Cent ans de plénitude

Published on September 5 2012

© Guerlain

© Guerlain

L'Heure est Bleue, bien sûr. Comme un geste chez Brautigan ou la chevelure d'un enfant chez Truman Capote. Bleue comme on imagine l'essence de Guerlain dans les cheveux chantée par Gainsbourg.

Cent ans après sa naissance, à une époque où les femmes ressemblaient à des fleurs, L'Heure bleue reste d'une étonnante modernité. Bien sûr, la grande dame a changé de-ci, de-là, elle s'est refait une beauté pour rester conforme aux normes en vigueur. Mais elle demeure ce parfum de Belle Epoque qui surprend toujours. Un parfum de brunante tirant son nom et son sillage de ce temps suspendu entre le jour et la nuit qu'aimait Jacques Guerlain - celui où "le ciel a déjà perdu son soleil et pas encore gagné ses étoiles".

Cette heure incertaine, paisible et intense à la fois, a inspiré au parfumeur un bouquet à la manière des impressionnistes dont il était collectionneur : fleurs en pagaille, jasmin, rose bulgare, iris, violette, oeillet…, touche d'anis, soupçon de mousse, benjoin, vanille, fève tonka, héliotrope et poudre de riz.

Plus espiègle qu'Après l'ondée (1906), dont elle a un air de famille, moins sensuelle que Shalimar (1925), qui lui emprunte ses épices et ses baumes, L'Heure bleue conviendra à toutes celles "qui aiment de pas savoir le temps qu'il fait dehors pendant une journée entière", dixit le critique olfactif Luca Turin. En extrait ou en eau de parfum, elle se porte aussi chaque jour comme une armure désinvolte pour affronter Babylone.

L'Heure Bleue, de Guerlain. Pour fêter ses 100 ans, la maison l'édite pour Noël dans deux luxueuses versions (limitées, numérotées et... inabordables ;), habillée de velours bleu par Lesage ou en flacon Baccarat orné d'une bouquet en pâte de verre cristalline de la Maison Gripoix (photo). 3 000 et 11 000 euros. En habits traditionnels (et en eau de parfum), elle reste bien plus raisonnable (moins de 100 euros les 75 ml).

Published on #Tocade

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