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Published on July 7 2016

© FCH / Driscott Prod

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Les bourgognes, je les ai aimés avant de connaître. La faute à un chéri qui me demanda un soir de le rejoindre avec un "vin clair, léger, chantant. Un bourgogne, quoi !" Où ne commencent pas les arômes du désir...

La première claque au palais, ce fut bien plus tard, à Grasse, avec... un Chambolle Musigny 1er Cru "Les Echanges" Domaine Remoissenet 2007. Je n'y connaissais toujours rien, mais aucun doute : frais à l’attaque, chaleureux en finale, ce vin-là sonnait bien "clair, léger, chantant"...

Le bourgogne, c'est cinq fois moins de terre que le bordeaux, dix fois moins de vin produit, mais des "climats", des domaines (3900 !) et une centaine d'AOC. Un paysage qui cache bien son jeu. "Là où vous avez le métro, nous avons du vin, explique Brigitte Houdeline, directrice de l'Ecole des vins de Bourgogne. Il existe une véritable cartographie souterraine "dans laquelle on se perd".

“Volnay, c'est la colline !”

Ici, un seul credo : le monocépage. Soit des rouges réputés (pardon Meursault, Chablis...), pinot noir only et patronymes mythiques qui semblent tout droit sortis d'un Maupassant : Gevrey-Chambertin, Pommard, Nuits-Saint Georges, Aloxe-Corton, Marsannay, Vosne-Romanée…

Et Volnay bien sûr, le nom le plus virevoltant de tous, chanté par les poètes et bu par les rois depuis des siècles. Ce vin haut perché serait le pendant du Chambolle-Musigny sur la côte de Beaune. Bingo, un breuvage pour moi ! "Une invention des négociants parisiens au XIXe siècle, nuance le patron de La Dilettante, le lieu où il fait bon boire à Beaune – comme un Volnay 1er Cru Les Brouillards Domaine Régis Rossignol 2000. Qu'importe, au palais Chambolle et Volnay se ressemblent, les bougres, et c'est une novice qui vous le dit...

On le dit moins paysan que le Pommard, plus féminin : "C'est géologique, Volnay, c'est la colline!", souligne Réjane Bouley, du Domaine Pascal Bouley. Un terroir à la chair tendre sur la Route des grands crus, idéalement ensoleillé et à l'abri des vents, qui produit un vin aux arômes de fruits rouges, d'épices et de sous-bois. Clair, léger, chantant, on y revient.

Entre vol de nuit et nez en l'air, ce fleuron du pinot noir est devenu au fil du temps l'un de mes péchés mignons. D'un dîner à L'Arpège à une soirée chez Lapérouse, après La Bohème, pour un Noël en famille, entre amis ou avec mon amoureux, le Volnay est la guest star de mes meilleures soirées.

© FCH / Driscott Prod© FCH / Driscott Prod

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Chaque année, quand vient l'été, le village célèbre son vin lors d'une fête intitulée l'Elégance des Volnay. Au fil de la journée, les parfums des breuvages se découvrent dans une Cave aux arômes aussi didactique qu'esthétique. Puis en calèche, menés par Vasco et Ouragan, on part sur la piste des "climats" et des lieux-dits qui ont fait la réputation de Volnay : les Brouillards, la Gigotte, les Grands Champs, le Clos des Chênes, les Angles, Robardelle ou les Pluchots ...

Mais le clou de la journée, c'est ce jury entièrement féminin invité à élire les meilleurs crus issus du terroir de Volnay. Un jury dont je fais partie (sans aucune légitimité, vous l'aurez compris...). Dix heures passé, ce samedi 25 juin, sur la place de la mairie du village, qui est aussi celle de l'église. Œnologues, restauratrices, femmes de vigneron ou reines du vin arrivent par petites grappes. Des bonjours, des effusions, rires, retrouvailles, une ambiance bon enfant.

Bientôt, nous sommes une petite centaine à nous impatienter sur la grand-place. La présidente de ce jury féminin s'appelle Valérie Perrin, elle est écrivain et scénariste. C'est aussi la énième femme de Claude Lelouch, et tout comme moi, en vin, elle n'y connaît pas grand-chose, nous raconte-t-elle.

Je me faufile devant la belle Table d'Orientation des Climats volnaysiens qui surplombe les vignobles. Deux jeunes filles semblent du coin. Même pas 20 ans, et déjà sûres de leur palais. Alors, votre préféré ? La réponse, sans attendre et sans appel: "Le Clos du Château des Ducs, bien sûr ! C'est le meilleur."

“Dégustez avec votre instinct”

Dans la salle municipale où va se jouer le sort des vins, dix grandes tables, et une multitude de bouteilles aux airs de Concombres masqués. On s'affaire, on s'installe, ça commence.

