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Published on March 5 2016

© Saed Hindash

© Saed Hindash

Pour rien au monde, ce vendredi 26 février, je n'aurais manqué L'Odorat, ce documentaire passionnant réalisé par Kim Nguyen qui passait dans une petite salle de L'Entrepôt. Un film foisonnant et sans transition, où l'on parle autant des odeurs fantômes qui tenaillent les anosmiques que de l'arôme des vins qui fleurent bon la pêche et la muscade, de l'art de négocier la truffe, du sexe de la femme dans un flacon ou d'un atelier olfactif pour retrouver la mémoire.

On y voit le chimiste québécois Francois Chartier, passionné par les "atomes crochus" pouvant exister entre les aliments ("j'entends une contrebasse en sentant l'ambre gris"); le chef Olivier Roellinger, évoquant le parfum épicé des vagues vierges qui s'engouffre dans la Manche et le Cotentin; ou l'experte ès thés Yu-Hui Tseng, qui décèle une note de pruneau confit dans l'arôme d'un safran.

Mais la plus émouvante, c'est Subha Pathel, qui mène pour IFF des recherches sur la communication par les arômes chez les végétaux. Elle nous apprend notamment que les fleurs peuvent tomber amoureuses, et changer de profil aromatique.

Une info qui fait écho au passionnant article paru dans Le Monde (suppléments Science, daté 2 mars, "Les plantes, ces grandes communicantes", de Sarah Rahmani, à lire ici en édition abonné). Pas de neurones, les plantes, peut-être, mais leur "cerveau diffus" les rend capables de faire la pluie et le beau temps, de prévenir leurs voisines en cas de danger ou de garder un événement en mémoire (jusqu'à quarante jours pour le Mimosa Pudica). "Chaque espèce d'arbre a son propre parfum, son propre message pour attirer la pluie", y souligne le botaniste Francis Hallé.

Published on November 11 2014

© DR

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Vous avez glané l'air du temps tout l'été ? glissez donc votre plume dans le parfum cet automne ! Guerlain et Le Cherche Midi s'associent à L'Express Styles pour lancer un concours de nouvelles sur le thème de la mémoire olfactive.

Les 20 petits malins qui parviendront à séduire le jury d'experts (écrivains, éditeurs, libraires, journalistes…) se verront publier par la maison d'édition au printemps 2015. Les bénéfices de l'opération seront reversés aux Restos du cœur pour lutter contre l'illettrisme.

Comment devenir l'heureux lauréat du Prix des Abeilles ? n'avoir jamais été publié auparavant et soumettre sa prose sur ce sujet aussi intime qu'universel en 12 000 signes maximum. Alors, à vos claviers, jeunes plumes !

Prix des Abeilles de Guerlain, nouvelles à adresser avant le 15 décembre à l'adresse suivante : abeillesdeguerlain@cherche-midi.com.

Published on May 30 2014

La première allumette

Combat de l'amour et de la faim. A sa sortie, il y a cinq ans, j'avais frénétiquement découpé l'article du Monde des livres consacré au roman de Stéphanie Hochet (Fayard, Prix Lilas 2009). Un papier de Nils C. Ahl comme je les aime, qui faisait l'éloge de cette fuite romanesque au début du siècle dernier dans le sud des Etats-Unis que j'ai couru m'offrir. Aujourd'hui, Stéphanie Hochet publie Eloge du chat (éd. Léo Scheer), et c'est la troisième femme de lettres à avoir bien voulu se livrer au jeu des 3 questions parfum. Merci !

- Une odeur d'enfance : l'odeur de souffre de la première allumette qu'on allume avec ébahissement et effroi.

- Un parfum pour un voyage : le plastique des bouées de plage, son parfum de vacances.

- Un sillage de chevet : l'odeur de terre abreuvée de pluie après une forte chaleur.

