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Published on January 20 2016

Fauve qui peut

Parfum millésimé, une bonne idée ? l'enquête mériterait d'être menée (mais pas ce soir...). En attendant, Tabac Tabou est la vraie bonne surprise de cette rentrée 2016. Chaque année, le nouveau sillage de Parfum d'Empire sera produit en très petite quantité, et l'étiquette mentionnera son millésime — de quoi rendre dingues toutes celles qui, comme moi, viennent d'y succomber.

A peine senti, j'ai su que c'est lui qui m'accompagnerait bientôt sous le soleil des îles. Chaldée moderne, genre de Sables (mouvant), ce Tabac Tabou 2015 m'invite à sortir de ma torpeur hivernale (et à écrire un post) (et à rouler dans le foin.. ;)

Avec ses notes de narcisse et d'immortelle, il prétend renouer avec la fonction sacrée du parfum. Mais moi, entre la terre et le ciel, j'y sens surtout l'hiver qui s'éloigne, et le soleil qui infuse.

Parties pour faire un tabac, ces volutes-là ? ou suis-je définitivement dans une période fauve...?

Tabac Tabou, de Parfum d'Empire, 50 ml, 140 €.

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Published on May 21 2015

©  Terri Weifenbach

© Terri Weifenbach

Loin des contrées exotiques dont ils raffolaient, les créateurs de Diptyque avaient un faible pour la Normandie. Yves Coueslant et Desmond Know Leet y possédaient une maison. Christiane Gautrot a passé son enfance dans le Cotentin. Là-bas, les vergers regorgent de pommiers en fleurs. A l’automne, les fruits alanguis sur les claies manquent de confire. Derrière les côtes balayées par le vent, les arômes réconfortants du café embaument l'air depuis l’estaminet du coin. Ce sont ces souvenirs olfactifs de Normandie qui ont inspiré Florabellio, le dernier parfum de Diptyque. Un instantané fugace du bocage, où se livrent tout à la fois la pomme, les embruns et des effluves savoureux de réglisse. En fil rouge pour illustrer ce paysage olfactif, l’œuvre de Terri Weifenbach. Sous l'objectif de la photographe américaine, par un jeu habile entre le net et le flou, les arbres, fleurs, insectes prennent un relief nouveau. Ses fragments de nature suggèrent que l’harmonie tient à un détail. Ici, à la rencontre subtile entre la pomme et le café, les notes salines vs les arômes de fruits confits.

 

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Published on March 17 2015

Folle du bulbe

Pour mon anniversaire, Maman m'a offert des fleurs partout dans la maison. Jacinthes, narcisses, crocus, iris, tulipes, le bulbe fait la loi chez moi, en pot ou en bouquet. J'aime toutes ces fleurs d'hiver, jusqu'à la violette et le muguet du mois de mai. Et surtout la jonquille (un genre de narcisse), autant pour sa silhouette que pour son parfum. C'est elle que Penhaligon's a choisie cette année pour célébrer le printemps made in England. Ostara fait vibrer la fleur prise dans les feuillages, avant de révéler un bouquet solaire et rond. Je lui trouve un faux air de Songes, de Goutal, mais on me dit que j'ai le nez pris... La faute à l'ylang yang ? à la vanille ? aux notes résineuses de l'accord ambré ?

Ostara, de Penhaligon's, 80 € les 50 ml, 110 € les 100 ml.

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Published on January 27 2015

© Vincent Wawrzyniak

© Vincent Wawrzyniak

The Different Company, vous connaissez ? 15 ans seulement et déjà 24 premiers-nés, une teenager riche de multiples écritures olfactives : épure stylisée de Jean-Claude Ellena (qui a signé quatre parfums de la Collection Classique), fleurs sublimées sur de simples accords cologne par Emilie Coppermann, formules baroques de Bertrand Duchaufour pour la Collection Excessive, et un "one shot" de Christine Nagel, Une nuit magnétique.