Cinq vins servis successivement, premiers crus ou appellations village, et dégustés à l'aveugle. Deux millésimes: 2011 et 2012 à notre table, l'un plus immédiatement accessible, nous apprend-on ; l'autre plus austère, mais prometteur. "Ici, toutes les années sont bonnes pour les vignerons, m'explique Réyane Bouley, chargée de la communication de l'Elégance des Volnay. Car avec la philosophie du monocépage on cueille au raisin au mieux de sa forme.

"Ne mettez jamais moins de 10 sur 20 !, lance-t-elle à la salle. Derrière un vin, il y a deux ans de travail..." Si on fait d'abord confiance au cépage, ici on accorde aussi une grande importance au climat et au travail humain. "On reconnaît d'abord un vin à son terroir, poursuit Réyane. Les Américains, par exemple, n'ont pas de sous-sol. Ils ont beau planter nos cépages, leurs vins n'ont pas l'opulence des nôtres ! C'est comme les fraises d'Espagne."

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"Essayez de vous centrer sur la façon dont un vin vous touche, nous conseille Jackie Rigaud, chargé de la formation continue à l'université de Bourgogne. Dégustez avec votre instinct et profitez du plaisir d'être ensemble".

J'observe, je bois, je discute, je note, je bois...

A ma table, Joyce, une plasticienne installée à Gevrey, travaille toute la palette chromatique que lui offrent les bourgogne. "Les nuances de leur robe évoluent avec le temps." Cette fidèle présidait l'an dernier la 11e édition de l'Elégance des Volnay: "C'est toujours un grand rendez-vous dans l'année. L'ambiance y est authentique et chaleureuse. On se dit aussi que le temps passe vite..."

Question timing, ce matin-là, nous sommes tip-top : "Déguster vers 11 heures, c'est parfait, m'explique Valeria, une autre de mes voisines. Les papilles commencent à s'ouvrir."

Elle me détaille les étapes qui me permettront d'apprécier l'aspect olfactif d'un vin. "Le premier nez rend les arômes perceptibles. Après avoir fait tourner le vin dans le verre deux ou trois fois et inspiré, le deuxième nez donne accès à des parfums plus marqués." Ensuite seulement on met le vin en bouche en aspirant doucement un peu d'air. L'olfaction rétro-nasale permet de ressentir les arômes. "Quand vous aimez un vin, photographiez les étiquettes", ajoute quelqu'un. Impossible aujourd'hui, mais ce n'est que partie remise.

“Une diva à poitrine généreuse”

Comme à "L'Ecole des fans", je multiplie les 15 et les 16, imbibée de textures soyeuses et de robes rubis. J'imagine les nourritures canailles auxquelles pourraient se marier un tel défilé d'effluves : poulet rôti, canard laqué, tajine, fromage... Cinq vins, donc, et sans cracher, s'il vous plaît. Mais des commentaires, vraiment ? Quid des saveurs de violette, de groseille, de cerise ? et le bouquet, plutôt ample et charnu, ou profond et délicat ?

Dernières paroles glanées autour de la table : "Jolie robe", "là, on dirait une diva avec une poitrine généreuse", "il n'est pas dans la séduction, il ne cherche pas à prouver quelque chose"

Des bribes qui me rappellent les propos de Sandrine Goeyvaerts, caviste et blogueuse, dans le dernier "Monde des vins": "Un grand vin n'est pas cérémonieux. (...) Il est monumental parce qu'il ne s'embarrasse de rien. Il est tout seul, tout cru, sans fard, loin des étiquettes et des postures ronflantes." Isn't it, Driscott ?

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Published on July 31 2015

La règle du jeu

Une princesse, une pie, un jeune bouvier, et rien ne va plus ! Mercredi 15 juillet, j'ai eu la chance de participer à ma première cérémonie de kodo version école Shino. Le kodo, kesaco ? Littéralement, la voie de l'encens, un art olfactif raffiné qui se pratique depuis plusieurs siècles au Japon. Mêlant plaisir des essences, vieilles légendes et même poésie et calligraphie, cette pratique invite à une réflexion esthétique et philosophique. "Nous souhaitons que le kodo soit un moyen d'ouvrir les gens à la culture japonaise", souligne Pierre-Yves Colombel, manager de Nippon Kodo.

Rue des Francs-Bourgeois, à Paris, au siège de ce distributeur d'encens japonais, propriétaire d'Esteban, je participe donc ce soir-là, avec une quinzaine de convives, à la cérémonie de Tanabata-sama, donnée le 7e jour du 7e mois (j'adore !). Autour de la longue table ovale, dans une grande salle sans attrait, essentiellement des femmes, essentiellement des Japonaises. Qui parlent français. Mais aussi un Chinois, une Allemande, et une Coréenne qui se fait traduire... en anglais le discours de Miyuki, la maîtresse de cette cérémonie express. Quelques hommes aussi dans le cercle, tous férus de culture nippone.

