Published on July 7 2016

© FCH / Driscott Prod

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Les bourgognes, je les ai aimés avant de connaître. La faute à un chéri qui me demanda un soir de le rejoindre avec un "vin clair, léger, chantant. Un bourgogne, quoi !" Où ne commencent pas les arômes du désir...

La première claque au palais, ce fut bien plus tard, à Grasse, avec... un Chambolle Musigny 1er Cru "Les Echanges" Domaine Remoissenet 2007. Je n'y connaissais toujours rien, mais aucun doute : frais à l’attaque, chaleureux en finale, ce vin-là sonnait bien "clair, léger, chantant"...

Le bourgogne, c'est cinq fois moins de terre que le bordeaux, dix fois moins de vin produit, mais des "climats", des domaines (3900 !) et une centaine d'AOC. Un paysage qui cache bien son jeu. "Là où vous avez le métro, nous avons du vin, explique Brigitte Houdeline, directrice de l'Ecole des vins de Bourgogne. Il existe une véritable cartographie souterraine "dans laquelle on se perd".

“Volnay, c'est la colline !”

Ici, un seul credo : le monocépage. Soit des rouges réputés (pardon Meursault, Chablis...), pinot noir only et patronymes mythiques qui semblent tout droit sortis d'un Maupassant : Gevrey-Chambertin, Pommard, Nuits-Saint Georges, Aloxe-Corton, Marsannay, Vosne-Romanée…

Et Volnay bien sûr, le nom le plus virevoltant de tous, chanté par les poètes et bu par les rois depuis des siècles. Ce vin haut perché serait le pendant du Chambolle-Musigny sur la côte de Beaune. Bingo, un breuvage pour moi ! "Une invention des négociants parisiens au XIXe siècle, nuance le patron de La Dilettante, le lieu où il fait bon boire à Beaune – comme un Volnay 1er Cru Les Brouillards Domaine Régis Rossignol 2000. Qu'importe, au palais Chambolle et Volnay se ressemblent, les bougres, et c'est une novice qui vous le dit...

On le dit moins paysan que le Pommard, plus féminin : "C'est géologique, Volnay, c'est la colline!", souligne Réjane Bouley, du Domaine Pascal Bouley. Un terroir à la chair tendre sur la Route des grands crus, idéalement ensoleillé et à l'abri des vents, qui produit un vin aux arômes de fruits rouges, d'épices et de sous-bois. Clair, léger, chantant, on y revient.

Entre vol de nuit et nez en l'air, ce fleuron du pinot noir est devenu au fil du temps l'un de mes péchés mignons. D'un dîner à L'Arpège à une soirée chez Lapérouse, après La Bohème, pour un Noël en famille, entre amis ou avec mon amoureux, le Volnay est la guest star de mes meilleures soirées.

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Chaque année, quand vient l'été, le village célèbre son vin lors d'une fête intitulée l'Elégance des Volnay. Au fil de la journée, les parfums des breuvages se découvrent dans une Cave aux arômes aussi didactique qu'esthétique. Puis en calèche, menés par Vasco et Ouragan, on part sur la piste des "climats" et des lieux-dits qui ont fait la réputation de Volnay : les Brouillards, la Gigotte, les Grands Champs, le Clos des Chênes, les Angles, Robardelle ou les Pluchots ...

Mais le clou de la journée, c'est ce jury entièrement féminin invité à élire les meilleurs crus issus du terroir de Volnay. Un jury dont je fais partie (sans aucune légitimité, vous l'aurez compris...). Dix heures passé, ce samedi 25 juin, sur la place de la mairie du village, qui est aussi celle de l'église. Œnologues, restauratrices, femmes de vigneron ou reines du vin arrivent par petites grappes. Des bonjours, des effusions, rires, retrouvailles, une ambiance bon enfant.

Bientôt, nous sommes une petite centaine à nous impatienter sur la grand-place. La présidente de ce jury féminin s'appelle Valérie Perrin, elle est écrivain et scénariste. C'est aussi la énième femme de Claude Lelouch, et tout comme moi, en vin, elle n'y connaît pas grand-chose, nous raconte-t-elle.