Mon préféré ici a été créé par Céline Ellena, auteur de neuf fragrances pour la maison. Son Jasmin de nuit (2004) vous fera oublier tout ce que vous croyez savoir sur la fleur. Je ne parviens pas à comprendre à quoi tient son charme singulier. Peut-être aux 700 000 fleurs de jasmin d'Egypte nécessaires à l'élaboration de sa formule… A son fond suave et ambré, enveloppant sans jamais en faire trop... Est-ce une histoire de badiane qui s'acoquine à la mandarine ? de cannelle, qui course la cardamome ? Quoi qu'il en soit, ce jasmin rebelle, comme échappé du bouquet, est l'assurance d'une vie nocturne pleine de mystères, au cœur de la fête comme au fond du lit.

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Published on December 10 2014

© Marcel Franck

© Marcel Franck

Savez-vous grâce à qui votre parfum fait pshitt sur la peau chaque matin ? à Marcel Franck entre autres. La maison perpétue depuis 1884 la tradition du vaporisateur. En appliquant aux fragrances la brillante invention de Brillat-Savarin — le pulvérisateur qu'utilisait le gastronome pour assaisonner ses mets — Léopold Franck et son fils Marcel révolutionnent le geste du parfum. A Paris, ils deviennent vite les fournisseurs du Bon Marché, du Printemps et des Galeries Lafayette. En 1912, la marque met au point le premier vaporisateur de voyage. En 1926, elle créé un vapo de sac, The Kid, en hommage à Charlie Chaplin. Parmi ses modèles en cristal ou en verre de Murano, Marcel Franck réédite celui qu'il avait imaginé en 1959 avec Baccarat. Mais ce ne sera pas pour tout le monde, hélas : le modèle n'a été tiré qu'à 50 exemplaires pour une cliente qui tient une parfumerie quelque part au Moyen-Orient ! Impossible, donc, de s'offrir pour Noël ce flacon cylindrique aux cannelures verticales. Mais d'autres vapos sont à portée de clic, à défaut d'être à portée de toutes les bourses, si l'on se décide à pulvériser ses précieuses essences avec tout le luxe qu'elles méritent…

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Published on October 13 2014

Y a pas photo

Mea culpa. Pas une seule ligne sur Olfactive Studio dans mes 100 Questions sur le parfum. Pour tout vous dire, je lui en avais consacré une entière, de question, à cette petite marque née de la rencontre entre le parfum et la photographie. Sur le mode "A quoi ressemble le premier jus 2.0". Un peu anecdotique, me fit-on remarquer un jour. En même temps, les anecdotes, c'est le principe de ce livre, non ? J'ai ôté la question, un peu à contrecœur, et puis j'ai oublié d'y faire référence ailleurs, à propos des correspondances entre les arts et le parfum par exemple…

Déjà à l'époque de son lancement, en septembre 2011, le rendez-vous avait été manqué. Le premier numéro de M sortait une semaine après les Next, Cosmo, Marie Claire et autres du mois d'octobre. Olfactive Studio était partout ! Pas question d'en rajouter en écrivant une ligne dessus, m'avait-on sèchement objecté... Mea maxima culpa donc.

L'ŒIL ET LE NEZ

Le projet de cette jeune maison avait de quoi séduire : Olfactive Studio, première marque de parfum collaborative née sur Internet, naissait d'un dialogue entre l'œil et le nez. Pendant un an et demi, sa créatrice, Céline Verleure (une ex de L'Oréal, rompue au jeu marketing), a partagé avec ses 5000 fans sur Facebook les différentes étapes de l'élaboration de ses premières fragrances. Depuis le nom, le thème et la charte graphique jusqu'au lancement des jus, en passant par les séances d'évaluation avec les parfumeurs ou les rendez-vous avec les verriers, tout a été scrupuleusement raconté au jour le jour sur le mur de la page Le blog du parfum qui n'existe pas (encore!).

Parfum 2.0, vraiment ? Mais oui ! Les internautes étaient invités à poster des idées. Certains ont suggéré un parfum qui sublimerait notre propre odeur ; d'autres de lancer des talcs, des concrètes, des huiles, des crèmes… Quelques-uns se faisaient une idée bien précise des accords qu'ils auraient voulu sentir: "Je pensais à un parfum composé autour du tilleul, accompagné d'aubépines (pour ajouter un côté rosé, mais plus rond que la rose elle-même), avec de la menthe froissée en tête, en touche très légère. Et un fond un peu miellé, avec un absolu de cire d'abeille par exemple, mêlé à la mousse de chêne."

