Les bonnes feuilles de Violète

Published on October 5 2013

© Cartes à gratter distribuées lors des projections de "Polyester", de John Waters.

© Cartes à gratter distribuées lors des projections de "Polyester", de John Waters.

Violète, 20 ans, a séduit son jury en trois minutes et... six odeurs. Pour la soutenance de son mémoire de licence dans son école d'audiovisuel, elle a choisi d'illustrer olfactivement une scène du film Le Parfum par une série de six senteurs, herbe, bois, pierre chaude ou mouillée, qu'elle diffusait sur des languettes numérotées." Je voulais travailler sur les nouvelles technologies de post-production, dit-elle, ça ne me disait rien de faire un film. J'ai découvert l'odorama par hasard, c'est un collègue qui m'en a parlé. Ca m'a tout de suite intéressé. L'odorat est un sens qui a rarement été exploré au cinéma." A quelques jours de sa soutenance, Violète s'est rendue à la boutique Senteurs de Fée, rue de Sévigné, et chez un distributeur de lampes Berger dans le Marais, qui lui ont généreusement offert des échantillons de parfums de vétiver ou de bois de cèdre pour conduire la séquence choisie.

La réalisation des odoramas a toujours été laborieuse, les techniques de diffusion jamais véritablement abouties. La première projection parfumée a eu lieu en 1906 aux Etats-Unis, il s'agissait d'un documentaire. Les premières fictions odorantes, tournées au tout début des années 1960, sont également américaines. Dans l'une, l'odeur y jouait un rôle central: le meurtrier fumait la pipe ! En France, les odoramas arrivent dans les années 1980. Mais la plupart de ces tentatives dépassent rarement le cadre de la projection unique. La diffusion de Polyester (1981), de John Waters, reposait sur des cartes odorantes à gratter pour libérer le parfum de pizza, de colle ou de marijuana. Plus ludique que multisensoriel !

C'est peut-être du home cinema que viendra le salut du film parfumé. Bel écran, bon son, et... un Odoravision. Un drôle de meuble, vertical comme une grosse enceinte ou plat comme une table basse, avec, dedans, 40 petites fioles qui renferment chacune des odeurs d'usines, de feuilles mortes, de crottin de cheval... Des effluves "réalistes", destinés à être synchronisés aux séquences d'un film.

Le dispositif, meuble plus essences parfumées, reste cher: de 1500 à 2000 euros aujourd'hui. Sans compter le prix des essences dans les flacons, à renouveler ! Et puis, qui déciderait des séquences à illustrer ? L'installation reste difficile à mettre en place dans une salle de cinéma existante. Cela supposerait de casser des murs, défoncer des sols, installer de la tuyauterie lourde... "Ca reste un marché de niche, comme le cerf-volant", s'amuse le journaliste Yves Eudes, spécialiste des nouvelles technologies au Monde.

Quant à notre Violète, la jeune fille déterminée part pour six mois à la New York Film Academy parfaire son anglais et sa connaissance de la réalisation et du scénario. A son retour, elle se verrait bien monter une boîte de production avec une amie sans s'interdire d'explorer la distribution, la régie, et pourquoi pas le scénario parfumé. Au fait, des souvenirs d'enfance odorants ? "La forêt chez ma grand-mère, en Picardie. J'ai aussi vécu au Gabon jusqu'à 4 ans, je n'en gardais aucun souvenir concret mais lorsque j'y suis retournée, à 11 ans, visuellement je ne reconnaissais rien et pourtant je me sentais chez moi !"

Violète n'exclut pas non plus de reprendre des études de psychologie ou d'histoire... "C'est important pour le cinéma. La psychologie, pour étoffer les personnages; l'histoire, euh... pour la culture générale !" Les têtes bien faites ont toujours le nez fin.

Published on #Chasse Aux Papillons

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