Je me faufile devant la belle Table d'Orientation des Climats volnaysiens qui surplombe les vignobles. Deux jeunes filles semblent du coin. Même pas 20 ans, et déjà sûres de leur palais. Alors, votre préféré ? La réponse, sans attendre et sans appel: "Le Clos du Château des Ducs, bien sûr ! C'est le meilleur."

“Dégustez avec votre instinct”

Dans la salle municipale où va se jouer le sort des vins, dix grandes tables, et une multitude de bouteilles aux airs de Concombres masqués. On s'affaire, on s'installe, ça commence.

Cinq vins servis successivement, premiers crus ou appellations village, et dégustés à l'aveugle. Deux millésimes: 2011 et 2012 à notre table, l'un plus immédiatement accessible, nous apprend-on ; l'autre plus austère, mais prometteur. "Ici, toutes les années sont bonnes pour les vignerons, m'explique Réyane Bouley, chargée de la communication de l'Elégance des Volnay. Car avec la philosophie du monocépage on cueille au raisin au mieux de sa forme.

"Ne mettez jamais moins de 10 sur 20 !, lance-t-elle à la salle. Derrière un vin, il y a deux ans de travail..." Si on fait d'abord confiance au cépage, ici on accorde aussi une grande importance au climat et au travail humain. "On reconnaît d'abord un vin à son terroir, poursuit Réyane. Les Américains, par exemple, n'ont pas de sous-sol. Ils ont beau planter nos cépages, leurs vins n'ont pas l'opulence des nôtres ! C'est comme les fraises d'Espagne."

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"Essayez de vous centrer sur la façon dont un vin vous touche, nous conseille Jackie Rigaud, chargé de la formation continue à l'université de Bourgogne. Dégustez avec votre instinct et profitez du plaisir d'être ensemble".

J'observe, je bois, je discute, je note, je bois...

A ma table, Joyce, une plasticienne installée à Gevrey, travaille toute la palette chromatique que lui offrent les bourgogne. "Les nuances de leur robe évoluent avec le temps." Cette fidèle présidait l'an dernier la 11e édition de l'Elégance des Volnay: "C'est toujours un grand rendez-vous dans l'année. L'ambiance y est authentique et chaleureuse. On se dit aussi que le temps passe vite..."

Question timing, ce matin-là, nous sommes tip-top : "Déguster vers 11 heures, c'est parfait, m'explique Valeria, une autre de mes voisines. Les papilles commencent à s'ouvrir."

Elle me détaille les étapes qui me permettront d'apprécier l'aspect olfactif d'un vin. "Le premier nez rend les arômes perceptibles. Après avoir fait tourner le vin dans le verre deux ou trois fois et inspiré, le deuxième nez donne accès à des parfums plus marqués." Ensuite seulement on met le vin en bouche en aspirant doucement un peu d'air. L'olfaction rétro-nasale permet de ressentir les arômes. "Quand vous aimez un vin, photographiez les étiquettes", ajoute quelqu'un. Impossible aujourd'hui, mais ce n'est que partie remise.

“Une diva à poitrine généreuse”

Comme à "L'Ecole des fans", je multiplie les 15 et les 16, imbibée de textures soyeuses et de robes rubis. J'imagine les nourritures canailles auxquelles pourraient se marier un tel défilé d'effluves : poulet rôti, canard laqué, tajine, fromage... Cinq vins, donc, et sans cracher, s'il vous plaît. Mais des commentaires, vraiment ? Quid des saveurs de violette, de groseille, de cerise ? et le bouquet, plutôt ample et charnu, ou profond et délicat ?

Dernières paroles glanées autour de la table : "Jolie robe", "là, on dirait une diva avec une poitrine généreuse", "il n'est pas dans la séduction, il ne cherche pas à prouver quelque chose"

Des bribes qui me rappellent les propos de Sandrine Goeyvaerts, caviste et blogueuse, dans le dernier "Monde des vins": "Un grand vin n'est pas cérémonieux. (...) Il est monumental parce qu'il ne s'embarrasse de rien. Il est tout seul, tout cru, sans fard, loin des étiquettes et des postures ronflantes." Isn't it, Driscott ?

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