IMBROGLIO JURIDIQUE

Depuis le premier trio parfumé d'Olfactive Studio (Autoportrait, Chambre Noire et Still Life), trois autres opus ont vu le jour : Lumière Blanche, Flash Back et — osera-t-on le nommer tellement sa réputation est déjà sulfureuse ? — Ombre Indigo. En France, pour l'instant, ce nouveau venu ne peut exister qu'en bougie ; sa version eau de parfum n'est disponible qu'à l'international suite à un imbroglio juridique avec la marque propriétaire du nom Ombre Rose, un très beau fleuri poudré lancé en…1981 ! Dommage : deux jolis sillages ne devraient pas avoir à se faire de l'ombre ;)

En tout cas, y a pas photo : l'élégance du concept et le succès bien mérité d'Olfactive Studio ont séduit le Comité Joséphine, dont j'ai l'honneur de faire partie aux côtés d'autres journalistes comme Lionel Paillès ou Laurence Férat. Les critères d'admission à ce nouveau club très privé de la parfumerie ? faire la preuve de sa qualité : être rare (pas vendue à tous les coins de rue), de belle facture (univers visuel, flacons, packaging) et made in France bien sûr (à 80 % au moins, et pas conditionnée n'importe comment s'il vous plaît !). Attention, les "experts" de Joséphine veillent — histoire de donner de la voix à la belle parfumerie, et de faire rentrer à la niche ce qui n'aurait jamais dû en sortir.

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Published on June 20 2014

Oh les beaux jours

Quand Terracotta est sortie, en 1984, Nathalie Baye tournait avec Delon et sortait avec Johnny, les femmes mixaient des fards turquoise et des bouches orange, et nous on regardait "Dallas" en pianotant sur le Minitel devant un Malibu.

Aujourd'hui, le Minitel a disparu, le maquillage s'est assagi et nous aussi. Terracotta est toujours là, signe de son succès. C'est devenu une gamme complète de produits autour de la bonne mine, soit une quinzaine de poudres pour parfaire son "nude", des fluides colorés qui assurent teint estival et jambes de gazelles. Le tout promettant "3 semaines de soleil en 3 secondes ", selon Olivier Echaudemaison, M. Maquillage chez Guerlain. Pas faux... Il y a même un parfum, inspiré de Sous le Vent, un vintage de Guerlain (1933). La terre de soleil en bouteille rayonne sous l'effet de la vanille et de la fleur de tiaré. Alleluia, Terracotta !

Terracotta Le parfum, de Guerlain, 62 €. En édition limitée.

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Published on May 14 2014

© DR

© DR

Il paraît qu'il y a les femmes Guerlain et les femmes Chanel. Perso, y a pas photo, j'ai cédé à toutes les versions de la guerlinade : de Nahéma, le premier, offert par un amoureux, à Chamade le temps d'une escapade à San Francisco, en passant par Vol de Nuit, Jicky, Habit Rouge… J'ai toujours un flacon de L'Heure Bleue à la maison, mais chaque été je pars à la campagne avec Après l'Ondée. J'aime sentir Shalimar ou Insolence dans le cou de Maman. Et je me réserve un peu de Liu pour aller voir Turandot, bientôt…

Pourtant, dans la géographie Chanel, trop abstraite à mon goût (excepté le N°19, que j'adore mais qui ne me le rend guère, hélas...), un parfum me fait de l'œil chaque printemps, depuis des années: c'est le N°22, un sillage encore plus explosif que le N°5, des aldéhydes poussés à fond les ballons, rose et jasmin comme repassés au fer chaud. Fleuri sans être opulent, tenace mais pas capiteux, le 22, harmonieusement poudré, magnifie toutes les peaux, quelle que soit sa famille de prédilection. De quoi se prendre pour une femme Chanel aux beaux jours…

N°22, de Chanel, collection Les Exclusifs. 200 ml, 190 €.

