Posts with #l'air du temps tag

Published on June 2 2016

© Le Petit Prince

© Le Petit Prince

Parfois, certaines idées sont bonnes au point qu'on se demande comment on faisait avant. (Eh oui, c'était pas toujours mieux, avant...) Grâce à Nez et à sa campagne de crowfunding savamment orchestrée, me voici propriétaire depuis quelques semaines de cette revue singulière consacrée au parfum et à l'olfactif en tout genre. Et en deux exemplaires, s'il vous plaît (dont un pour Natacha, que vous avez découverte ici ou ).

Emmené par toute l'équipe d'Au Parfum, élégamment maquetté et parfaitement édité, empli de bons papiers, bien sûr — comme cette enquête sur le parfum chez Aragon, qui tombe à point nommé car j'ai encore Aurélien en tête, lu cet hiver – , l'animal est Nez pour durer ! Pour le commander sans tarder, c'est ici.

Lors du crowfunding, j'avais choisi la formule "Deux revues et un conseil personnalisé". C'est Jeanne Doré herself, rédactrice en chef du nouveau "mooc" (book & magazine), qui s'est gentiment attelée à la tâche. "Fille aux goûts de mamie cherche parfum pour la vie", lui ai-je murmuré.

Elle a su me comprendre : me poussant dans mes retranchements de vieille dame, avec des notes ambrées et épicées (Ombre Rose, de JC Brosseau, Années Folles, de Parfumerie Moderne, Oriza Legrand); me proposant des pistes où me perdre et me surprendre – dans les aldéhydes de Rive Gauche, d'YSL, par exemple, ou sous la mousse de chêne de L'Air de rien, de Miller Harris...

Après plusieurs balades olfactives, c'est Helmut Lang qui a emporté la mise. La réédition de son Eau de parfum créée par Maurice Roucel en 2002 croise la lavande de Canoë (Dana, 1936) et la note ambrée de Musc Ravageur, chez Frédéric Malle (également signé Roucel !) Une senteur parfaite pour attendre l'été sans trop souffrir. Merci, Jeanne, et longue vie à Nez !

Published on February 14 2016

Funny Valentine

Quel beau dimanche pour les vendeurs de roses rouges et moches, prêtes à crever dans vos bras en deux temps trois mouvements... alors qu'il suffit d'une brassée de mimosa pour rendre une femme heureuse ! Ou d'un parfum mystérieux sur le corps de l'autre, qui peut donner des envies de printemps avant l'heure. Noir Epices par exemple, signé Michel Roudnitska pour Frédéric Malle, réveille un instinct joueur et des appétits sensuels. Ce chaleureux parfum de peau, avec sa noix de muscade, son poivre et ses notes de girofle et de cannelle, laisse entrevoir un Valentine's Day comme on les aime : funny, doux, corsé.

Published on August 17 2015

© Highaboveseattle.com

© Highaboveseattle.com

"Légère fragrance de sapin ou de raisin, parfum boisé avec un arrière-goût de cacao ou de café corsé": il ne s'agit ni de vin ni de sillage voluptueux, mais de l'arôme... de votre pétard ! A Seattle, où la marijuana est légale depuis un an, les jeunes vendeurs utilisent un registre inspiré de l'œnologie pour faire découvrir leurs meilleurs haschichs. Aujourd'hui, dans Le Monde (daté 18 août), le journaliste Yves Eudes nous racontait l'histoire de ce business en herbe. S'ils s'aventurent à parler de parfum, la plupart des concurrents empruntent leurs techniques au marketing le plus conventionnel: conseils d'agences spécialisées, sondages, études, tests, enquêtes… Ici, on rêve de créer le Starbuck's de la défonce; là on agence sa boutique franchisée comme on le fait chez Gap, avec soin; on la baptise "Berlin Est" pour se rendre exotique aux yeux de tous les John Doe de l'Etat de Washington; et bien sûr, on lance son site Web et on s'agite tous azimuts sur les réseaux sociaux. Et là, on se dit que le marketing olfactif pourrait avoir toute sa place dans cette guerre du shit qui ne fait que commencer.