"Deviner tout doucement"

On est ici pour jouer. Pour écouter le parfum. Car dans la voie de l’encens, "sentir " se dit "écouter". Jamais la note olfactive n'aura aussi bien mérité son qualificatif. Il s'agit donc d'écouter des bois chauffés, et de "deviner tout doucement", précise Miyuki, en kimono aux motifs de bambou, les personnages qu'ils incarnent dans la joute olfactive. "Ce soir, c'est une forme très simple de kodo, nous explique-t-elle. D'habitude, la préparation peut durer une heure. Il existe tout un protocole, une façon d'entrer dans la pièce et de marcher par exemple. Il existe même un calligraphe chargé de noter les scores"

En temps normal aussi, ce sont sept senteurs que chaque convive doit tenter de distinguer, tout en s'en inspirant pour écrire un poème ! Mais pour notre cérémonie express (une bonne heure et demie quand même...), ce sont seulement trois bois qui repasseront sous notre nez, cinq fois en tout. Pas sûre de parvenir à distinguer la princesse de l'oiseau et du jeune bouvier. Car dans le kodo, les parfums n'arrivent pas à nos narines par hasard. Le maître de cérémonie choisit les bois en fonction de leur capacité à incarner des personnages de légende.

La fête de Tanabata-sama, par exemple, s'inspire d'une vieille légende chinoise, une histoire de princesse tisserande et de garçon bouvier amoureux qui ne peuvent se rejoindre qu'une fois l'an, lorsqu'un vol d'oiseaux bienveillant forme un pont étoilé au-dessus la Voie lactée. Ce soir-là, tout devient possible, tisser des liens, nouer des fils... Une vraie Saint-Valentin sauce nippone. Mais aussi une histoire de résilience, de santé, de longue vie, rien que ça...

Tisser des liens, nouer des fils

Ce soir-là, la préparation du kodo n'a duré qu'une petite dizaine de minutes. Cinq convives expérimentés s'affairent en silence devant une tasse emplie de sable avec de petits outils qui semblent tout droit sortir d'un cabinet de dentiste. Pique, minipelles, ils installent sous le sable les charbons incandescents, puis constituent une pyramide à cinq faces, coup de pointe sur le pic de l'édifice, bruit du métal contre la porcelaine. Ca chuchote, les gestes sont plus ou moins gracieux. Bientôt, Miyuki posera au-dessus des charbons ensablés les cinq bois parfumés que nous devrons évaluer.

Shukkô, le jeu commence. Vicks contre cire d'abeille pour la princesse et le bouvier. Ecouter, mémoriser, deviner. Pas simple. L'oiseau et le bœuf, mince, ils se ressemblent, qui est qui ? en plus de devoir tenter de mettre des mots, des sensations, panique de la gestuelle. Main droite, main gauche, les distinguer, c'est déjà en soi un problème. Alors penser 1) qu'on doit saisir la tasse de la main droite tout en remerciant le convive qui nous la passe d'un signe de tête et d'une parole incompréhensible, 2) que la main gauche doit être sous la tasse au moment où l'on hume, lentement, trois fois, 3) que la main droite doit former une sorte de cornet, en expirant du côté droit. Tout en "écoutant" l'odeur, bien sûr. Sans parler du poème...

Hmmh, je m'y perds. Je parviens à identifier la princesse, mais je mélange l'oiseau et le bœuf. Regrets que les explications du rituel n'aient été données par Miyuki qu'à la fin de la séance. Observation, transpiration ;) Merci à mes voisins de table pour leurs conseils avisés. Et une folle envie de poursuivre le jeu. Ca tombe bien : à partir de septembre, des ateliers autour du kodo devraient se multiplier.

Un lendemain de Fête nat. comme j'aime, donc ! Et que je prolonge ces jours-ci en "écoutant" Hinoki, la nouvelle Eau triple de Buly, inspirée d'un bois sacré du Japon à peine chauffé. Cet "accord fin" sans alcool, à émulsionner comme un lait sur la peau, laisse un sillage sombre et fumé. C'est l'été, les jeux ne sont pas encore faits…

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Published on November 26 2014

Vendanges tardives

Plus-que-pompette l'après-midi, jamais, moi qui déteste boire au déjeuner ! Samedi 22, pourtant, l'exception confirmait la règle : à la sortie du Salon des Outsiders, j'étais bel et bien en état d'ivresse, dans la rue, à l'heure du goûter.