Published on May 24 2014

© DR

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Lionel Paillès a commencé comme journaliste politique, au Quotidien de Paris puis au Parisien. Il a lancé Men Health et relancé Vital. Depuis, il écrit sur le parfum aussi bien pour Grazia et Lui que pour une revue professionnelle comme Cosmétique Mag. Il tient également une chronique dans l'émission "Goûts de luxe" sur BFM . "J'y ai d'abord parlé bien être, beauté, massages, spas, car le parfum n'intéressait guère, m'explique-t-il. Ensuite, j'ai pu faire une chronique sur la niche ou les nouveaux lieux de la parfumerie à Paris. A la radio, ils s'en foutent des annonceurs !", ajoute-t-il, enthousiaste.

Moi qui caresse régulièrement le rêve de parfumer le micro, j'ai tout de suite eu envie de rencontrer le personnage. Cela tombe bien : l'homme qui parfume les ondes vient d'écrire Esprit de synthèse, un petit opus poétique et pédagogique consacré aux molécules mal-aimées du parfum.

Ambroxan, iso E super, floralozone, ces matériaux barbares nés dans les labos lui inspirent une "tendresse particulière". Il rend hommage aux petits bijoux de la chimie dans de courts portraits, mi-science mi-fiction. On y apprend par exemple que la calone n'est pas que la note "aérienne et aqueuse" de la pastèque, mais aussi le nom du héros d'un livre d'espionnage publié chez Fleuve noir en 1971, Calone est au parfum !

Esprit de synthèse s'offrira à tous ceux qui voudraient retrouver avant l'heure l'odeur de vacances contenue dans certains flacons (le salicylate de benzyle "sent bon la serviette de plage un peu rêche, décolorée saison après saison, le sable chauffé par le soleil, le seul marin") ou qui aimeraient comprendre à quoi tient le charme désinvolte d'Eau sauvage de Dior (à l'hédione, cette molécule qui a inventé "en parfumerie le présent perpétuel"). Sans oublier tous ceux qui croient encore qu'un muguet "naturel" peut exister… Ca fait du monde, donc !

Aujourd'hui Lionel Paillés prépare un livre de nouvelles sur le thème du parfum. "A travers tout ce que j'ai fait, nous confie-t-il, je sais à présent qu'avec le parfum je cherchais un alibi journalistique pour oser écrire de la fiction". La plume alerte qu'il déploie dans ce premier ouvrage laisse présager de très bonnes lectures…

Esprit de synthèse. Du parfum, des molécules, de Lionel Paillès. Les Editions de l'Epure, 2013, 61 p., 10 €.

Published on April 15 2014

© Cléopâtre

© Cléopâtre

Une de mes bonnes résolutions 2014 ? demander à de belles plumes de répondre à 3 questions sur le parfum. Depuis sa création, Paroles d'Odeurs a toujours su que les écrivains avaient leur mot à dire en matière olfactive. Yves Michaud (dernier ouvrage paru : Le Nouveau Luxe, Stock) m'a parlé de la cueillette des olives à Ibiza, Emmanuelle Bayamack-Tam (Si tout n'a pas péri avec mon innocence, POL) de sa fidélité à Parfum Sacré. Aujourd'hui, ce sont deux femmes de lettres qui ont accepté de se prêter au jeu des 3 questions. Un format un peu frustrant, finalement. On aimerait bien en savoir davantage…

La première, Dominique Paquet est philosophe et dramaturge ; elle vient de publier La Beauté (Gallimard), un beau livre sur le sujet qui recense 5 000 ans de pratiques savantes pour soigner et embellir le corps.

- Une odeur d'enfance ? L'odeur de l'amidon.
- Un parfum pour un voyage ? Du chardon bleu des sables.
- Un sillage de chevet ? Grey Flannel, de Geoffrey Beene.