Published on August 11 2015

Bad boys

Dingue, tous ces (beaux) mecs qui utilisent le parfum en bonne et due forme comme déodorant ou comme après-rasage. Dior Homme Sport ou Bleu de Chanel, la belle affaire ! Messieurs, ce n'est pourtant pas l'offre qui manque : chez les hommes, question fragrance, tout se décline. Le déo existe en vapo et en stick, l'after-shave en lotion ou en baume. Et sinon, y a aussi les gels douche (celui de la ligne Eau d'Orange Verte d'Hermès est un must). Pauvres génies de la galénique et/ou du marketing, qui se décarcassent pour trouver la texture qui fera fondre les gentlemen comme un seul homme...

Published on June 24 2015

Un air de familleUn air de famille

Le parfum brille de mille histoires de famille, de nom, de visage, de filiation. En 1958, la jeune Rose Desgranges, 35 ans, se voit offrir par son mari, Albert, une fragrance sur mesure, fleurie et capiteuse. Au 70 Faubourg Saint-Honoré, lui tient à l'étage un petit salon de coiffure, Le Figaro Club, où des stars comme Greta Garbo et Marlène Dietrich viennent soigner leur crinière. Rose, elle, vend nœuds et perruques dans une minuscule échoppe sur la cour.

C'est ici, bientôt, que sous la pression des clientes qui le veulent toutes, elle commercialise ce parfum qui avait été pensé rien que pour elle. Avec succès : dans les années 1970, elle en vend de dix à quinze flacons par jour ! C'est ici aussi que Patricia, la fille de Rose et Albert, réédite aujourd'hui ce bouquet unique, dans la petite boutique de Maman transformée en boudoir. "Une rose pas rococo", dixit le "nez" Benoist Lapouza (chez Drom aujourd'hui) qui a orchestré la reformulation. Un parfum de facture classique, un peu chypré, où l'ambrette et le patchouli remplacent le musc animal de l'original.

Egérie discrète

L'histoire de famille s'écrit jusque dans l'égérie de ce parfum d'amour: Laura-Rose, petite-fille de Rose Desgranges, prête son joli minois fifties aux affiches (à gauche) du flacon qui ornent les murs de la pièce. Une "campagne de comm" tout ce qu'il y a de confidentiel, comme celle de The Different Company qui a choisi une rousse incandescente pour incarner son nouveau parfum, I Miss Violet, dans ses boutiques et sur ses points de vente. C'est la charmante Cécile (à droite), dont la grand-mère s'appelle... Violette (et dont les parents travaillent chez... The Different Company), qui prête ses traits à la "fleur nubuck" voulue par le parfumeur Bertrand Duchaufour. Une histoire de famille, le parfum, on vous dit. Dans le flacon, la note lipstick de la petite fleur prend des chemins de traverse, au milieu des vergers, avant l'exil vers un cuir lumineux. I Miss Violet...

Rose Desgranges, 169€ les 100 ml (existe aussi en 30 ml et 50 ml). En vente exclusivement au 70, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e.

I Miss Violet, The Different Company, 175€ les 50 ml.

Published on June 2 2015

© www.mylittlemusic.com

© www.mylittlemusic.com

Tout l'été, les arts et les sillages vont continuer de se croiser, se frôler, se titiller... Dès maintenant, vous pouvez vous livrer à l'expérience de Sentire, que propose Laurent Assoulen. Le pianiste a choisi ce verbe italien qui signifie aussi bien "sentir" qu'"écouter" pour nommer son nouvel album. Aux cinq morceaux qu'il interprète répondent cinq compositions parfumées d'Anne Flipo, Napoleão Bastos et Carlos Benaïm (IFF). A découvrir en concert, le 11 juin, au cinéma 5 Caumartin ou chez soi, muni du CD et de patchs parfumés.