Aux abords du Palais Royal, rue de Valois, les petits châteaux du Bordelais avaient apporté leurs meilleurs flacons pour la deuxième édition de ce salon alternatif. Avec Dao, nous avons flâné une bonne heure parmi les vignerons, quasiment aussi néophytes l'une que l'autre. "Chaque année, on travaille avec ce que le ciel nous envoie. Pluie, vent, soleil... ", nous raconte Brigitte Destouet, quatrième génération à réinventer le vin sur la propriété familiale, Château Guibot (Puisseguin-Saint Emilion). Elle vient de faire labelliser bio sa dernière cuvée. Ses vins, elle en parle comme de ses enfants, qu'elle aime "tous pareil". Elle insiste sur l'importance du facteur humain, même si, bien sûr, "le terroir parle d'abord". "Il faut savoir rester humble, on apprend tous les ans", ajoute-t-elle.

Plus loin, on m'explique que, contrairement au bourgogne, le bordeaux joue sur la complémentarité des cépages ; que le merlot est la star dans la région de Saint-Emilion, tandis que le cabernet-sauvignon s'épanouit mieux sur la rive gauche, dans le Médoc ou sur les terres chaudes des graves.

J'apprends aussi que les "seconds vins" ne sont pas des seconds choix: issus de vignes plus jeunes, ils possèdent un sillage moins dense mais plus immédiatement accessible. "Tous les bordeaux ne se gardent pas. Cela dépend du sol. S'il est calcaire, le vin aura une durée de vie plus longue", explique Philippe Genevey. Son Château La Marzelle grand cru classé de Saint-Emilion 2012 possède des notes de cerise et de sous-bois. Parfait, dit-il, avec un vieux fromage — mimolette, gouda, comté — ou de la tapenade.

Sol, terroir, cépage, millésime, il faut avoir de l'œil, du nez ou tout simplement de la chance pour découvrir les bonnes bouteilles. Le pessac-léognan Château Seguin 2012 que j'ai choisi pour poursuivre mon ivresse le samedi soir fit en tout cas l'unanimité des convives...

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Published on September 8 2014

© Alain Passard

© Alain Passard

Ce que j'ai d'abord connu (et aimé) chez lui, c'est son goût pour les collages. En 2011, le chef de L'Arpège publiait Alain Passard, collages et recettes (éd. Alternatives), et je n'avais pas réussi à le rencontrer pour écrire un papier. Mais imaginer la cuisine comme un voyage et comme un gigantesque assemblage de saveurs, d'où jaillissent des notes nouvelles, m'avait intriguée. La créativité de cet amateur de jardins commençait-elle dès le potager ?

La réponse est oui. Mercredi 27 août à L'Arpège, le restaurant parisien à deux pas du Musée Rodin où Alain Passard est triplement étoilé, c'est une danse de saveurs chorégraphiée par le chef depuis son jardin. Dans la salle, c'est mieux qu'un ballet à Garnier. Un service feutré, minutieusement orchestré, se joue entre les quinze tables — des touristes essentiellement — de la belle salle Art déco du restaurant. Dans l'assiette, le légume est roi, et le duo tomate-basilic au meilleur de sa forme. En majesté, pour ce menu estival, Evergreen, blanche du Canada, noire charbonneuse, Yellow Boy en carpaccio sont émincées comme du papier bible. En version sushi, la tomate flirte avec la feuille de figuier et la moutarde d'Orléans (ah bon, c'est pas Dijon, la moutarde ? ;), et c'est exquis. En consommé, c'est le grand bain pour quatre fines ravioles, et c'est encore meilleur !

Le maestro n'est pas sectaire. Ce qui est sûr, c'est qu'ici le végétal n'est jamais traité comme une simple garniture. Que dire du gratin d'oignon doux parsemé de mûres sauvages ? des notes fumées de la pomme de terre pourpre qui accompagnait ce soir-là le bar en croute de sel ?... Quel festin ! ça croque, ça mousse, ça surprend les papilles à chaque bouchée. L'alliance du homard de Chausey au miel et son concombre transparent déploie des notes de fauve marin, le légume prolongeant le goût aquatique du crustacé… Une partition sans fausse note, accompagnée d'un Volnay Clos des chênes 2006 — un bourgogne comme je les aime, parfait sur un comté de la mort (4 ans d'affinage!) et une pointe de morbier !

Oserais-je prétendre que le gigot était le plat de trop (aïe, chuis pas très viande rouge !) (et puis, j'avais plus faim...) ? Emettre un bémol sur le millefeuille Caprice d'enfant ? La pâte était exquise, mais les fruits, en compote, manquaient de ce petit je-ne-sais-quoi qui faisait swinguer les autres plats (le sirop d'érable dans le chaud-froid d'œuf aux quatre épices, par exemple !). Une Arpège pas descendante pour autant, et le dîner le plus chic de ma vie ! Merci de tout cœur à celui qui l'a partagé avec moi ! (Et maintenant, j'arrête les points d'exclamation pour les dix prochains posts au moins ;)

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Published on April 29 2014

© "L'Italienne à Alger" de Rossini. Mise en scène Andrei Serban.