La seconde, Maylis de Kerangal, est romancière. Son dernier livre, Réparer les vivants (Gallimard), a raflé toutes les récompenses littéraires de la saison (Grand Prix RTL-Lire, Roman des étudiants France Culture-Télérama…). Depuis Dans les Rapides et Corniche Kennedy jusqu'à Naissance d'un pont, j'aime plonger comme en apnée dans son écriture dense et légère à la fois. Voici ses réponses:

- Une odeur d'enfance ? La colle blanche en pot Cléopâtre et son odeur d'amande.
- Un parfum pour un voyage ? L'odeur du goudron chaud sous le soleil après l'orage.
- Un sillage de chevet ? Le parfum du lilas.

Published on February 6 2014

© Exil intérieur

© Exil intérieur

On se souvient peut-être comment Luca Turin, dans son Guide réputé, qualifie certains parfums: comme des "anges", ces personnages invisibles bienveillants qui "parlent souvent à notre place". Les sillages, un langage ? Ce n'est pas Paroles d'Odeurs qui dira le contraire ! "Une marque, c'est une histoire bien racontée", confie comme en écho à Sabine Chabbert et Laurence Férat l'un des fondateurs du Labo, Fabrice Penot. Ce jeune label fait officiellement partie des "Parfums rares" auxquels les deux journalistes consacrent un ouvrage.

On y découvre un panorama très complet de ces conteurs d'aujourd'hui, soit une cinquantaine de maisons, de collections et de lieux dédiés à la "haute" parfumerie: celle qui, s'affranchissant de la pub, dit se concentrer sur les formules (hélas, ce n'est pas toujours vrai, mais telle n'est pas la question ici…). Pêle-mêle donc, des historiques qui lancent leurs collections d'exception comme Cartier ou Hermès, valorisant un riche patrimoine (Chanel, Guerlain, Patou). Comme en réponse à une parfumerie alternative née dans les années 1970, avec des Diptyque ou L'Artisan parfumeur, et consolidée par une Nouvelle Vague dès 2000 (les Frédéric Malle et Etat Libre d'Orange, premiers éditeurs de parfums). Jusqu'aux tout-nouveaux venus qui tentent de s'imposer sur le marché de la "niche", de plus en plus saturé (il y a trop de marques pour n'en citer que trois…). Bref, un beau livre à consulter sans tarder, ces plumes d'anges sachant nous mener par le bout du nez pour faire le tour de la question !

Au rayon lecture, puisqu'on y est, notons également la parution des 101 mots du parfum à l'usage de tous, d'Elisabeth de Feydeau, que je n'ai pas encore eu l'occasion de parcourir, et d'Esprit de Synthèse, de Lionel Pailles, sur lequel je reviendrai prochainement. Je m'apprête par ailleurs à me plonger dans Une éducation libertine, de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard, 2008), qui m'a été présenté comme le roman d'un Grenouille français ! De quoi aiguiser ma curiosité...

Parfums rares, de Sabine Chabbert et Laurence Férat. Editions Terre Bleue, 39 €. Préface de Patricia de Nicolaï, présidente de l'Osmothèque et parfumeur.

Dédicace le 8 février de 11 heures à 16 heures à l'Osmothèque, 36, rue du Parc-de-Clagny, à Versailles, à l'occasion de la journée portes ouvertes de l'Isipca, la prestigieuse école où sont formés les parfumeurs.

Published on April 14 2013

"Femme meiade de Valentino", de Fernando Botero (1981)

"Femme meiade de Valentino", de Fernando Botero (1981)

L'écrivain Emmanuelle Bayamack-Tam, la petite quarantaine, partage avec sa sœur le goût des parfums désuets. Elle vient de publier Si tout n'a pas péri avec mon innocence (POL).

Je porte Parfum Sacré, de Caron, depuis l'âge de 23 ans. La première fois que je l'ai senti, c'est au théâtre, sur une ouvreuse, une fille splendide ! Je ne l'ai pas mis tout de suite, mais depuis je ne porte que ça, je suis sûre que c'est un peu mon signe de fabrique. Il est intense mais pas dérangeant. Les vendeuses me disent souvent que ce n'est pas un parfum de ma génération. L'une de mes sœurs porte aussi un Caron, Nocturnes, mais on ne s'est pas concertées, ça s'est fait comme ça...