Si vous avez manqué le Smell Festival, à Bologne, où l'on s'interrogeait le week-end dernier sur les liens olfaction/corps/espace, vous pouvez découvrir à Paris pléthore de manifestations célébrant l'esthétique olfactive : une exposition d'images "qui sentent" dans les allées du Palais Royal ("Le parfum dans tous les sens", jusqu'au 14 juin), une conférence sur les propriétés magiques prêtées à l'odorat dans des rituels lointains ("Mille milliards d'odeurs, de parfums, de senteurs", tout l'été au Quai Branly) ou une visite théâtrale pleine de surprises dans le parc de la Villette ("Les folies olfactives", de Violaine de Carné, 12 et 14 juin, dès 7 ans). Réservez, flânez, sentez...

Et pour (re)voir l'excellente et Fabuleuse histoire de l'eau de Cologne, diffusée dimanche 31 mai, c'est ici.

Published on May 1 2015

Femme au miroir,

Femme au miroir,

L'olfactif est-il à la peine ? Les pompes funèbres pourraient bientôt proposer à leurs clients de conserver la trace d'un être cher… dans un petit flacon. Un jeune étudiant en école de commerce commercialisera en septembre des parfums sur mesure fabriqués à partir de l'odeur recueillie sur les vêtements d'un défunt. Une mise en bouteille dont l'idée lui a été inspirée par sa mère, inconsolable depuis la mort de son propre père. Elle avait convaincu les chercheurs de l'unité de chimie organique et macromoléculaire (URCOM) du Havre de lui concocter un parfum de son cher paternel pour combler son absence. Rêve ou cauchemar... ?

Published on April 12 2015

© Jean Clottes, DR

© Jean Clottes, DR

Une Grotte Chauvet plus vraie que nature a été inaugurée en Ardèche le 10 avril par François Hollande, à quelques kilomètres seulement du site paléolithique. Ici se sont inventés, il y a 36 000 ans, la peinture, l'autoportrait et "même la bande dessinée", a déclaré le président. "C'est l'histoire de l'art qui s'unit avec la préhistoire", a-t-il ajouté à propos de cette Caverne du Pont d'Arc, réplique fidèle de la grotte classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2014, vingt ans après sa découverte.

Chevaux, lions, bisons, tout est là, en effet, dans cette antre massif en béton et résine. Tout, et bien plus encore : la Caverne ne se contente pas de reproduire, aussi habilement soit-il (mêmes pigments, mêmes techniques), le millier de dessins, peintures et gravures de l'une des plus anciennes grottes ornées au monde. Place a été faite aux cinq sens pour restituer le plus fidèlement possible l'atmosphère du lieu qui n'a jamais été ouvert au public.

Son "silence de sanctuaire" a été recréé par un acousticien "grâce à des matières murales qui réverbèrent le son". Les parois de la réplique ont été soigneusement façonnées par des sculpteurs, chargés de rendre les couleurs, les textures et le relief originaux. Et même le parfum de la Grotte, ou plutôt ses parfums ont été capturés pour être dupliqués. Pierre, terre, humidité, la parfumeuse Karine Chevallier (Olfactive Design) s'en est allée humer les souterrains, carnet de notes en main (L'Obs du 10 avril). Elle a choisi le patchouli, auquel elle a ajouté des "notes aqueuses, boisées", pour donner aux visiteurs "la sensation d'un parcours effectué dans les profondeurs".

La réplique olfactive a ses contraintes, parfois insoupçonnées. Vu que plus de 300 000 touristes sont attendus chaque année, il a fallu prévoir un système permettant de neutraliser les remugles de tout ce beau monde. Un dispositif savant a donc été mis en place, qui projette des molécules emprisonnant les mauvaises odeurs... sans quoi, adieu patchouli, beaux bois et terre mouillée !

