Parfums d'intérieur

Published on January 20 2013

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« A quoi ressemblerait le parfum de demain ?» demandait-on il y a quelques années à une poignée de parfumeurs. « A un parfum qu'on transpirerait », répondait Isabelle Doyen, la parfumeur d'Annick Goutal. Transformer le corps en atomiseur géant, c'est le principe du tout nouveau Deo Perfume Candy, mi-bonbon mi-déodorant qui promet, une fois avalé, de donner à la transpiration un doux parfum rosé jusqu'à six heures d'affilée – et sans doute un peu plus longtemps si l'on pratique une activité physique, suggère son site web. Un déo comestible, présenté au Salon international des inventions de Genève en 2011, qui pourrait bien faire fureur, le soir, dans les rames du métro parisien. Comment ça marche ? le bonbon contient du géraniol, une molécule à l'odeur fleurie naturellement présente dans l'essence de rose qui, une fois ingérée, est exsudée par la peau en quelques heures. Un peu à la manière de l'ail, mais de manière plus... subtile.

Du parfum à avaler, c'est aussi le projet de Swallowable Parfum, une capsule qui prétend diffuser une odeur unique comme une seconde peau. Conçue par l'"architecte du corps" australienne Lucy McRae et des chercheurs de Harvard, ce parfum d'intérieur (qui devait voir le jour à l'été 2012) dépendrait de la façon dont l'organisme métabolise les lipides contenues dans la capsule avant d'être transpirées par la peau. Difficile de savoir que penser de ces produits sans les avoir testés ; pas sûr qu'elles s'imposeraient en France (quid du plaisir de se parfumer, en spray ou par petites touches ? de sentir le parfum évoluer sur son poignet ? d'en changer comme de chemise ?), mais ces inventions "nutricosmétiques" ouvrent incontestablement de nouvelles voies dans la manière de se parfumer.

En attendant, lorsqu'il se mange, le parfum demeure associé à des plaisirs gourmands. L'été dernier, quand le chef pâtissier Pierre Hermé et le parfumeur Jean-Michel Duriez décident de traduire gustativement le parfum Femme, ils confectionnent une savoureuse tarte sablée qui décline les accords fleuris, fruités et épicés du parfum-star de Rochas: crème d’amande infusée à la rose et pêches jaunes fraîches relevées d’un sucre au cumin. Aujourd'hui, Michèle Gay, pionnière de la "parfumerie culinaire", s'apprête à lancer des Eat Parfums, parfums à goûter qui, ajoutés aux plats, leur apportent des tonalités inédites. Notes ambrées chaleureuses sur des bananes flambées, accords fougère, lavande et romarin, avec une tome d'alpage ou carpaccio de saint-jacques rattrapé par des effluves chyprés, menés par la bergamote et le patchouli, les suggestions de cette gaie mangeuse mettent toutes l'eau (de parfum) à la bouche.

Au Cœur du goût, un livre signé Pierre Hermé et Jean-Michel Duriez (photos Dominique Dieulot) vient de paraître aux éditions Agnès Viénot. 240 pages, 45 €.

Published on #L'Air du Temps

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