Published on September 28 2015

© "A une passante", de Patrick Martin

© "A une passante", de Patrick Martin

Au sujet des Rives qui ont battu leur plein ces derniers jours à Paris (tandis que je battais d'autres campagnes...), voici mes trois coups de cœur.

Tout d'abord, l'exposition Anbar (ambre gris, en arabe ancien), un parcours qui mêle art pictural et représentations olfactives ; celui d'un amoureux du parfum (le blogueur Patrice Revillard, alias Musque Moi !) autour d'une matière animale mythique de la parfumerie. Dans un petit café de la rue des Blancs-Manteaux, l'artiste italienne Clelia Tondini exposait sept tableaux correspondants aux thèmes olfactifs imaginés par Patrice pour raconter l'histoire de cette "sécrétion magnifique", toute droit venue des tréfonds du... cachalot. Un projet intriguant et bien mené.

Maté, chanvre et foin coupé

Ces Rives sont aussi l'occasion d'évoquer de tout nouveaux lieux qui portent l'empreinte de deux femmes dont j'admire le chemin : Olivia Giacobetti et Isabelle Masson-Mandonnaud. Chacune dans leur genre, bien sûr, car à première vue tout les distingue : l'une est une grande parfumeuse, l'autre une femme d'affaires enthousiaste, fourmillant de projets autour de la beauté.

Quand Olivia (ré)installe sa marque, Iunx, rue de Tournon, dans une boutique minimaliste, façade noire et bois brut, Isabelle investit le Haut Marais, à deux pas de République, avec sa nouvelle maison haute en couleurs, Sabé Masson.

Olivia Giacobetti a inventé la note figuier (Philosykos, Premier Figuier), sublimé le lilas pour Frédéric Malle (En Passant), débauché les épices chez L'Artisan Parfumeur (Safran troublant). Elle revient aujourd'hui toute seule aux manettes (enfin, avec une super équipe, dont la délicieuse Francine !). Vingt bougies et des eaux énigmatiques, une dizaine, à sentir le nez dans la corolle ;) : une Eau Blanche virginale, vapeur de lin sous le vent; une Eau Baptiste céleste, enfance surgie du flacon. Et l'Eau Argentine, ma préférée, qui concentre en elle tout l'été — maté, chanvre sec, paille et foin coupé.

© Les Rives de la Beauté

© Les Rives de la Beauté

Isabelle Masson-Mandonnaud, elle, a fait le succès de l'enseigne Sephora dans les années 1990 et lancé en 2005 les parfums solides Crazylibellule & The Poppies. Des formules hybrides, entre fragrance et cosmétique, qui remportent quatre prix de l'innovation à l'époque. Et qu'elle ne cesse de perfectionner depuis dix ans.

Karité, tiaré, mangue, tamanu… Selon les vertus des cires, beurres ou huiles — anti-âge ou anti-oxydantes –, Isabelle a réfléchi aux accords parfumés les plus appropriés. "Le karité, on peut mettre ce qu'on veut dedans, des fleurs, des agrumes... Le tiaré, c'est une pâte chaude, qui rend le parfum poudré, ça marche bien avec la vanille."

Pas sur la bouche

Sans alcool, sans paraben, ces Soft Perfume s'appliquent comme un baume, partout sauf sur les lèvres. Dans le cou ou sur les mains, deux zones sur lesquelles le temps marque vite. Mais aussi "entre les yeux ou sur les ailes du nez, de façon plus classique". Vous avez dit classique ?

© Sabé Masson

© Sabé Masson

On aime l'objet, nomade, ludique, mais aussi le geste : effleurer le poignet, lisser un sourcil, rehausser les pommettes… Caresse de rouge sans le rouge, sent-bon qui soigne, packaging joyeux, noms poétiques (Belle Furieuse, De Guerre Lasse, Eu Vent de Vous, Zazou, La Reine Soleil...). Ces sticks tout fragrants sont "bons pour l'âme et bons pour la peau: le rôle du parfum, non ?", conclut Isabelle.

Alors, le parfum caresse ? Sabé Masson en fait une philosophie, Iunx se contente d'un clin d'œil: sa divine Crème de lait à la guimauve promet de transformer n'importe quel corps en Chamallow géant pour l'hiver !

Published on September 16 2015

Sous le charme

En août, tandis que l'été me chantait des airs d'Italie à l'ombre des micocouliers, Natacha est tombé amoureuse... d'un parfum : Bois des îles, de Chanel.

Depuis des mois, mon système neuro-olfactif me réclamait désespérément un coup de cœur – il avait envie de vibrer, c'est sûr (un peu, beaucoup... comme une belle histoire d'amour). Je me mets alors à humer, humer et encore humer, pendant des jours, des semaines... Et… rien. Enfin, je lâche prise, totalement prise, jusqu'à snober cette envie, et définitivement la faire taire.
Mais bientôt la perspective d'un cadeau d'anniversaire pour une amie m'évoque naturellement une idée parfumée... Je pars alors en repérage chez Chanel, 382 rue Saint-Honoré, avec une idée derrière la tête, et quelques échantillons dans le sac à la sortie.
Trois jours plus tard, après un surprenant rhume aoûtien, je dépose sur mon poignet et dans le creux du coude quelques pschitt vigoureux de... Bois des îles. Dans un premier temps, pas grand-chose, son sillage me laisse froide. Ce n'est qu'une bonne demi-heure plus tard que l'ylang me fouette le nez et me transporte vers je ne sais quel territoire exotique imaginaire. Il me mène sans détour vers cet état tant attendu, l'état amoureux.
Oui, suis totalement tombée sous le charme, et en amour, de cette odeur suave, boisée, fleurie, terriblement cotonneuse et charnelle. Je ne sais pas où je voyage, mais je voyage, c'est certain. La destination m'importe peu, du moment que j'y suis. Parole de Natacha, faut jamais désespérer.