Published on January 29 2013

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Jeanne, 61 ans

L'odeur du lait, ça me dégoûte, alors que celle des bouses de vache me rassure. Petite, j'ai peu têté ma mère. Je buvais du jus de tomate. Le lait me rappelle ces parfums à l'odeur aquatique, comme de l'eau stagnante, sans sel, odeur de marais, de marécages…
J'aime pas l'odeur des bébés. Je déteste aussi celle des fleurs qui se fanent, sans doute parce que ça me rappelle le cimetière où l'on se rendait après la mort de mon père.
Une odeur ambigue : celle de la terre mouillée, des sous-bois humides, du champignon. Ca me séduit et ça me dérange.

Published on January 27 2013

© Jean-François Aillet

© Jean-François Aillet

J'aime choisir un parfum pour un voyage. Décider des effluves qui accompagneront une nouvelle aventure, la découverte d'un ailleurs longuement rêvé ; éprouver un climat olfactif qui, parfois bien longtemps après mon retour, me rappelera immanquablement mon périple – quelques jours ou plusieurs semaines – et les routes que j'aurai croisées.

Ainsi, je ne peux plus porter Habit Rouge sans me sentir projetée dans New York, l'été, dans la brise d'un quai de métro à Brooklyn ou sous le soleil d'une avenue de Manhattan. Ni sentir la cardamome et l'encens du Numéro 14 de L'Artisan Parfumeur sans revoir les temples d'Angkor perdus au milieu de la jungle. Ou oublier le bleu du ciel de Santorin lorsque je mets quelques gouttes d'Eau Lente. Quant à Ibiza, l'un des trois Replica de Margiela – celui qui ressemble à une balade sur la mer salée – m'évoque encore à la perfection les trente-six heures que j'y ai passées, au printemps dernier, entre la lumière de la plage et l'ombre du jardin...

Le jeu des correspondances est toujours délicat à trouver. Il y a parfois des ratés: si Timbuktu était idéal pour crapahuter quelques jours sur les pistes de latérite du Burkina, l'Eau duelle n'est jamais parvenue à m'évoquer quoi que ce soit d'Istanbul durant tout mon séjour près du Bosphore... Santal Majuscule m'avait bien tenté à Tanger, mais sans doute ses effluves de crayon gris annonçaient déjà trop la rentrée. Sur place, je n'ai pas quitté le mimosa signé Madini, LA parfumerie de la ville – toute la promesse d'un Maroc fantasmé était là, contenue dans cette petite fiole à bille.

Alors voilà, ma question du soir : quel parfum porter en Thaïlande, où je pars dans quelques jours ? Quelle fragrance conviendrait à la langueur des îles comme aux temples du Nord, jusqu'aux confins du Laos ? Toutes vos idées sont les bienvenues...

Habit Rouge, de Guerlain; Eau lente et Eau duelle, de Diptyque. Timbuktu et le N°14 de L'Artisan Parfumeur. Beach Walk, Replica, de Maison Martin Margiela. Santal Majuscule, de Serge Lutens. Diptyque et L'Artisan Parfumeur n'ont pas leurs pareilles pour inviter au voyage: nombre d'effluves de ces maisons font explicitement référence à des destinations lointaines, d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique. Chez l'une, on retiendra Do Son, une tubéreuse narcotique, et Tam Dao, un santal débridé. Chez l'autre, Bois Farine, une volée de bois blancs, et Dzongkha, un vétiver bouddhique.

Published on #En Avion

Published on January 20 2013

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« A quoi ressemblerait le parfum de demain ?» demandait-on il y a quelques années à une poignée de parfumeurs. « A un parfum qu'on transpirerait », répondait Isabelle Doyen, la parfumeur d'Annick Goutal. Transformer le corps en atomiseur géant, c'est le principe du tout nouveau Deo Perfume Candy, mi-bonbon mi-déodorant qui promet, une fois avalé, de donner à la transpiration un doux parfum rosé jusqu'à six heures d'affilée – et sans doute un peu plus longtemps si l'on pratique une activité physique, suggère son site web. Un déo comestible, présenté au Salon international des inventions de Genève en 2011, qui pourrait bien faire fureur, le soir, dans les rames du métro parisien. Comment ça marche ? le bonbon contient du géraniol, une molécule à l'odeur fleurie naturellement présente dans l'essence de rose qui, une fois ingérée, est exsudée par la peau en quelques heures. Un peu à la manière de l'ail, mais de manière plus... subtile.