© "L'Italienne à Alger" de Rossini. Mise en scène Andrei Serban.

Dans Libé, le 18 avril, une petite annonce a attiré mon attention.

De passage à Paris, j'ai deux places pour un opéra de Rossini le 21 avril à l'Opéra Garnier. J'invite une inconnue à partager ce spectacle. J'aime l'idée de laisser faire le hasard. Si cette idée vous plaît aussi, retrouvons-nous en bas des marches du grand escalier.

Pas d'humeur à jouer les Sophie Calle ces temps-ci, mais follement intriguée par cette entreprise poétique signée d'une simple adresse mail, j'envoie un message à l'inconnu deux jours plus tard : comment vous y prendrez-vous pour gérer la douzaine de femmes en robe de soirée qui ne manqueront pas de se presser aux marches du palais ? lui demandai-je. Et sinon, vous envisagez d'écrire un roman ?...

Aucun risque, me répond le monsieur un peu plus tard: il a précisément laissé son adresse mail pour arranger l'affaire en toute discrétion (suis-je bête…). Pas de projet artistique, sinon. Evidemment, une inconnue s'est déjà déclarée, sans quoi il m'aurait volontiers proposé de l'accompagner.

Le croirez-vous ? quelques heures après, la première élue… s'est décommandée ! Une histoire de baby-sitter qui lui a fait faux bond... Voilà comment je me suis retrouvée, lundi de Pâques, à Garnier, en compagnie de François, installé en Guadeloupe depuis vingt ans et en vacances dans la métropole. La mise en scène irrésistible de L'Italienne à Alger nous a charmés tous les deux, où l'on croise un sultan de pacotille, une Elvira rusée, un amant stupide, des zèbres, un gorille et des flamants roses, et des fesses à l'air de poupées plongées dans un bassin en plexiglas…

Plus tard, au souper dans la brasserie du coin, ce passionné de voile dont c'était le premier opéra m'a parlé du parfums des mers, qui porte en lui celui de la terre et des chairs. Merci, François !

Près d'une côte, sous le vent de l'île, tu peux sentir l'odeur de la terre, de l'humus, un ou deux jours avant d'arriver, surtout s'il a plu ou s'il fait humide, ce qui est souvent le cas en Guadeloupe, même à la saison sèche.
En mer, quand tu croises une baleine ou des dauphins, de nuit, tu ne vois pas la bête, mais tu passes à 20 ou 30 mètres d'elle, et tu la sens. Pareil pour les bancs de poissons volants, qui peuvent planer à la surface de l'eau sur une dizaine de mètres. Certains, parfois, ratent leur vol et s'écrasent sur le pont du bateau. Le cordage pue la sardine pendant des jours !

Published on April 24 2014

© "Panthère noire sur un arbre", Paul Jouve, vers 1927

© "Panthère noire sur un arbre", Paul Jouve, vers 1927

Le saviez-vous ? La cave à thés la plus vaste du monde se trouve... à Paris. A deux pas des arènes de Lutèce, à l'angle de la rue Gracieuse et de la place Monge, Iza et moi poussons la porte de La Maison des trois thés. Dans ce lieu zen bardé de plantes vertes, les thés conservés dans des cylindres métalliques s'affichent fièrement sur les murs en briques apparentes. Nous venons déguster quelques-unes des 1000 références disponibles, chinoises pour la plupart.

Ici, on n'est pas dans une cérémonie à la japonaise, où les gestes sont extrêmement codifiés, mais dans une véritable dégustation, qui souligne la qualité du produit. "Les terroirs du thé sont encore plus complexes que ceux des vins, nous explique-t-on. Certains millésimes sont de véritables voyages à travers le temps." On y goûte donc les puerh, ces thés millésimés qui se bonifient en vieillissant. Le cru le plus ancien date de… 1890 ! Ils peuvent avoir de sombres accents torréfiés, de fruits secs, pruneaux, cacahuète, ou exhaler des notes de sous-bois, de feuillage humide. Ces nectars valent parfois des fortunes: en 2013, un puerh de plus de 80 ans a été adjugé pour 1,25 million d'euros les 2,1 kilos— soit près de 600 euros le gramme !

Iza et moi passons plus de deux heures à papoter derrière les grandes baies vitrées en jouant à la dînette sans voir le temps passer. Car il faut se familiariser au bon usage des ustensiles (pas simple...) (pour moi ;). Sur un plateau, à côté de la bouilloire qui siffle, trois tasses, deux grès différents pour hydrater les feuilles ou les infuser, une porcelaine fine pour déguster ou simplement humer le breuvage !