Published on March 5 2013

Formules courtes

Il fallait bien une info comme celle-là pour me contraindre à prendre la plume ce soir. Demain, mercredi 6, Actes Sud publie les deux premiers ouvrages de sa toute nouvelle collection "Essences", consacrée au parfum. Récits, poèmes, essais, fictions, la maison d'édition ne s'interdira aucune littérature pour évoquer la petite musique des odeurs.

Une promesse de textes denses ou vagabonds, savoureux comme le sont les livres de Cécile Ladjali et Lyonel Trouillot, qui ouvrent la série. Comme un écho à l'autobiographie olfactive de Philippe Claudel, Parfums, parue en septembre dernier chez Stock, qui démontrait s'il le fallait encore combien les parfums sont un thème narratif à part entière.

Corps et Ame, de Cécile Ladjali (80 p., 15 €), et Le Doux Parfum des temps à venir, de Lyonel Trouillot (58 p., 13,50 €).

Published on September 29 2012

Yves Michaud, philosophe, cofondateur de l'Université de tous les savoirs, vit à Ibiza une grande partie de l'année. Il vient de publier Ibiza mon amour. Enquête sur l'industrialisation du plaisir (Nil Editions, 351 p., 20 euros).

© Louise Watson

© Louise Watson

A Ibiza, le monde est une expérience très synesthésique. Les odeurs n'y sont pas juste des odeurs; elles vous environnent. Le parfum de l'île dépend des saisons. En été, la végétation se fait sensuelle sous la chaleur - énormément de thym, d'anis, de romarin... Ça sent aussi la résine de pin, le caroubier un peu chocolaté, et les tiges de coquelicot légèrement poivrées quand je passe la débroussailleuse dans le jardin.
J'aime aussi l'odeur de la terre très sèche juste après la pluie. Peut-être parce que je suis un terrien. Et celle des olives. Je les ramasse comme des cerises, à la main. Elles fermentent un peu, ça parfume mon garage. S'y répand une odeur de tapenade mélangée à celles de l'essence et de l'humidité.
Lorsqu'on les presse, à l'automne, après la récolte, c'est le moment de sensualité non sexuelle le plus important de ma vie. Ce n'est pas juste l'odeur, c'est aussi le toucher. Je macule mes bras de cette pâte grasse et sablée. La dernière pâte absorbe toute l'huile et laisse la peau douce. Ça vaut une bien crème Dior ! Ce que j'aime aussi, c'est qu'on n'y a aucune maîtrise du temps, qu'on ne peut pas accélérer le tempo...

Published on August 18 2012

L’après-rasage du père, la crème solaire de la mère, les Gauloises et les Gitanes, la cannelle des gâteaux et du vin chaud, le charbon qui réchauffe, l’encre de l’écolier, le foin des champs... Voilà quelques-unes des odeurs dont se souvient Philippe Claudel dans Parfums, qu'il publie en septembre (voir Le Monde du 16 août). Une soixantaine de textes qui, d'"Acacia" à "Voyage", évoquent les effluves de sa jeunesse. Autant de traces témoignant d'un monde disparu. Et d'une vie qui passe.

Je me réjouis de la parution de ce livre au moment où je lance ce blog. J'y vois l'heureux signe que parfums et odeurs sont toujours, après Huysmans, Proust ou Suskind, des thèmes littéraires bien vivants.

Je n'ai lu ni L'Enquête ni Les Ames grises. Peut-être parce que J'abandonne (Balland), un des premiers textes de Claudel, m'avait laissé le poignant, et pesant, souvenir d'un voyage sans retour. Mais ce qui est sûr, c'est que cette "autobiographie olfactive" ne manquera pas d'être l'une de mes lectures de rentrée...

Parfums, de Philippe Claudel (Stock), en librairie le 12 septembre. Membre de l’Académie Goncourt, l'écrivain a reçu le prix Renaudot pour Les Ames grises et le prix Goncourt des lycéens pour Le Rapport de Brodeck (Stock).

© Stock

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