Du parfum à avaler, c'est aussi le projet de Swallowable Parfum, une capsule qui prétend diffuser une odeur unique comme une seconde peau. Conçue par l'"architecte du corps" australienne Lucy McRae et des chercheurs de Harvard, ce parfum d'intérieur (qui devait voir le jour à l'été 2012) dépendrait de la façon dont l'organisme métabolise les lipides contenues dans la capsule avant d'être transpirées par la peau. Difficile de savoir que penser de ces produits sans les avoir testés ; pas sûr qu'elles s'imposeraient en France (quid du plaisir de se parfumer, en spray ou par petites touches ? de sentir le parfum évoluer sur son poignet ? d'en changer comme de chemise ?), mais ces inventions "nutricosmétiques" ouvrent incontestablement de nouvelles voies dans la manière de se parfumer.

En attendant, lorsqu'il se mange, le parfum demeure associé à des plaisirs gourmands. L'été dernier, quand le chef pâtissier Pierre Hermé et le parfumeur Jean-Michel Duriez décident de traduire gustativement le parfum Femme, ils confectionnent une savoureuse tarte sablée qui décline les accords fleuris, fruités et épicés du parfum-star de Rochas: crème d’amande infusée à la rose et pêches jaunes fraîches relevées d’un sucre au cumin. Aujourd'hui, Michèle Gay, pionnière de la "parfumerie culinaire", s'apprête à lancer des Eat Parfums, parfums à goûter qui, ajoutés aux plats, leur apportent des tonalités inédites. Notes ambrées chaleureuses sur des bananes flambées, accords fougère, lavande et romarin, avec une tome d'alpage ou carpaccio de saint-jacques rattrapé par des effluves chyprés, menés par la bergamote et le patchouli, les suggestions de cette gaie mangeuse mettent toutes l'eau (de parfum) à la bouche.

Au Cœur du goût, un livre signé Pierre Hermé et Jean-Michel Duriez (photos Dominique Dieulot) vient de paraître aux éditions Agnès Viénot. 240 pages, 45 €.

Published on January 11 2013

© LOF

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« Parfait pour l'hiver ukrainien ! Je le lancerai en janvier. » La boutade d'un distributeur de parfums venu du froid qui découvrait Aurore Nomade a ravi Luc Gabriel. Le PDG de The Different Company le confirme: « C'est un parfum d'hiver pour penser à l'été. » Lumineuse, solaire, la fragrance inspirée par Sinbad et les aventuriers des mers du Sud marie fleurs blanches, banane verte et abricot mûr sur un asphalte brûlant touché par les premières gouttes de pluie. Epices chaleureuses, effluves d'embruns et touche de carambole (une note fruitée exotique), Aurore Nomade (signée Bertrand Duchaufour) ressemble à du soleil en bouteille. A porter comme une promesse d'été en plein mois de janvier.

Aurore Nomade, The Different Company, 50 ml, 160 €.

Published on #Tocade

Published on January 8 2013

© Louise Watson

© Louise Watson

Tanger, 25 juillet. Cinquième jour du ramadan. Depuis l'enfilade de terrasses du Dar Nour, la plus ancienne maison d'hôtes de la ville, je peux observer au fil de l'après-midi l'effervescence monter dans la médina. « On découvre souvent cette ville après s'être dit : Pourquoi pas Tanger... », me confie Philippe, un des tenants du lieu.

Pendant quelques jours, je me perds donc dans les ruelles de la médina, où je contribue à l'essor de l'artisanat berbère un peu à l'insu de mon plein gré. Je bois des thés à la menthe sur le Petit Socco, et d'autres encore dans les jardins de l'Hôtel El Minzah pour fumer à l'abri des regards. Je traîne à la Librairie des Colonnes et visite le Musée de la Kasbah – où j'apprends que Mogador est l'ancien nom d'Essaouira. Un jour, je me rends à la grotte d'Hercule, près du cap Spartel, à quelques kilomètres de Tanger. L'Afrique vue dans un miroir, là où se rencontrent les eaux de l'Atlantique et de la Méditerranée. Le soir, je suis invitée à partager l'iftar en admirant le soleil qui se couche sur l'Espagne depuis le mythique Café Hafa – par une série de hasards qu'il serait trop long de raconter ici.

