paradoxe, le parfum est hydrophobe: l'eau n'a pas sa pareille pour aplatir les notes odorantes et faire fuir le sillage de la peau !

L'atelier-conférence fourmille d'anecdotes historiques tout en rappelant les fondamentaux de la parfumerie (comme l'alambic et le procédé de la distillation). Il passe en revue les grandes eaux de l'histoire : premiers élixirs tonifiants comme l'Eau de la Reine de Hongrie, eaux d'anges au XVIIIe siècle qui parent autant qu'elles protègent, jusqu'aux Eau Sauvage (1966) de Dior, Eau de Rochas (1970) et Ô de Lancôme (1971), L'Eau d'Issey Miyake (1992) et CK One (1994) de Calvin Klein, tous archétypes d'une certaine idée de la fraîcheur. Sans oublier les eaux de Cologne bien sûr, ces accords hespéridés qui cartonnent en splash dans les pays latins. Au Brésil, après la douche, ça t'aide à sécher, lance Elisabeth. "Moi, je m'en sers pour me nettoyer les oreilles!", s'exclame Marine, une des participantes.

POUDRE DE GRAND-MÈRE

Le second volet consacré à sentir, des matières brutes ou des parfums du Labo, est le plus passionnant. On en voudrait plus ! Et on reste un peu sur sa faim… A propos d'une note végétale qu'Elisabeth nous donne à sentir, Marine lance: "Ca m'évoque la fraîcheur d'un sous-bois, mais sans la sensation de bois." Car le thème de l'eau foisonne d'accords construits autour de l'idée de fraîcheur, nous rappelle l'historienne. Accords d'agrumes bien sûr, mais aussi notes végétale, marine, aquatique, et même minérale ou florale. L'accord de Neroli 36 du Labo (les chiffres désignent le nombre d'ingrédients contenus dans la formule), une fleur d'oranger très cosmétique, rappelle à Catherine, une autre convive, le parfum d'"un gros pot de poudre de grand-mère. Réconfortant". A porter comme une simple chemise blanche, dixit la marque.

A la fin de la séance, quelques questions. Loin d'être bêtes: la différence entre eau de toilette et eau de parfum, par exemple. "Même si, traditionnellement, la différence tient à une question de concentration, il n'existe aucune réglementation en la matière, répond Elisabeth Carré, et cela varie d'une marque à l'autre." Un comble quand on sait que tous les ingrédients potentiellement allergènes doivent être listés sans exception sur l'emballage de nos flacons !

Ces conférences-ateliers conviendront parfaitement à celles et ceux qui souhaitent s'initier aux grands thèmes de la parfumerie et aux matières premières ; pour les plus connaisseurs, le format paraîtra un peu léger, et la partie consacrée à sentir un peu courte. Même si c'est toujours un plaisir d'aller mettre son nez dans Iris 39 et sa bande (Bergamote 22, Labdanum 18, Lys 41…).