Published on March 31 2015

© "Brigitte - Portrait olfactif", de Boris Raux. Tirage numérique, 40 x 75 cm

© "Brigitte - Portrait olfactif", de Boris Raux. Tirage numérique, 40 x 75 cm

"L'odorat, c'est le sens du flou et du non-dit. C'est pourquoi il est intéressant d'ajouter cette composante à la sphère artistique, car elle permet d'aller chercher le spectateur dans son intimité profonde." Propos d'un plasticien ? D'un metteur en scène ? Pas du tout. Le chercheur en neurobiologie sensorielle Didier Trotier est l'une des dizaines de personnalités interviewées dans la 12e édition d'Arts Hebdo Média, entièrement consacrée à l'olfaction dans l'art contemporain.

Un édito dédié à Cyrano, un entretien avec la philosophe Chantal Jacquet, un portrait de l'artiste-parfumeur Michel Roudnitska, des œuvres commentées d'artistes utilisant le parfum comme matière première, une enquête sur la façon dont il se fraye un chemin sur les scènes de théâtre… Intitulé Respirez l'art, ce numéro d'Arts Hebdo Média est à télécharger de toute urgence par tous les amoureux de la question olfactive. Sur tablette only, où le site vient de lancer sa nouvelle appli.

Dans ce riche fourmillement, on découvre de nouveaux artistes (comme Boris Raux, photo). Et on retrouve des têtes connues : la photographe Eléonore de Bonneval, l'artiste-"nez" Christophe Laudamiel, la comédienne et metteur en scène Violaine de Carné... Et même un chercheur de l'INRA : Roland Salesse fait partie de l'équipe scientifique du projet Kodo, qui s'interroge avec d'autres sur les modalités de réception du parfum par les spectateurs au théâtre. Le neurobiologiste de l'odorat vient aussi de signer Faut-il sentir bon pour séduire ? (éd. Quae, 23,50 €), un petit précis passionnant qui, malgré son titre un peu culcul-la-praline, promet d'être un redoutable concurrent pour mes 100 questions sur le parfum ;)

Published on January 20 2015

Nom de nom !

En 1993, Champagne d'Yves Saint Laurent avait dû être débaptisé en France sous l'action du Comité interprofessionnel des vins de Champagne, furieux qu'on s'approprie le nom de son breuvage de luxe pour vendre du parfum.

Vingt ans plus tard, les bulles provoquent un tout autre émoi: le parfum Strawberries and Champagne, signé Victoria's Secret (une marque de lingerie), vient d'être jugé "offensant" au Qatar. Son patronyme accusé de heurter les "traditions et les valeurs religieuses" du richissime émirat, la fragrance a dû quitter fissa les rayons d'un centre commercial de Doha la semaine dernière (AFP, 12 janvier). En 2013 déjà, le ministère qatari de l'environnement annonçait des régulations plus fermes concernant la vente et l'import de parfums "dans l'intérêt de la santé publique", nous apprend Dohanews.fr.

Moi qui me demandais comment reparler du parfum après cette triste semaine, quelle aubaine ! En 1977, Opium (déjà signé Saint Laurent) avait été mis en quarantaine aux Etats-Unis avant que la Food and Drugs Administration ne déclare, au terme d'une enquête minutieuse, que le sillage ne provoquait aucune addiction.

La sentence qatarie est plus lapidaire, si j'ose dire. Et laisse songeur… Car nommer une fragrance n'est jamais une mince affaire, rappelait Le Figaro le14 janvier sous le titre "La parfumerie cherche ses mots". Allez donc trouver le bon nom, celui qui sonne à l'oreille comme une évidence, colle au sillage et n'est pas encore déposé par la concurrence ! Pas simple, surtout depuis que les jus sont lancés, en même temps ou presque, partout sur la planète. Et qu'avant même de plaire à tout le monde, ils doivent ne pas déplaire. Patronyme compris.