Philosophie d'une île

Published on September 29 2012

Yves Michaud, philosophe, cofondateur de l'Université de tous les savoirs, vit à Ibiza une grande partie de l'année. Il vient de publier Ibiza mon amour. Enquête sur l'industrialisation du plaisir (Nil Editions, 351 p., 20 euros).

© Louise Watson

© Louise Watson

A Ibiza, le monde est une expérience très synesthésique. Les odeurs n'y sont pas juste des odeurs; elles vous environnent. Le parfum de l'île dépend des saisons. En été, la végétation se fait sensuelle sous la chaleur - énormément de thym, d'anis, de romarin... Ça sent aussi la résine de pin, le caroubier un peu chocolaté, et les tiges de coquelicot légèrement poivrées quand je passe la débroussailleuse dans le jardin.
J'aime aussi l'odeur de la terre très sèche juste après la pluie. Peut-être parce que je suis un terrien. Et celle des olives. Je les ramasse comme des cerises, à la main. Elles fermentent un peu, ça parfume mon garage. S'y répand une odeur de tapenade mélangée à celles de l'essence et de l'humidité.
Lorsqu'on les presse, à l'automne, après la récolte, c'est le moment de sensualité non sexuelle le plus important de ma vie. Ce n'est pas juste l'odeur, c'est aussi le toucher. Je macule mes bras de cette pâte grasse et sablée. La dernière pâte absorbe toute l'huile et laisse la peau douce. Ça vaut une bien crème Dior ! Ce que j'aime aussi, c'est qu'on n'y a aucune maîtrise du temps, qu'on ne peut pas accélérer le tempo...

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