Le monde du luxe n'est pas insensible à ces arômes précieux. En 2013, chez Cartier, la spécialiste Lydia Gautier et la parfumeuse Mathilde Laurent ont orchestré ensemble une conférence sur les correspondances entre le thé et le parfum. "Je me souviens d'un puerh mûr qui développait des notes animales que j'associe à La Panthère, le nouveau parfum de la maison", confiait Mathilde Laurent à Paris Match début avril. Ca tombe bien. Pour Paroles d'Odeurs, la féline Dorothée, 43 ans, a porté pendant quelques jours cette Panthère indolente aux griffes acérées.

J’ai testé La Panthère, de Cartier. Pas le genre de parfum que j’aurais eu l’idée d’essayer : Cartier, panthère, boîte dorée et flacon opulent, ce côté bourgeoise, ce n’était pas trop mon truc. Juste avant, je portais Tabac Blond, qui m’évoque plutôt le contraire : un parfum qui a su rester jeune depuis 1920, parce que sa jeunesse n’est pas la fraîcheur légère et inconsistante des parfums pour midinette; parce qu’il est aussi sophistiqué, comme une vieille malle en cuir, qui garde sa dignité malgré l’usure du temps. Quelque chose qui m’évoque à la fois le luxe et la poussière, un charme canaille et suranné.
La Panthère, ça faisait cougar, un peu. Mais après tout, peut-être que c’est de mon âge ? Bref, sceptique, j’essaye. Au début, j’avais un rhume et l’odorat en carafe. Au bout de 24 heures, j’avais perdu totalement le goût et l’odorat. Etrangement, la seule odeur que je sentais, c’était La Panthère. Et c’est là que j'ai commencé à l’apprécier, justement. Ce jour-là, malgré mes cernes, mes traits tirés, mon look banal et sans attraits, j’ai eu comme l’impression d’être bien habillée, je flottais dans une sensation de richesse capiteuse et animale : un peu comme si je dissimulais mes basiques défraîchis sous un somptueux manteau de fourrure. Et cette senteur, qui seule parvenait à mon cerveau embrumé par le rhume, m’apparaissait comme une couleur éclatante dans un monde en noir et blanc.
Au bout de quelques jours, le rhume s’est atténué, les odeurs sont revenues et La Panthère s’est mise en retrait. Trop cossue pour moi, trop clinquante peut-être : je ne suis pas crédible en manteau de fourrure. Mais le temps d’un flacon, j'ai trouvé plutôt amusant de me travestir en une femme que je ne suis pas.

Maison des trois thés, 1, rue Saint-Médard, Paris 5e. Sur réservation de préférence au 01-43-36-93-84.

La Panthère, de Cartier. 30 ml, 59 €; 50 ml, 84 €; 75 ml, 105,50 €.

Published on March 26 2014

Pas de printemps pour Dzongkha

Cinq choses essentielles au voyage: des boules Quiès, de bonnes lunettes, un après-soleil, un sarong multifonction (paréo, couverture, écharpe, jupe…) et un peu de parfum bien sûr ! Pour mon périple au Vietnam et au Laos cette année, j'avais choisi Dzongkha, signé L'Artisan parfumeur. Mauvaise pioche, hélas ! Pourtant, j'adore les épices et le vétiver de ce sillage inspiré des monts de l'Himalaya ; mais son encens n'a pas retenu l'attention de mon nez. (Sans doute seulement du mien d'ailleurs, puisque deux charmantes Japonaises avec lesquelles je voyageais un jour me demandèrent quel était le nom de mon parfum "mystérieux" ! C'est que j'avais dû en mettre encore et encore pour en sentir la trace fugitive sur les poignets…)

Cette anosmie partielle serait-elle due à la concurrence que cette fragrance bouddhique se livre avec l'encens qui brûle dans les rues ? aux senteurs narcotiques et fleuries flottant au-dessus des jardins ? à tous ces arômes qui s'échappent des plats ? Possible… Car ici, le parfum est partout, et d'abord dans l'assiette.

A Hanoi, faute de temps (et d'argent !), je n'ai pas testé La Verticale, le restaurant gastronomique de Didier Corlou, ex du Sofitel Métropole. Mais j'ai découvert les formules bistrot de ce chef d'origine bretonne installé au Vietnam depuis vingt ans. A deux pas de mon hôtel, j'ai déjeuné chez Madame Huen, l'un de ses restaurants installé dans une ancienne maison coloniale aux murs jaunes et au patio fleuri. Pour une poignée de dollars on se régale d'un menu qui change chaque semaine. Ce jour-là, mention spéciale au dessert, banane gratinée aux fruits de la passion et glace (maison) au riz vert ! Quelques rues plus loin, à la Porte d'Annam, face à la cathédrale d'Hanoi, on découvre les "casseroles" de ce chef voyageur qui expérimente la fusion des épices et des herbes dans de juteuses compositions.