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Published on March 30 2014

© Nivea

© Nivea

Je ne suis pas une dingue de produits de beauté, mais je suis fidèle à certains uniquement à cause de leur parfum. L'Eau Essentielle à l'immortelle de L'Occitane me parle d'été de bon matin, les baumes du Dermophil Indien me rassurent l'hiver, le stick à lèvres de Caudalie me rappelle les saveurs des bonbons Car en sac. J'aime aussi le savon Donge à l'amande amère, la coriandre de Kiehl's, l'univers botanique d'Aesop. Et surtout la crème Nivea que Maman utilise chaque soir depuis toujours, dans son pot bleu et plat, pour démaquiller ses yeux insolemment fardés…

Le parfum est (devenu?) un enjeu essentiel pour la cosmétique, qui peut précipiter un flop ou emmener un produit au top. L'Huile Prodigieuse de Nuxe aurait-elle connu le même succès sans sa fragrance inimitable, devenue depuis un parfum à part entière? "Quand on essaie une crème, on l'étale sur la peau et on sent, dit Aurélie Guyoux, directrice scientifique chez Etat pur. Si on aime son odeur, on a plus envie de se l'offrir". La petite marque de cosmétiques vient d'ailleurs de mettre au point trois nouvelles fragrances pour ses lignes de soins. Un véritable challenge, autant au niveau des ingrédients que de la formulation. Car la marque revendique n'utiliser que des composants en parfaite adéquation avec l'écosystème de la peau.

L'Art du soin de Diptyque prend, lui, des chemins de traverse botaniques. S'appuyant sur les bienfaits supposés d'une "cosmétique infusée", la gamme s'étoffe des produits destinés au visage tous délicatement parfumés. Extraits de lys et de raisin, hydrolat de rose de Damas, poudre de riz et d'argile blanche investissent des voiles légers, des pâtes moelleuses ou des baumes blancs aux allures de cire qui se transforment en huile délicate. Une invitation au plaisir qui pourrait rendre addict.

Et vous, y a-t-il des produits de soin que vous rachetez uniquement pour leurs senteurs ?

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Published on January 28 2014

© Meadham Kirchhoff

© Meadham Kirchhoff

Il caillait à Paris jeudi dernier lorsque j'ai découvert Tralala dans les salons feutrés de l'Hôtel Castille. Je ne connaissais rien du duo de mode franco-britannique Meadham Kirchhoff qui avait inspiré cette nouvelle fragrance. En revanche, je connaissais un peu la maison Penhaligon's qui orchestrait le projet : mon père met Sartorial, inspiré de l'univers des tailleurs de Savile Row, à Londres, et ma petite sœur porte très bien le bel ambré Cornubia que je lui ai offert il y a quelques années. Mais celui que je connaissais mieux encore, c'est Bertrand Duchaufour, le "nez" de Tralala, l'un de mes maîtres à sentir (aïe, il va détester… ;), qui travaille pour tout ce qui compte dans la belle parfumerie aujourd'hui.

Edward Meadham et Benjamin Kirchhoff savaient très bien de qu'ils voulaient. Collectionneurs de vieux Coty, Guerlain, Chanel, ces créateurs qui se sont rencontrés sur les bancs de la Central Saint Martin souhaitaient un parfum nostalgique et un peu suranné pour embaumer leurs défilés. Un mix de parfumerie très française des années 20, aux notes ambrées et poudrées, et d'accords anglais traditionnels pour escorter sur les podiums leurs broderies main, dentelles fines et cuirs déjantés.

Je dois vous l'avouer, j'adore Tralala. Ce cuir poudré a demandé un an de travail à Bertrand Duchaufour. Son nom parfait marche aussi bien en français qu'en anglais, et son overdose de baumes et d'encens fait de lui un parfum de peau par excellence : "9% en pur de résinoïde, c'est monumental !, s'exclame Bertrand Duchaufour. J'ai dû baisser l'opoponax, je n'étais pas conforme à l'IFRA." Il n'a pas lésiné non plus sur les aldéhydes, qui liftent la composition, depuis les feuilles de violette et le safran, en tête, jusqu'au fond boisé et vanillé. En tête aussi, du davana, bien sûr, la matière première fétiche de Duchaufour, qui apporte une touche liquoreuse au jus. "Pas un parfum sans en mettre", nous confiait-il déjà en 2008 (Plaisirs de Parfums, avec Coco Tassel). "Aujourd'hui pour s'imposer dans la niche, il faut être original, tenace, diffusif et... qualitatif bien sûr !", ajoute le parfumeur. Tralala réunit tout cela, et bien plus encore. Il donne envie d'être porté, tout simplement. Encore et encore…

Tralala, de Penhaligon's. 175 € les 100 ml. En vente à partir du 5 mai.

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