Mimosa de janvier

Published on January 8 2013

© Louise Watson

© Louise Watson

Tanger, 25 juillet. Cinquième jour du ramadan. Depuis l'enfilade de terrasses du Dar Nour, la plus ancienne maison d'hôtes de la ville, je peux observer au fil de l'après-midi l'effervescence monter dans la médina. « On découvre souvent cette ville après s'être dit : Pourquoi pas Tanger... », me confie Philippe, un des tenants du lieu.

Pendant quelques jours, je me perds donc dans les ruelles de la médina, où je contribue à l'essor de l'artisanat berbère un peu à l'insu de mon plein gré. Je bois des thés à la menthe sur le Petit Socco, et d'autres encore dans les jardins de l'Hôtel El Minzah pour fumer à l'abri des regards. Je traîne à la Librairie des Colonnes et visite le Musée de la Kasbah – où j'apprends que Mogador est l'ancien nom d'Essaouira. Un jour, je me rends à la grotte d'Hercule, près du cap Spartel, à quelques kilomètres de Tanger. L'Afrique vue dans un miroir, là où se rencontrent les eaux de l'Atlantique et de la Méditerranée. Le soir, je suis invitée à partager l'iftar en admirant le soleil qui se couche sur l'Espagne depuis le mythique Café Hafa – par une série de hasards qu'il serait trop long de raconter ici.

Bref, je n'ai rien vu de Tanger – ni le Café de Paris, ni le hammam de la Kasbah, ni les tombeaux phéniciens, ni quoi que ce soit de l'exposition 2012 –, mais je suis quand même passée chez
Madini, en face de la Terrasse des Paresseux. Dans la fameuse petite boutique à parfums de l'ex-quartier français de la ville, on peut s'offrir, ou simplement humer, quelques millilitres d'essences qui miment les fleurs fraîches: la violette est bien verte, l'œillet très épicé et le mimosa enjôleur.

A propos de mimosa, je m'étais promis de retourner à Tanger à la période de sa floraison – en janvier, à peine plus tôt qu'à Oléron ou dans le Sud de la France. Vœu pieu pour l'instant. Avec l'eucalyptus et le pin parasol, le mimosa est l'un des trois arbres qui font la fierté de la ville, me glisse un chauffeur de taxi. Question parfums, le mimosa de Farnesiana, de Caron, ne resemble à aucun autre. Certains trouvent une note frangipane à ce soliflore, curieusement aussi gourmand que floral. Le Classic Mimosa, de Von Eusersdorff, reste peut-être le plus agréable à porter : poudré, presque cuir, l'accord tire vers la fleur d'oranger. Mimosa pour Moi, chez L'Artisan parfumeur, est à mon goût ouvertement trop marin, tandis que le départ anisé et les élans fruités du Mimosa d'Annick Goutal ne m'ont pas convaincue. C'est peu dire que je suis impatiente de découvrir la version sombre et un peu mélancolique promise par Pierre Guillaume l'an prochain.

Et sinon, Tanger, ça sent quoi ? Moi, je dirais cannelle et coriandre, cuir de chameau, belles de nuit et bougainvilliers. Jean-Olivier, qui tient le Dar Nour avec Philippe, a retrouvé dans les effluves maritimes de la ville blanche des impressions de vacances. Ces deux ex-journalistes lyonnais s'y sont installés il y a cinq ans pour reprendre les rênes de la maison d'hôtes – dix chambres, suites et mini-suites décorées comme des chambres d’amis, des salons chaleureux et de magnifiques terrasses d'où admirer la baie. Et respirer l’odeur de la ville...

Jean-Olivier

« Quand je suis arrivé à Tanger, ce sont mes premiers souvenirs de vacances qui me sont revenus. Je me revois, enfant, dans le Midi, marchant sur un petit muret au milieu des odeurs de mer et de pins. Ici, quand tu sens la mer, tu ne sais pas si c'est la Méditerranée ou l'océan. L'odeur d'humidité est très forte. Moisissure, salpêtre, vieux tissus... A la fin de l'hiver, quand le soleil commence à taper, les murs suintent la pluie, les torrents diluviens passés.
Et puis il y a le vent, qui charrie des odeurs de sable quand il vient du désert, alors qu'il est plus herbeux lorsqu'il souffle depuis les montagnes du Rif. L'odeur des fleurs, magnifique. Au marché, je m'achète des brassées d'iris au mois de mai, des agapanthes en juin, des lys sauvages au parfum incroyable, des roses qui sentent encore. La tubéreuse arrive fin août. Le mimosa, c'est fin janvier. Et les odeurs d'agrumes, les orangers, t'en as partout...
Le soir, Tanger embaume le jasmin de nuit (Cestrum Nocturnum). Originaire d’Amérique du Sud, cette plante arrivée au Maroc depuis fort longtemps ne ressemble à rien, mais ses petites fleurs couleur vert d'eau exhalent un parfum indescriptible. Comme dirait le botaniste Umberto Pasti, les plantes voyagent, comme les hommes.
Il y a aussi les odeurs de nourriture sur les marchés, celles des étals qui regorgent d'ail, de persil, de coriandre, de fenouil… La menthe, on en met des bouquets pour parfumer Le Salon bleu, car une des serveuses du restaurant est allergique au pollen des fleurs. 

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