Trois jours plus tard, changement de décor: adieu les deux-roues bruyants et le crachin d'Hanoi, bonjour les tuk tuk et les vélos sous le soleil zen du Laos ! A Luang Prabang, on s'installe sur la jolie terrasse du Tamarind, au bord de la rivière Nam Khan, pour déguster une cuisine inventive et savoureuse. Autour d'un riz vapeur, buffle d'eau et sweet spicy Chili, sauce tomate douce, aubergine délicatement fumée, mix ail-piment-coriandre, petites galettes craquantes au sésame, traditionnel Mok Paa (poisson cuit dans une feuille de bananier), le tout accompagné d'une Lao Beer ou d'un jus d'hibiscus.

Trois excellentes adresses que je ne saurais trop vous recommander si vous veniez à explorer ces contrées. Quant au parfum, faites simple : l'une des quatre nouvelles "eaux contemporaines" de Thirdman devrait parfaitement convenir. L'Eau Nomade, par exemple, réussit un impeccable numéro d'équilibriste entre épices et agrumes, et sait laisser perdurer la fraîcheur. Cardamome, citron et orange sanguine, de quoi bien commencer le voyage...

Eau Monumentale, eau Moderne, eau Profonde, eau Nomade, de Thirdman. 90 € les 100 ml, 165 € les 250 ml, 280 € les 500 ml. En vente chez Liquides à partir du 29 mars.

Published on #En Avion

Published on March 16 2014

Le goût de la fève

Le design de ces tablettes fait envie, non ? Marou, une petite marque de chocolat née au Vietnam de deux parents français (l'un diplômé de Sciences Po et de l'Essec, l'autre venant de la pub), propose cinq crus de luxe qui jouent sur les terroirs. Haute vallée du Dong Nai, collines boisées à l'orée des hauts plateaux de Vietnam, île de Ben Tre, dans le delta du Mékong, province côtière de Ba Ria, ces cacaos plus ou moins corsés possèdent des accents fruités, épicés ou même miellés. Pas encore goûté, mais cela ne saurait tarder...

Published on #En Avion

Published on January 23 2014

© NinaNina

© NinaNina

Dans un numéro de la revue Iconofly, en 2008, Jean-Claude Ellena se souvenait d'une amie qui ne voyageait jamais en avion sans une petite fiole de parfum dans son sac. Une "amulette olfactive qu'elle portait à son nez au décollage comme à l'atterrissage", expliquait le parfumeur d'Hermès.

Fétichisé dans l'espace-temps chaotique du voyage, le parfum envisagé comme lien, charnel et/ou spirituel, avec un univers familier devient encore plus essentiel en période de crise. C'est du moins ce que suggère la chasseuse de tendances Li Edelkoort, qui affirme même que notre besoin de nouer des liens en tout genre ("jusqu'au bondage ou à la camisole") remonterait à la naissance, à ce traumatisme du cordon que l'on coupe. On aime Feitiço, le parfum qu'elle a commandé, le temps d'une expo, à l'insolite Barnabé Fillion (mi-"nez" mi-porte-manteau, formé à la phyto et à l'aromathérapie). La senteur fétiche raconte un corps-à corps entre une myrrhe obscure et un cuir épicé de safran et de réglisse…

Pour se sentir connectés à la terre comme au ciel, les héritiers des beatniks de Kerouac et Ginsberg pourraient bien s'éprendre, eux, de Shaman, de Jardins d'écrivains. Inspirée des chamans des déserts de Californie qui utilisaient l'aromate pour ses vertus purificatrices, cette fumigation de sauge blanche vise à éloigner les énergies maussades en brûlant de petites feuilles recroquevillées à la peau de velours. L'effet est, euh… vivifiant ! Interdit dans l'avion, mais pourquoi pas dans le salon…

Published on #En Avion

Published on October 31 2013

© "Gertrude", Pierre-Henry Guerard

© "Gertrude", Pierre-Henry Guerard

Crazy art, live music, scents, french gastronomy, drinks and more… C'était la jungle, jeudi 24 octobre, au Warehouse, un ancien entrepôt de Brooklyn reconverti en galerie d'art, où avait lieu ce soir-là le lancement officiel de Fragrance Republic. Au milieu des sculptures d'oiseaux de Pierre-Henry Guerard et des peintures pleines de couleurs de Vincent Gibaux, on était là pour découvrir les fragrances que ce club d'un nouveau genre distillera dans les prochains mois.