Bref, je n'ai rien vu de Tanger – ni le Café de Paris, ni le hammam de la Kasbah, ni les tombeaux phéniciens, ni quoi que ce soit de l'exposition 2012 –, mais je suis quand même passée chez
Madini, en face de la Terrasse des Paresseux. Dans la fameuse petite boutique à parfums de l'ex-quartier français de la ville, on peut s'offrir, ou simplement humer, quelques millilitres d'essences qui miment les fleurs fraîches: la violette est bien verte, l'œillet très épicé et le mimosa enjôleur.

A propos de mimosa, je m'étais promis de retourner à Tanger à la période de sa floraison – en janvier, à peine plus tôt qu'à Oléron ou dans le Sud de la France. Vœu pieu pour l'instant. Avec l'eucalyptus et le pin parasol, le mimosa est l'un des trois arbres qui font la fierté de la ville, me glisse un chauffeur de taxi. Question parfums, le mimosa de Farnesiana, de Caron, ne resemble à aucun autre. Certains trouvent une note frangipane à ce soliflore, curieusement aussi gourmand que floral. Le Classic Mimosa, de Von Eusersdorff, reste peut-être le plus agréable à porter : poudré, presque cuir, l'accord tire vers la fleur d'oranger. Mimosa pour Moi, chez L'Artisan parfumeur, est à mon goût ouvertement trop marin, tandis que le départ anisé et les élans fruités du Mimosa d'Annick Goutal ne m'ont pas convaincue. C'est peu dire que je suis impatiente de découvrir la version sombre et un peu mélancolique promise par Pierre Guillaume l'an prochain.

Et sinon, Tanger, ça sent quoi ? Moi, je dirais cannelle et coriandre, cuir de chameau, belles de nuit et bougainvilliers. Jean-Olivier, qui tient le Dar Nour avec Philippe, a retrouvé dans les effluves maritimes de la ville blanche des impressions de vacances. Ces deux ex-journalistes lyonnais s'y sont installés il y a cinq ans pour reprendre les rênes de la maison d'hôtes – dix chambres, suites et mini-suites décorées comme des chambres d’amis, des salons chaleureux et de magnifiques terrasses d'où admirer la baie. Et respirer l’odeur de la ville...

Jean-Olivier

« Quand je suis arrivé à Tanger, ce sont mes premiers souvenirs de vacances qui me sont revenus. Je me revois, enfant, dans le Midi, marchant sur un petit muret au milieu des odeurs de mer et de pins. Ici, quand tu sens la mer, tu ne sais pas si c'est la Méditerranée ou l'océan. L'odeur d'humidité est très forte. Moisissure, salpêtre, vieux tissus... A la fin de l'hiver, quand le soleil commence à taper, les murs suintent la pluie, les torrents diluviens passés.
Et puis il y a le vent, qui charrie des odeurs de sable quand il vient du désert, alors qu'il est plus herbeux lorsqu'il souffle depuis les montagnes du Rif. L'odeur des fleurs, magnifique. Au marché, je m'achète des brassées d'iris au mois de mai, des agapanthes en juin, des lys sauvages au parfum incroyable, des roses qui sentent encore. La tubéreuse arrive fin août. Le mimosa, c'est fin janvier. Et les odeurs d'agrumes, les orangers, t'en as partout...
Le soir, Tanger embaume le jasmin de nuit (Cestrum Nocturnum). Originaire d’Amérique du Sud, cette plante arrivée au Maroc depuis fort longtemps ne ressemble à rien, mais ses petites fleurs couleur vert d'eau exhalent un parfum indescriptible. Comme dirait le botaniste Umberto Pasti, les plantes voyagent, comme les hommes.
Il y a aussi les odeurs de nourriture sur les marchés, celles des étals qui regorgent d'ail, de persil, de coriandre, de fenouil… La menthe, on en met des bouquets pour parfumer Le Salon bleu, car une des serveuses du restaurant est allergique au pollen des fleurs.