Fragrance Republic n'est pas une nouvelle marque, pas un label alternatif de plus. Mais l'idée qu'on aurait rêvé d'avoir : une sorte de "France Loisirs du parfum", comme le dit son créateur, François Duquesne, grâce auquel, chaque mois, sur abonnement, on découvre la composition d'un "nez" réalisée hors de toute contrainte, de tout brief, de tout enjeu marketing. Un club comme pour les passionnés ou les curieux du vin qui souhaitent dénicher de nouveaux vignobles, de petits crus. Son slogan ? "In Nose we Trust."

Chez Fragrance Republic, pas question de présenter des sillages expérimentaux. "Un parfum qui a du succès, c'est celui que les gens peuvent s'approprier", déclare François Duquesne. Son idée, c'est plutôt de laisser le parfumeur s'exprimer librement sur des thèmes qui lui sont chers. Qu'est-ce que ferait un bon créateur s'il ne travaillait pas pour une marque? s'est-il souvent demandé. "Je voulais donner la parole à des auteurs-compositeurs-interprètes, pas seulement à des interprètes. On a beaucoup de Johnny dans le parfum, moi je veux des M !"

Très souvent, les "nez" sont frustrés que leurs formules originales soient systématiquement rabotées par les marques pour lesquelles ils travaillent — créations trop chères ou trop clivantes, susceptibles d'échouer aux fameux tests menés auprès des consommateurs. "Ici, ils composent, et on voit après. Je ne veux pas qu'ils calculent", déclare François Duquesne.

Les parfumeurs choisis pour les six premiers opus ont été tous conquis par le projet : Nathalie Feisthauer a réalisé un bel accord Iris safran, Amélie Bourgeois un Magnol'Art rendu gourmand par la fève tonka, Antoine Lie une Eau Verte aux accents d'herbe fraîche. Cécile Matton a concocté Down in One, un mojito bien tassé — dont le nom de code a longtemps été Cul sec —, Karine Chevallier une Lime Absolue, fraîche et tenace, et Julie Massé Vapeur de tubéreuse, variation réussie autour de la fleur préférée des Américaines.

Pour l'instant, le club n'existe qu'aux Etats-Unis. Cette "tentative de démocratisation de la belle parfumerie", le monsieur, à cheval entre la France et l'Amerique, la mûrit depuis de longues années. Même lorsqu'il travaillait, côté distribution, pour L'Artisan Parfumeur, qu'il a quitté il y a cinq ans. "Pourquoi ne pas proposer des créations originales à ces amoureux du parfum qui prennent d'assaut les forums et les communautés Internet comme Fragrantica, Basenotes, Sniffapalooza...? me suis-je demandé. Aux Etats-Unis, un site Internet propose tous les mois une sélection de parfums de niche à prix réduits."

Selon une étude, poursuit François Duquesne, 500 000 personnes dans le monde achèteraient régulièrement du parfum. "Si j'arrivais à en capter ne serait-ce qu'1%, soit 5 000 membres, cela suffirait à faire vivre le club", s'enthousiasme l'entrepreneur. Curieux du nez, amoureux du parfum intimidés par la niche ou trouvant ses jus trop chers, vous êtes les bienvenus chez Fragrance Republic ! Outre une sélection mensuelle de parfums, le club envisage d'organiser des événements, où réunir par exemple quelques dizaines de membres pour découvrir des senteurs à l'aveugle.

Depuis le lancement de Fragrance Republic, d'autres parfumeurs ont répondu favorablement à l'initiative de François Duquesne : Ralf Schwieger (Lipstick Rose chez Frédéric Malle), Rodrigo Flores-Roux (Arquiste). Mais aussi Calice Becker (la créatrice de J'Adore de Dior pourrait bientôt composer pour le club) ou Christophe Laudamiel : c'est d'ailleurs lui qui orchestrait l'ambiance olfactive du Warehouse ce soir-là. Cet électron libre de la parfumerie (il a notamment signé les fragrances du Parfum lors de l'avant-première du film) a imaginé pour l'occasion une jungle odorante : une jacinthe des sous-bois, poussant au milieu des fleurs fraîches et des champignons. De quoi devenir encore plus impatient des sillages que nous réserve Fragrance Republic…

Fragrance Republic n'existe pour l'instant qu'aux US. Chaque parfum est produit en série de 5 000 flacons. Tout est fabriqué en France, dans la Cosmetic Valley. Tarif des parfums pour les membres du club : 29 dollars chaque mois les 15 ml (45 dollars sans abonnement), 75 dollars les 75 ml (95 dollars sans abonnement).

Expo "Jungle art Brooklyn", The Warehouse, 623 Bergen Street, Brooklyn NY 11217. Jusqu'au 21 décembre.